
La démission du gouvernement, annoncée ce vendredi 9 octobre, intervient au lendemain de la publication du rapport sur les incendies des postes électriques de Nouakchott.
Ce calendrier soulève des questions. Mais suffit-il à expliquer le départ du Premier ministre ? Et l’absence d’une reconduction immédiate signifie-t-elle qu’il ne reviendra pas ? Les précédents mauritaniens permettent d’y voir plus clair.
Mokhtar Ould Diay a présenté, ce vendredi, la démission de son gouvernement au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. L’annonce officielle confirme cette démarche, sans en préciser les raisons ni annoncer, dans le même communiqué, sa reconduction ou la nomination d’un successeur.
À l’heure de ces vérifications, dans l’après-midi du 9 octobre, aucune décision officielle de reconduction ou de remplacement n’a eu lieu.
Il faut donc distinguer trois choses : la démission, qui est confirmée ; ses motivations, qui restent à éclaircir et l’avenir du Premier ministre, qui dépend d’une nouvelle décision présidentielle.
Le dossier de la Somelec au cœur du contexte
Le rapprochement entre les deux événements est évident, jeudi 8 octobre, le président reçoit le rapport de la commission d’enquête indépendante sur les incendies des postes électriques ; vendredi 9 octobre, le gouvernement démissionne.
Le résumé officiel du rapport décrit des incendies survenus les 21 et 22 août, qui ont provoqué plusieurs jours de coupures à Nouakchott.
Il établit un lien direct avec les nouvelles liaisons électriques récemment mises en service, tout en précisant que le mécanisme technique exact à l’origine des départs de feu n’a pas été déterminé avec certitude.
Il relève aussi des insuffisances dans les essais avant la mise en service, la protection des installations et les moyens de lutte contre les incendies. (ami.mr)
Ce dossier dépasse donc la seule réparation d’équipements endommagés. Il pose des questions sur la préparation des projets, leur contrôle et les responsabilités des différents intervenants.
Le 8 octobre, le président a demandé la mise en œuvre des recommandations, notamment les mesures administratives et les poursuites judiciaires nécessaires, ainsi que la réhabilitation des postes et l’amélioration de l’organisation de la Somelec.
Ould Diay a lui-même présidé, ce jour-là, une réunion consacrée à leur application.
Peut-on affirmer que le rapport a provoqué la démission ?
Le calendrier rend cette hypothèse plausible. Politiquement, une démission peut permettre de répondre à une crise, de renouveler une équipe ou de donner un nouvel élan à l’action gouvernementale.
Cependant, la proximité des dates ne constitue pas une preuve de la cause du départ.
La déclaration du Premier ministre apporte néanmoins un élément intéressant. Après avoir remercié le président et ses collaborateurs, Ould Diay a assumé les insuffisances de son action et souhaité la réussite du prochain gouvernement.
Cette formulation peut être interprétée comme un message de départ.
Elle ne ferme toutefois pas, juridiquement, la possibilité d’une nouvelle nomination.
Pourquoi tout le gouvernement démissionne-t-il ?
Le Premier ministre a présenté la démission de l’ensemble de l’équipe gouvernementale.
Cela ouvre la voie à une nouvelle composition : le président peut choisir un autre chef du gouvernement ou renouveler sa confiance au même.
La Constitution mauritanienne donne au président le pouvoir de nommer le Premier ministre et de mettre fin à ses fonctions.
Les ministres sont nommés par le président sur proposition du Premier ministre.
Une démission collective ne signifie donc pas que chaque ministre sera définitivement écarté ,certains peuvent retrouver leur portefeuille dans la prochaine équipe.
La suite se déroule en plusieurs étapes, désignation du Premier ministre, choix des membres du gouvernement, puis présentation du programme devant l’Assemblée nationale.
L’article 42 prévoit cette présentation au plus tard un mois après la nomination du gouvernement, avec engagement de sa responsabilité devant les députés.
Ce délai d’un mois concerne le programme gouvernemental ; il ne signifie pas que le président dispose d’un mois pour choisir le Premier ministre.
Une reconduction doit-elle nécessairement être immédiate ?
Plusieurs précédents montrent que les reconductions peuvent être rapides. Mais ils contredisent l’idée selon laquelle un Premier ministre qui n’est pas immédiatement reconduit serait forcément écarté.
D’après nos recherches sur les archives ,
Pour mars 2022, les dépêches de l’Agence mauritanienne d’information sont précises , Ould Bilal présente sa démission le 29 mars et un décret le nomme à nouveau Premier ministre le 30 mars.
Il n’avait donc pas été reconduit dans l’annonce initiale.
En juillet 2023, la démarche est différente : le communiqué annonce à la fois l’acceptation de la démission et la décision de confier à Ould Bilal la formation d’un nouveau gouvernement. La continuité est annoncée immédiatement.
En février 2014, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf présente sa démission le dimanche et sa reconduction est annoncée le lundi soir. Là encore, une attente précède le renouvellement de la confiance présidentielle.
Un précédent plus ancien invite à davantage de prudence : en août 2009, Ould Mohamed Laghdaf avait démissionné après l’investiture de Mohamed Ould Abdel Aziz, avant d’être reconduit le 11 août.
Une reconduction pouvait donc intervenir après plusieurs jours, dans un contexte toutefois différent de celui d’aujourd’hui.
Alors, Ould Diay reviendra-t-il ?
Deux possibilités restent ouvertes : sa reconduction à la tête d’une équipe remaniée, ou la nomination d’un autre Premier ministre.
L’absence d’une reconduction dans le communiqué initial laisse planer une incertitude. Elle distingue cette séquence de celle de juillet 2023, lorsque le maintien d’Ould Bilal avait été annoncé immédiatement. Mais les exemples de mars 2022 et de février 2014 montrent qu’elle ne permet pas, à elle seule, de prédire un remplacement.
La prochaine annonce présidentielle sera décisive. Au-delà du nom du Premier ministre, elle permettra de commencer à comprendre la portée de cette démission : simple renouvellement de l’équipe, changement de direction politique ou réponse à une crise de gouvernance. Dans tous les cas, les suites concrètes données au rapport sur les incendies électriques resteront un test majeur pour le prochain gouvernement.
Souleymane Hountou Djigo
Journaliste, blogueur
Les opinions exprimées dans cette rubrique n’engagent que leurs auteurs. Elles ne reflètent en aucune manière la position de www.kassataya.com
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com



