
Ce titre des observateurs résume en grande partie le débat sur la question nationale en Mauritanie, cette semaine sur les réseaux sociaux, au lendemain de la circulaire du ministre de la Culture sur les correspondances administratives en arabe. Parmi les contributions pertinentes figure celle du porte-parole des FPC, Kaaw Touré sur « une constitution taillée sur mesure : depuis Ould Taya, l’unité nationale à l’épreuve du monolinguisme ».
Depuis plus de trois décennies, la Constitution mauritanienne organise une contradiction lourde de conséquences : elle proclame l’existence de plusieurs langues nationales (pulaar, soninké et Ouolof), mais ne reconnaît qu’une seule langue officielle, l’arabe. Issue du référendum du 12 juillet 1991, puis révisée le 25 juin 2006 sous l’égide du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), elle porte, dans son article 6, une hiérarchie linguistique qui continue d’alimenter les fractures d’une unité nationale déjà profondément fragilisée.
Certes, la contribution du porte-parole des FPC marque une avancée par rapport à la Constitution de 1961, dont l’article 3 affirmait simplement : « L’arabe est la langue nationale. » Mais cette avancée reste inachevée. Pendant des décennies, les autres langues — et les communautés qui les portent — ont été reléguées hors du récit officiel, comme si une partie du peuple pouvait être effacée sans conséquence de la définition même de la nation.
Cette hiérarchie juridique n’est pas un détail de vocabulaire. Elle se traduit dans l’administration, l’audiovisuel public, l’école, les institutions, l’accès aux services publics et la représentation symbolique de l’État. Il faut se rendre à l’évidence que défendre le pluralisme linguistique ne signifie ni rejeter l’arabe ni nier sa place dans le patrimoine commun. Ce faux procès ne peut plus servir à étouffer le débat. La véritable question est celle de l’égalité. Une nation ne se construit pas en niant ses composantes ni en classant les identités selon une prétendue légitimité supérieure. Elle se construit dans l’égalité des droits, la reconnaissance mutuelle et le respect absolu de la dignité de chacun, précise le plus jeune prisonnier mauritanien du régime du génocidaire Ould Taya.
Le pulaar, le soninké et le wolof doivent donc accéder, au même titre que l’arabe, à une reconnaissance officielle effective. La diversité linguistique est une réalité mais n’est pas une menace. Le problème ne s’arrête pas aux langues. Il touche aux symboles fondateurs de la République et à leur capacité à représenter réellement toute la nation. Constitution, hymne national et drapeau ne peuvent prétendre fédérer le peuple si une partie des citoyens ne s’y reconnaît pas. Un symbole imposé par l’ancien président Ould Aziz sans adhésion commune cesse d’unir : il devient le miroir d’une exclusion.
Dans la perspective du dialogue national, la « Charte de l’unité nationale » portée par les FPC offre une base de réflexion sur la réconciliation nationale et la refondation du pacte commun. Elle ne résoudra pas, à elle seule, toutes les fractures de la société. Mais elle peut nourrir un véritable dialogue ». Pour les observateurs, l’enjeu dépasse donc la seule question linguistique. Il concerne la nature même de la République, la définition de la citoyenneté et le choix entre deux voies : faire des différences une richesse commune ou continuer à les transformer en lignes de fracture.
Cherif Kane
Coordinateur journaliste
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