À Saint-Louis, les vestiges de l’esclavage menacés

D’anciens bâtiments liés à l’histoire de l’esclavage et du passé colonial à Saint-Louis, se dégradent. Le temps, le climat et le manque de moyens menacent ce patrimoine historique.

À Saint-Louis, première capitale historique du Sénégal et ancienne capitale de l’Afrique-Occidentale française, les vestiges de l’histoire sont encore visibles à travers la ville.

Mais certains bâtiments qui témoignent du passé colonial et de l’histoire de l’esclavage sont aujourd’hui menacés de disparition. Les moyens manquent pour préserver ce patrimoine des dégradations liées au temps qui passe et aux effets du climat.

Des bâtiments qui racontent l’histoire de l’esclavage

Nous sommes dans une bâtisse datant du début du XIXe siècle, l’un des rares vestiges qui témoignent encore de la cruauté de l’esclavage pratiqué à Saint-Louis.

« Ce sont des esclaves qui venaient de la sous-région et qui ont atterri dans cette maison. Ils pouvaient rester à peu près une semaine, ensuite ils étaient transférés vers Gorée », a témoigné Amadou Diop, guide du patrimoine à Saint-Louis.

Les murs de cette ancienne bâtisse racontent une histoire douloureuse. Les fenêtres, toujours visibles aujourd’hui, servaient notamment à assurer l’aération des espaces où étaient détenus les captifs.

Selon les données historiques rapportées localement, environ 145 000 esclaves auraient séjourné dans ces bâtiments construits entre 1822 et 1825, que fait aujourd’hui visiter le guide Amadou Diop.

« Pratiquement, quand on parle de l’esclavage à Saint-Louis, c’est surtout l’esclavage domestique. C’étaient des captifs de case, parce que ce sont des esclaves qui restaient à Saint-Louis et qui travaillaient dans les maisons comme domestiques », a précisé le guide Amadou Diop.

Aujourd’hui, il ne reste que quelques vestiges de ces bâtiments historiques. Certains ont été rachetés par des particuliers et des familles, avant d’être transformés en habitations ou en entrepôts.

Senegal | Saint-Louis - Des habitants marchent dans une rue bordée de bâtiments délabrés, à Saint-Louis, dans le nord du Sénégal
Cette maison fait partie de plusieurs édifices récemment restaurés, dans le cadre d’un mouvement visant à redonner son visage d’autrefois à Saint-Louis, ancienne capitale coloniale de l’Afrique-Occidentale française. La ville est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000.Image : SEYLLOU/AFP/Getty Images

Le temps, le climat et les problèmes d’héritage

Pour Amadou Diop, plusieurs facteurs expliquent la dégradation progressive de ce patrimoine.

« Il y a trois facteurs qui ont beaucoup contribué à la dégradation des bâtiments à Saint-Louis. Il y a le facteur économique, parce que ce sont de très grands bâtiments et généralement, les populations n’ont pas les moyens de les réhabiliter. Il y a le facteur climatique, parce que Saint-Louis est une ville d’eau, avec toujours des remontées de sel », a-t-il expliqué avant que d’ajouter le troisième facteur qui divise les familles : les problèmes d’héritage.

« Très souvent, les bâtiments appartiennent à nos grands-parents. Ce sont de grandes familles, souvent dispersées partout, et personne ne veut prendre la responsabilité de venir restaurer ces bâtiments. »

À ces difficultés s’ajoute un autre problème : l’intérêt parfois limité des habitants pour la préservation de ce pan de leur histoire. Moustapha Ndiaye, gestionnaire du site historique de Saint-Louis, regrette ainsi le manque d’implication des populations locales.

« Il faut qu’on mette l’accent sur la sensibilisation pour que les populations s’approprient ce patrimoine. Et ce qu’il faut dire en termes de retombées touristiques, c’est que depuis que Saint-Louis est classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 2000, elle est devenue une des principales destinations touristiques du Sénégal. À cela s’ajoute maintenant le festival de jazz. »

Un programme de réhabilitation

Des initiatives de sauvegarde existent toutefois. L’État sénégalais a notamment mis en place un programme de réhabilitation des bâtiments présentant un intérêt architectural.

Au total, 118 bâtisses ont été identifiées. Plusieurs dizaines de maisons et d’édifices publics et privés font l’objet de travaux, dont 36 maisons retenues comme prioritaires. Le dispositif repose sur un système de cofinancement. Les propriétaires privés doivent participer aux travaux à hauteur de 10 à 30 %, selon l’importance des interventions nécessaires.

À Saint-Louis, l’enjeu est donc de préserver des bâtiments qui constituent à la fois des témoins de l’histoire coloniale et de l’esclavage, mais aussi une partie du patrimoine architectural de la ville. Face aux effets du temps, aux remontées de sel et aux difficultés économiques des propriétaires, leur sauvegarde reste un défi majeur.

Saikou Seydi

Source : Deutsche Welle (Allemagne)

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