
Agence de Presse Sénégalaise – La pharmacienne cosmétologue docteure Marie Dialo prône une définition large de la beauté, pour une meilleure prise en compte de toutes les morphologies, plutôt qu’un modèle international imposé par la publicité et les réseaux sociaux, de nature à réduire une frange de la population au complexe d’infériorité.
”Il est tout à fait normal de célébrer la beauté. Je dirais même qu’il est tout à fait légitime de le faire, à condition de la définir de manière large”, a-t-elle dans un entretien accordé à l’APS, à l’occasion de la Journée internationale de la beauté, célébrée ce 9 septembre.
Marie Dialo, docteure en pharmacie, option industrie, est spécialisée dans la formulation de produits cosmétiques à travers la valorisation des ressources naturelles africaines. Elle est productrice d’une ligne de cosmétiques naturelles au Sénégal depuis 1999.
Elle estime que ”la beauté ne doit pas être limitée au physique, à la couleur de la peau, à la morphologie ou à un modèle imposé par la publicité et les réseaux sociaux”.
”Pour moi, célébrer la beauté, c’est aussi célébrer la diversité, la confiance en soi, la dignité, l’élégance et le bien-être”, a-t-elle souligné.
”C’est également rappeler qu’un soin de beauté doit être compatible avec la santé”, a poursuivi la spécialiste, avant d’ajouter : ”Aucun résultat esthétique ne devrait justifier l’utilisation d’un produit dangereux”.
Les critères de beauté sont nombreux et évoluent selon les générations, le milieu social et l’influence des médias, fait-elle valoir.
‘’Chez la femme, on accorde beaucoup d’importance à l’entretien de la peau, à la coiffure, à la présentation et à l’évidence, relève-t-elle, tandis que chez l’homme, la propreté, la coupe des cheveux, la barbe, la tenue et l’allure générale sont de plus en plus valorisées”.
”Il faut, quand même, insister sur le fait qu’il n’existe pas un seul modèle de beauté sénégalais”, note toutefois docteure Marie Dialo, fondatrice de Marie Dialo Laboratoire (MDL), une entreprise qui fabrique des produits cosmétiques à base de matières premières africaines basée à Thiès, une région du sud du Sénégal.
Selon cette cosmétologue, la beauté doit inclure toutes les morphologies et toutes les personnalités.
”Notre rôle, en tant qu’acteur de la cosmétique, est d’accompagner les personnes dans l’entretien de leur peau et de leurs cheveux et non de leur imposer un complexe”, avance-t-elle.
“Quelques continuités”, malgré des influences internationales
Relevant l’existence de ”quelques continuités” dans les sociétés africaines qui ont toujours accordé beaucoup d’importance à la propreté, à la coiffure, à la présentation, au parfum et à l’entretien du corps, elle a précisé que les critères de beauté étaient également liés à la culture, à l’âge, au statut social, aux cérémonies et aux étapes de la vie.
Les classes d’âge étaient très marquées, notamment l’adolescence et la période d’après circoncision, chez les garçons, a-t-elle indiqué.
‘’Je ne peux pas sauter les rituels du +thiouray+ et du +gongo+’’, relève-t-elle, faisant allusion à des encens utilisés traditionnellement surtout dans les foyers conjugaux.
Les pratiques anciennes associaient souvent beauté, santé, identité et appartenance. Les coiffures, les bijoux, les vêtements, les soins corporels et certaines marques esthétiques pouvaient avoir une signification sociale ou symbolique.
Les influences internationales et les réseaux sociaux ont désormais contribué à accélérer la transformation de ces critères.
Selon Marie Dialo, les choix traditionnels reposent sur des matières disponibles chez nous, comme les huiles végétales, le beurre de karité, les poudres de plantes, les infusions, les argiles, les parfums qui sont hérités de façon empirique, de génération en génération.
Ces produits étaient utilisés pour nourrir la peau, protéger les cheveux, parfumer le corps et accompagner les cérémonies.
Pour ce qui est des astuces, la spécialiste, se disant soucieuse d’un développement durable et harmonieux, raconte une histoire qu’elle dit avoir vécue personnellement.
Elle évoque le souvenir de sa grand-mère qu’elle a vue se servir d’une pierre rouge cuivre comme fard à paupières. Elle l’utilisait aussi pour les soins de ses yeux, pour les protéger de la lumière, entre autres usages.
Quand elle est devenue un peu plus grande, entre 14 et 15 ans, elle a décidé d’intégrer cet artifice dans sa palette de beauté, comme un fard à paupières, qu’elle utilisait avant de sortir.
Les petites astuces existent aussi dans le domaine de la coiffure, avec des coiffes ‘’bien élaborées’’, pour mieux mettre en valeur sa chevelure, explique l’experte.
‘’Je me souviens aussi avoir tressé sur le côté de mes cheveux défrisés deux tresses, en y rajoutant un bout de paille comme ruban, poursuit-elle. Quand j’étais sortie, mes amies l’avaient trouvé cela très joli’’.
‘’Chez nos ancêtres, ces pratiques n’étaient pas seulement physiques. Elles participaient à l’éducation, à la transmission entre générations, à la préparation de certaines étapes de la vie et à l’expression de l’identité culturelle’’, relève docteure Marie Dialo.
Cependant, elle met en garde contre cette propension à penser que ‘’tout ce qui est traditionnel est automatiquement sans danger’’.
‘’Une matière naturelle doit être propre, correctement préparée, bien conservée et utilisée dans des proportions adaptées’’, recommande-t-elle.
Beauté doit rimer avec santé
‘’La beauté doit rimer bien entendu avec le bien-être, l’élégance et la santé en priorité’’, insiste-t-elle, non sans souligner que ‘’sans santé, rien ne fonctionne’’.
Source : Agence de Presse Sénégalaise (APS)
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com




