Nous sommes responsables de nos écrits et de nos opinions, mais nous ne sommes pas responsables de la compréhension des lecteurs ni de leur capacité à pénétrer un texte afin de pouvoir l’interpréter avec lucidité et sans émotion. Donc, comprendra qui pourra ! Il s’agit là d’une réflexion anthropologique sur la scène politique africaine, notamment en Mauritanie et au Sénégal. Le « wilde » et le « tartaaka », en pulaar, sont des outils très puissants pour capturer des oiseaux de toutes sortes. Chacun de ces pièges possède une spécificité particulière, qui va de sa forme aux éléments qui le constituent. Ainsi, le « wilde », qui se présente souvent sous la forme d’un rectangle ou d’un carré, est constitué de plusieurs sous-carrés et de nœuds qui forment le véritable piège chargé de capturer les oiseaux. Par conséquent, un formidable « wilde », confectionné avec les crins d’une queue de cheval (Leebi puccu) et composé de multiples nœuds, pourrait capturer deux ou trois oiseaux à la fois, à condition que le socle qui en constitue la base soit très solide et bien ancré au sol pour éviter tout détachement. Bien évidemment, les « wildes » formés de crins de queue de vache (Leebi Nagge) appartiennent à la deuxième catégorie, tandis que ceux faits de crins de queue d’âne viennent en troisième position, leur efficacité étant très faible compte tenu de la qualité du crin (Leebi Mbabba). Quant au « tartaaka », c’est un autre piège dont la spécificité est de capturer un seul et unique type d’oiseau, mais avec une grande efficacité. Son efficacité provient du fait qu’il est presque invisible. Lorsque l’oiseau touche le centre du cercle qui constitue sa forme, le piège se déclenche par le retour en arrière de sa flèche, laquelle contient le fil invisible chargé de projeter l’oiseau du côté opposé du cercle, où se trouvent les graines de millet servant d’appât. Par analogie et de manière métaphorique, nous retrouvons, sur le plan philosophique, à travers ces deux types de pièges, une illustration du comportement des hommes politiques mauritaniens. Certains sont des politiques faits de crins de queue d’âne, sans aucune efficacité pour parvenir à piéger le peuple ou à le servir. D’autres sont des « tartaaka » dont le fil ne projette rien en arrière-plan pour la population. Des hommes politiques possédant les caractéristiques d’un « wilde » en crins de queue de cheval (Leebi puccu) sont désormais difficiles à trouver dans l’arène politique africaine. Par conséquent, nous pouvons en déduire, sur le plan moral, que les méthodes employées par certains responsables politiques pour piéger le peuple mauritanien, à travers des discours et des stratégies qui partagent les mêmes caractéristiques que les crins de queue d’âne, sont légion. Ces méthodes sont sans énergie, sans efficacité et encore moins dotées d’un pouvoir de transformation ou de création de valeur pour le peuple. Nous sommes désolés de le dire, mais nous avons trop de « wilde » dotés de « Leebi mbabba », incapables d’attraper même un siège de député à l’Assemblée nationale. Il nous semble que cette réflexion constitue une véritable illustration anthropologique, inspirée de l’art traditionnel du piégeage des oiseaux en milieu pulaar et, plus largement, dans les cultures africaines. Cette lecture nous invite à porter un regard lucide et introspectif sur l’arène politique actuelle en Afrique, particulièrement en Mauritanie et au Sénégal voisin, deux pays frères. Le « wilde » de crin de cheval (Leebi puccu) pourrait représenter l’efficacité et la capacité à rassembler. Un véritable leader politique doit être capable de porter une vision, de penser des changements durables et de mobiliser les citoyens autour de ses idées. Force est de constater que ce type de dirigeant semble aujourd’hui se faire de plus en plus rare sur la scène politique. Le « wilde » de crin d’âne (Leebi mbabba) semble, quant à lui, nous enseigner que certains hommes politiques manquent de solidité et de résistance, finissant ainsi par montrer leurs limites. En politique, il est également nécessaire de se méfier de ceux qui cherchent à profiter des occasions sans avoir la capacité de convaincre ni de véritable vision pour le pays. En général, leurs promesses ne résistent pas longtemps aux premières difficultés. Enfin, le « faux tartaaka » représente ces hommes politiques qui semblent discrets, polis et corrects, à l’image d’un piège qui ne se remarque pas au premier regard. Ils prennent parfois certaines décisions rapidement et semblent s’adresser à une partie bien précise de la population. Cette discrétion peut donner, de loin, l’impression d’une certaine efficacité. Pourtant, ils peinent à produire des changements profonds et durables. Par conséquent, leurs actions n’apportent souvent rien de concret à la population. Autrement dit, ils agissent et manœuvrent en coulisses, mais sans parvenir à construire quelque chose de véritablement utile pour les citoyens. Au Sénégal comme en Mauritanie, les hommes politiques de type « Leebi mbabba » perturbent l’écosystème politique et la vie des citoyens, sans se rendre compte que ces derniers, tels des oiseaux qu’ils cherchent à piéger, peuvent se révéler plus intelligents qu’eux.
@Yoo Alla Faabo !!!
Abdoul GUISSÉ
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