Le Monde – « Trois ou quatre personnes ont sauvé 180 personnes. » Un passager du vol FZ 1073, parti de Dubaï, mercredi 30 septembre au matin, en direction de Tel-Aviv, a décrit à la télévision israélienne les circonstances dans lesquelles, après une bagarre entre les pilotes, une poignée de passagers ont permis de reprendre le contrôle de l’appareil. « Nous avons subi une coupure soudaine, une perte du système électrique de l’avion, du système multimédia, de tout. Puis il y a eu des cris : “Attaque au couteau, attaque au couteau, du sang, du sang” », a raconté ce passager en précisant que plusieurs personnes s’étaient alors précipitées vers la cabine de pilotage où le copilote venait de poignarder le pilote.
Au cours de ces violences, l’avion a tangué brusquement, indiquent les relevés du site Flightradar 24. A 8 h 22, le Boeing 737, avec 130 personnes à son bord, dont une majorité de citoyens israéliens, a subitement plongé de 14 000 pieds en moins de 30 secondes, soit 4 600 mètres de descente brutale. Des images vidéo filmées par des passagers témoignent de leur terreur. Un premier code d’alerte a été émis à 8 h 31, puis une alerte signalant un piratage a suivi sept minutes plus tard. Pendant de longues minutes, tout contact a été perdu avec l’avion. Puis celui-ci a finalement atterri, sans encombre, à 8 h 45, à l’aéroport de Tabuk dans le nord-est de l’Arabie saoudite.
Des sources officielles israéliennes ont déclaré, après l’atterrissage, qu’elles n’excluaient aucune hypothèse, y compris celle d’une attaque terroriste avortée pour détourner l’avion et le faire s’écraser. La piste d’une tentative de suicide par le pilote qui a poignardé son collègue a aussi été examinée. « Lors du vol, alors qu’ils approchaient de notre pays, l’un des pilotes a poignardé l’autre pilote, et a apparemment tenté de faire crasher l’avion avec tout le monde à bord », a affirmé le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, mercredi après-midi. « Nous procédons à des évaluations régulières de la situation et nous vous tiendrons informés en fonction de l’évolution des événements », a-t-il ajouté. Dans des déclarations séparées, le ministre de la défense, Israel Katz, et le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, ont évoqué une piste terroriste. Le pilote à l’origine de l’incident a été arrêté par les autorités saoudiennes.
Au moment où les incidents ont eu lieu, l’avion volait au-dessus de la Jordanie et entamait son approche sur Israël. « J’ai parlé avec l’un des passagers israéliens. Il m’a raconté que, de manière peu commune, il a réussi à pénétrer dans le cockpit avec l’un des membres d’équipage, et qu’ensemble ils ont neutralisé le pilote hors de contrôle, alors qu’il tentait de saboter les systèmes de l’appareil », a encore expliqué Benyamin Nétanyahou.
« Je suis couvert de sang »
Des médias israéliens ont recueilli plusieurs témoignages directs. « Ma femme se tenait près du cockpit parce que ma fille était aux toilettes. Soudain, elle a entendu des cris provenant du cockpit », a témoigné un passager auprès de Ynet, le principal média israélien, classé à droite. « Avec deux autres personnes nous sommes entrés dans le cockpit et avons maîtrisé le terroriste. Je suis couvert de sang. C’était de la folie », a-t-il ajouté. Un autre passager, du sang sur le visage, s’est filmé près de la cabine de pilotage alors que l’avion volait toujours. « Nous sommes en plein détournement d’avion », a-t-il déclaré dans une vidéo. « Pour le moment, nous avons maîtrisé les terroristes et nous nous préparons à atterrir. Que tous ceux qui peuvent m’entendre nous viennent en aide. » Un autre Israélien a décrit une scène similaire : « Il y avait un agresseur avec un couteau qui a poignardé l’un des pilotes. Quelques-uns d’entre nous ont sauté sur lui et l’ont extrait du cockpit. »
L’Etat hébreu avait connu, dans les années 1960 et 1970, une série de détournements et d’attaques commises par des Palestiniens sur des avions de sa compagnie nationale, El Al, ou d’autres compagnies transportant des Israéliens. L’incident sur le vol Flydubai intervient dans un contexte particulièrement tendu à la fois sur le plan sécuritaire et politique. Benyamin Nétanyahou avait mis en garde, la veille, contre des attaques éventuelles avant les élections législatives prévues pour le 27 octobre. « Nous avons des indices selon lesquels, avant les élections, nos ennemis tenteront de nous attaquer », avait-il dévoilé dans une vidéo tournée sur une base aérienne militaire.
En réponse, le leader de l’opposition parlementaire, Yaïr Lapid, avait exigé de recevoir des informations sur la nature des menaces. « M. Nétanyahou a ignoré tous les avertissements avant le 7-Octobre et, aujourd’hui, à vingt-huit jours des élections, il se met soudain à semer la peur », avait-il déclaré, mardi soir, à l’issue de ce rapport. Des médias israéliens ont annoncé, mercredi matin, que le chef d’état-major, Eyal Zamir, avait annulé un déplacement prévu pour octobre aux Etats-Unis afin de rencontrer ses homologues américains en raison du niveau élevé d’alerte des forces armées, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Cisjordanie, de Gaza ou du Liban.
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