Une invisibilité visible

Je vais utiliser « JE » à la place de « NOUS », sachant que mon « JE » est un néant qui vit dans le « NOUS » du Seigneur.

Je n’ai pas d’ennemi parce que j’ai retrouvé le véritable ennemi en moi.

Je n’ai pas de concurrent parce qu’il coexiste avec moi.

Je ne fais ni de course de fond ni de course de vitesse avec qui que ce soit, parce que j’ai déjà rattrapé mon ennemi qui cohabite avec moi.

Je ne suis ni noble ni esclave de personne, mais un serviteur qui réside au confluent du néant et du Réel.

Je ne cherche pas à me justifier mais plutôt à expliquer parce que l’œil perçoit ce que l’esprit veut comprendre, pour paraphraser un autre soufi.

Nos sociétés sont peuplées d’hypocrites, car vous pouvez dire une vérité qui sera réfutée aujourd’hui et approuvée demain, sans que cette même vérité ait changé d’une virgule.

Dans mon livre Résider au confluent du spirituel et du temporel, à la page 178, je disais que la laïcité française était devenue caduque. La venue du pape Léon en France est, à mes yeux, une illustration de cette contradiction. La France semble avoir suspendu son manteau de laïcité dans le vide de l’hypocrisie pour revêtir celui du catholicisme.

Oui, la France a fait la démonstration d’un réveil catholique au palais, sur les Champs-Élysées, à la cathédrale et dans d’autres lieux de la République, pourtant fondée sur la laïcité. Par conséquent, une sœur voilée et un pape en bonnet ou en « jalaba » devraient pouvoir bénéficier de la même acceptation, lorsqu’il s’agit de l’expression d’une foi. Pourtant, cette même vérité semble changer lorsque la foi se pare de valeurs musulmanes. Je retrouve cette même logique d’hypocrisie dans certaines de nos propres sociétés, lorsqu’il s’agit de regarder en face des valeurs culturelles incompatibles avec la dignité humaine.

J’avais écrit, il y a deux ans, que nous pouvions célébrer nos cultures et nos artistes sans reléguer au second plan ceux qui détiennent le savoir-faire artisanal et les gardiens de la mémoire, comme s’ils étaient des gens de moindre valeur. Ainsi, la noblesse du sang est incompatible avec la non-reconnaissance et la non-valorisation de ceux qui détiennent le savoir-faire culturel d’une société. Aujourd’hui, je vois des personnes soulever des questions que j’avais déjà traitées et qui, à l’époque, avaient été réfutées.

Aujourd’hui, ces mêmes questions sont considérées comme pertinentes, voire comme des évidences, parce qu’elles proviennent de sources différentes. Thierno Abdallahi DIA (paix à son âme) avait raison de dire : « Dans les sociétés africaines, ce qui intéresse ceux qui sont appelés les notables et les savants, ce n’est pas la vérité, mais plutôt celui qui a prononcé cette vérité. » Ainsi, en fonction du canal par lequel cette vérité est exprimée, les propos seront acceptés ou rejetés. Cette forme d’hypocrisie me rappelle celle que je dénonce en France. Par conséquent, certaines de nos valeurs culturelles sont, elles aussi, devenues caduques, tout comme me semble l’être la laïcité française.

Oui, la meilleure façon de vivre en paix, en sérénité et en harmonie avec ses valeurs spirituelles et temporelles, tout en étant noblement vêtu de ses valeurs culturelles, consiste à rester « nu » sans se dénuder dans un monde de mirages où chacun pense être plus intelligent et plus honnête que le reste de la population.

Dieu soit loué de m’avoir permis de fixer à jamais le manteau de mon existence dans le vide de mon inexistence, qui représente l’invisibilité visible d’un être humain.

Hassan II avait raison de dire qu’il ne sert à rien d’être de bonne foi avec les gens de mauvaise foi. Cette vérité est valable dans l’arène politique, avec les coups bas de ceux qui sont considérés comme intègres et honnêtes ; dans le monde religieux, avec les héritiers qui pensent être les propriétaires du Trône de la divinité ; et, enfin, chez ceux qui pensent que leurs globules blancs sont plus purs que ceux de leurs semblables.

Je suis heureux de me trouver dans le tabernacle du mysticisme des grands maîtres soufis, en train de contempler mon néant, avec ses agitations, ses défauts et ses qualités.

Comprendra qui pourra !!!

@Yoo Alla Faabo !!!

 

 

Abdoul Bocar GUISSÉ (Informaticien)

 

 

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