Football – Cristiano Ronaldo claque la porte de la sélection, “un triste adieu” qui secoue le Portugal

Courrier international – Après plus de vingt ans sous le maillot portugais, Cristiano Ronaldo a quitté avec fracas le rassemblement de la Seleção à la suite de son conflit avec le sélectionneur. Des journaux sportifs aux grands quotidiens généralistes, les éditorialistes déplorent une décision égoïste qui met un terme à une carrière hors norme et s’interrogent sur la responsabilité de la Fédération portugaise de football.

C’est l’image d’une fin que personne n’avait imaginée. De dos, le numéro 7 s’éloigne sur la une d’A Bola, qui résume en trois mots le psychodrame qui secoue le Portugal : “Un triste adieu”. Après plus de vingt ans sous le maillot national, Cristiano Ronaldo a quitté mercredi 30 septembre le rassemblement de la Seleção à Copenhague, quelques heures après une conférence de presse de Jorge Jesus.

La une d’“A Bola” du 1er octobre 2026.

Le sélectionneur y avait réaffirmé son autorité et expliqué avoir prévu de n’utiliser sa star que lors de deux des quatre rencontres de ce rassemblement. A la veille du match contre le Danemark (qui aura lieu jeudi 1er octobre, à 21 heures) en Ligue des nations, Ronaldo, 41 ans et 234 sélections, est dans la foulée de cette déclaration parti en jet privé pour Madrid, promettant sur Instagram de dire, “le moment venu, la vérité à tous les Portugais”.

“Par la petite porte”

Jeudi matin, son départ fait la une de tous les journaux. “CR7 tourne le dos à la sélection”, titre O Jogo. Le quotidien sportif parle d’un “séisme mondial”. Record souligne que Ronaldo “s’en va après un clash avec Jesus”, tandis que le Correio da Manhã évoque une “rupture” avec le sélectionneur. Le Jornal de Notícias est plus définitif : “Fin de l’histoire. Ronaldo dit adieu à la sélection”. Le Diário de Notícias parle d’une “crise”, alors que Público s’interroge : “Est-ce la fin d’une époque ?”

Dans les éditoriaux, le ton est beaucoup plus sévère. A Bola parle du “péché capital de Ronaldo”. Son directeur, Luís Pedro Ferreira, reproche au capitaine d’avoir placé son statut au-dessus du collectif et de n’avoir pas su accepter qu’à 41 ans son rôle puisse devenir secondaire. En attendant les révélations promises par le joueur, il juge son départ “immature” et estime qu’il vient assombrir son “monumental héritage”.

“Pour celui qui a construit une carrière sous le signe du dépassement de soi et d’un professionnalisme irréprochable, voir ce parcours s’achever sur le tarmac d’un aéroport, dans l’attente d’un vol privé pour abandonner ses coéquipiers, est un spectacle déprimant. La grandeur d’un athlète se mesure à sa façon de dominer les grandes scènes, mais se consolide dans sa capacité à comprendre le déclin de sa propre hégémonie.”

O Jogo frappe plus fort encore : “La gratitude s’est envolée dans l’avion de CR7”. Son directeur adjoint, Alcides Freire, estime que l’épisode révèle une relation depuis longtemps déséquilibrée entre Ronaldo, la sélection et la Fédération portugaise de football (FPF), devenues selon lui trop dépendantes de ce que représentait la star hors du terrain. Le Diário de Notícias considère de son côté que Ronaldo a choisi de “sortir par la petite porte” plutôt que d’accepter, à 41 ans, un rôle désormais secondaire. “Cristiano Ronaldo ne méritait pas ce que Cristiano Ronaldo lui a fait ces derniers jours”, tranche le chroniqueur Gonçalo Santo.

“Trop de monde était otage de la marque Ronaldo”

Record distribue davantage les responsabilités. “L’histoire finit comme ça ?!” s’étonne son éditorialiste, qui reproche à Ronaldo de n’avoir “pas réussi à contenir sa colère”, mais accuse aussi Jorge Jesus de l’avoir exposé à des “humiliations successives” et surtout la FPF d’avoir échoué à gérer une crise qui pouvait encore l’être. “Quelle journée noire !”

Dans Expresso, Daniel Oliveira élargit enfin le procès à la relation de dépendance qui s’était installée entre Ronaldo et la FPF. Pour l’éditorialiste, le poids commercial de la star – abonnés, maillots, droits télévisés – avait fini par “inverser les hiérarchies” : Ronaldo avait besoin de la sélection pour exposer sa marque, et la FPF de cette marque pour alimenter son activité. Sous le titre “Trop de monde était otage de la marque Ronaldo”, il conclut :

“Avoir des fans n’est pas la même chose qu’être performant. Comme il l’a toujours su pour arriver là où il est arrivé. Tout cela aurait pu être évité, mais la gestion du crépuscule de Ronaldo laissait présager cette fin.”

Après deux décennies durant lesquelles Ronaldo aura marqué 146 buts en sélection – un record mondial – et transformé l’histoire du football portugais, la presse contemple ainsi une sortie aussi brutale que symbolique. Et brosse, à travers ce départ, le portrait d’un capitaine qui n’aurait pas su accepter de ne plus être celui autour duquel tout devait tourner.

 

 

Source : Courrier international (France)

 

 

 

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