
– Pendant ce temps-là, à Dubaï, les affaires continuent. Dimanche 1er mars, les bombes iraniennes pleuvent sur la cité émiratie mais l’influenceuse française Maeva Ghennam, recluse dans sa villa de 600 mètres carrés, vante à sa communauté les mérites d’une huile anticellulite.
La jeune femme de 28 ans a des codes promotionnels à partager à ses 3 millions d’abonnés sur Instagram et 4 millions sur TikTok. « Je vais jamais arrêter de prendre soin de moi, c’est trop important de me sentir belle, de plaire à mon mari », explique-t-elle tout en se filmant en train de ranger son maquillage. Sous la table, pourtant, elle « claque des genoux », dit-elle, effrayée par les bombardements qui retentissent non loin de là.
Le cocon dans lequel nombre d’influenceurs tricolores croyaient vivre en s’installant à Dubaï apparaît tout à coup moins confortable depuis que l’Iran, décapité par l’offensive israélo-américaine du 28 février, s’est lancé dans une opération de représailles contre certains de ses voisins, comme les Emirats arabes unis, alliés des Etats-Unis.
Trois civils y ont été tués en l’espace de vingt-quatre heures. Le temps pour les professionnels du bonheur avec filtre de comprendre que leur paradis pourrait être perdu. Si les vols commerciaux ont repris de façon limitée dans la soirée du lundi 2 mars, l’ambassade de France passait dans le même temps un « message urgent » à ses ressortissants, afin de les inviter à rester confinés chez eux et à se tenir éloignés des portes et des fenêtres pour se protéger du souffle des explosions.
Village des vedettes du Web
A elle seule, Maeva Ghennam, rendue célèbre par l’émission de télé-réalité « Les Marseillais » sur W9, symbolise ce village de vedettes du Web qui réclame aujourd’hui protection à la France après avoir longtemps critiqué leur pays. Il y a quatre ans, la même assurait ainsi ne plus se sentir en sécurité dans l’Hexagone. « A Dubaï, y a pas d’alarme chez moi, je dors les fenêtres ouvertes, la porte ouverte », vantait-elle dans l’émission de Cyril Hanouna « Touche pas à mon poste ». « Pour rien au monde je rentrerais vivre en France », ajoutait la jeune femme en décembre 2025, assurant avoir trouvé en Dubaï un lieu « trop bien » pour pratiquer l’islam – sans mentionner le fait que la charia s’applique dans le droit local.
Mais maintenant que la poudre parle, le discours change. « On est des Français hein, la France, protégez-nous ! », a-t-elle réclamé le 28 février au soir dans une vidéo, en glissant son passeport dans son soutien-gorge – une mise en scène à mi-chemin entre le tragique et la farce. « Les influenceurs de Dubaï, finalement on est bien en France, n’est-ce pas ? », a raillé en réponse sur X l’autoproclamé « premier youtubeur fitness de France » Tibo InShape, drapeau tricolore à l’appui. Un message ironique qui lui a valu une tempête de critiques.
Ces dernières années, de nombreuses personnalités françaises de la télé-réalité et des réseaux sociaux – comme Nabilla Vergara ou Caroline Receveur – ont migré vers Dubaï, attirées par le soleil de cette ville de 4 millions d’habitants, son apparente sécurité et surtout sa fiscalité extrêmement avantageuse. L’impôt sur le revenu n’y existe pas et celui sur les sociétés y est minimal.
Une aubaine pour ces autoentrepreneurs qui monnayent leurs millions d’abonnés en ligne en assurant la publicité de marques, voire en créant leurs propres gammes de produits, avec parfois quelques abus. L’influenceur Julien Tanti a ainsi été condamné à une amende en 2025 (le montant n’est pas connu) pour « pratiques commerciales trompeuses », tout comme Maeva Ghennam qui a écopé, pour les mêmes raisons, d’un an de prison avec sursis et de 150 000 euros d’amende.
Interdiction de voyager
En attirant ces personnalités sur leur sol, les Emirats arabes unis s’assurent une promotion à peu de frais afin d’appâter les touristes qui rêvent de yachts, de boutiques de luxe et de centres commerciaux climatisés. Un investissement rentable, aujourd’hui encore, puisqu’une fois passée la panique des premières heures, les influenceurs ont repris du service pour vanter la réaction des autorités face aux tirs de missiles et de drones iraniens. « Le gouvernement est exceptionnel, la flotte aérienne est exceptionnelle, malgré [le fait] qu’on ait peur on se sent quand même en sécurité », a ainsi assuré Laura Lempika, 2 millions d’abonnés sur Instagram.
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