Pêche en Mauritanie : le baptême du feu d’Aïssata Lam

𝑳𝒂 𝒏𝒐𝒎𝒊𝒏𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒅’𝑨𝒊̈𝒔𝒔𝒂𝒕𝒂 𝑳𝒂𝒎 𝒂̀ 𝒍𝒂 𝒕𝒆̂𝒕𝒆 𝒅𝒖 𝒔𝒖𝒑𝒆𝒓-𝒎𝒊𝒏𝒊𝒔𝒕𝒆̀𝒓𝒆 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝑷𝒆̂𝒄𝒉𝒆 𝒆𝒕 𝒅𝒆𝒔 𝑰𝒏𝒇𝒓𝒂𝒔𝒕𝒓𝒖𝒄𝒕𝒖𝒓𝒆𝒔 𝒎𝒂𝒓𝒊𝒕𝒊𝒎𝒆𝒔 𝒔𝒆𝒄𝒐𝒖𝒆 𝒍𝒆 𝒔𝒆𝒄𝒕𝒆𝒖𝒓. 𝑪𝒐𝒏𝒏𝒖𝒆 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒔𝒐𝒏 𝒍𝒆𝒂𝒅𝒆𝒓𝒔𝒉𝒊𝒑 𝒆́𝒄𝒐𝒏𝒐𝒎𝒊𝒒𝒖𝒆, 𝒍𝒂 𝒏𝒐𝒖𝒗𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒎𝒊𝒏𝒊𝒔𝒕𝒓𝒆 𝒉𝒆́𝒓𝒊𝒕𝒆 𝒅’𝒖𝒏 𝒔𝒆𝒄𝒕𝒆𝒖𝒓 𝒔𝒕𝒓𝒂𝒕𝒆́𝒈𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒆𝒏 𝒑𝒍𝒆𝒊𝒏𝒆 𝒄𝒓𝒊𝒔𝒆, 𝒂𝒔𝒑𝒉𝒚𝒙𝒊𝒆́ 𝒑𝒂𝒓 𝒍𝒂 𝒔𝒖𝒓𝒑𝒆̂𝒄𝒉𝒆 𝒆𝒕 𝒅𝒆𝒔 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒓𝒅𝒔 𝒊𝒏𝒕𝒆𝒓𝒏𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒂𝒖𝒙 𝒄𝒐𝒏𝒕𝒆𝒔𝒕𝒆́𝒔. 𝑳𝒆 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 𝒅𝒆𝒔 𝒓𝒆́𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒔𝒎𝒆́𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆𝒔 𝒆𝒔𝒕 𝒓𝒆́𝒗𝒐𝒍𝒖 : 𝒗𝒐𝒊𝒄𝒊 𝒍𝒆 𝒄𝒉𝒂𝒏𝒕𝒊𝒆𝒓 𝒕𝒊𝒕𝒂𝒏𝒆𝒔𝒒𝒖𝒆 𝒒𝒖𝒊 𝒍’𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅.

C’est un secret de polichinelle : la gestion de l’or bleu mauritanien est à un tournant critique. En plaçant Aïssata Lam à la barre, le pouvoir envoie un signal fort de modernisation. Mais la lune de miel sera de courte durée. Sur son bureau, les dossiers brûlants s’accumulent déjà, et le secteur exige des réponses immédiates.

𝟏. 𝐋𝐞 𝐩𝐢𝐞̀𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐜𝐜𝐨𝐫𝐝 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥’𝐔𝐧𝐢𝐨𝐧 𝐄𝐮𝐫𝐨𝐩𝐞́𝐞𝐧𝐧𝐞

C’est le premier test politique majeur pour la ministre. L’accord de partenariat de pêche durable avec l’Union européenne (UE) arrive à expiration. Si cet accord rapporte des dizaines de millions d’euros par an à l’État, il est de plus en plus contesté par les professionnels locaux. Les pêcheurs mauritaniens dénoncent une concurrence déloyale des navires usines européens dans des zones de plus en plus dépeuplées. Aïssata Lam devra faire preuve d’un sens aigu de la négociation pour imposer de nouvelles conditions : augmenter les compensations financières, mais surtout, sanctuariser la ressource pour les nationaux.

𝟐. 𝐋’𝐮𝐫𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐚𝐛𝐬𝐨𝐥𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞́ 𝐢𝐧𝐝𝐮𝐬𝐭𝐫𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞

La Mauritanie ne peut plus se contenter d’être un simple réservoir où les flottes étrangères viennent se servir. Le véritable scandale économique réside dans la faiblesse de la transformation locale. Des tonnes de poissons quittent nos eaux sans aucune valeur ajoutée.

𝐌𝐨𝐝𝐞𝐫𝐧𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐫𝐭𝐬 de Nouakchott et de Nouadhibou pour en faire de véritables hubs logistiques.
𝐃𝐞́𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐮𝐬𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 à terre pour créer des milliers d’emplois pour la jeunesse mauritanienne.

𝐌𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐟𝐢𝐧 𝐚𝐮 𝐩𝐢𝐥𝐥𝐚𝐠𝐞 de la farine de poisson (moka), une industrie ultra-polluante qui détruit la sécurité alimentaire de la région pour nourrir des saumons en Europe ou en Asie.
𝟑. 𝐓𝐨𝐥𝐞́𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐳𝐞́𝐫𝐨 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞 𝐩𝐢𝐥𝐥𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐞𝐚𝐮𝐱

La surpêche et la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) vident l’océan Atlantique à une vitesse alarmante. Les gardes-côtes font face à des flottes étrangères ultra-équipées qui bravent régulièrement les interdictions. Aïssata Lam dévra engager une guerre technologique et juridique contre ces prédateurs des mers. Cela passe par un renforcement drastique des contrôles par satellite, l’augmentation des patrouilles maritimes et des sanctions financières dissuasives pour les contrevenants.

𝐋𝐞 𝐯𝐞𝐫𝐝𝐢𝐜𝐭 𝐝𝐮 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐚𝐢𝐧

Aïssata Lam dispose d’une solide réputation internationale et d’une vision managériale moderne. Mais le secteur de la pêche en Mauritanie est un écosystème complexe, souvent verrouillé par des intérêts puissants et des lobbies enracinés. Pour réussir, la ministre devra transformer son capital de sympathie en courage politique. Les pêcheurs artisans l’attendent au tournant ; l’économie nationale en dépend. La bataille de l’or bleu ne fait que commencer.

 

Issa Djimera

 

 

Source : Émergence Mauritanie

 

 

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