Diw-nior : quand le lait caillé se transforme en or pour les femmes du Ferlo

e Soleil – À Linguère, les femmes peules du Ferlo transforment le beurre de lait caillé en huile appelée « diw-nior », un savoir-faire ancestral devenu pilier économique. Entre sécheresse, transhumance et manque d’infrastructures, elles s’efforcent de préserver cette filière et de diversifier ses usages, de la cuisine aux cosmétiques, pour affirmer leur autonomie et valoriser le lait pastoral.

LINGUÈRE – Chaque vendredi, jour de « louma », les femmes quittent leurs hameaux dès l’aube. Elles portent sur la tête des calebasses ou des bidons remplis de lait caillé et de beurre, parfois déjà transformés en « diw nior ». Certaines utilisent des charrettes tirées par des ânes, d’autres marchent des kilomètres à pied, souvent accompagnées de leurs enfants.

Transformation artisanale

Le diw-nior est devenu par un procédé simple, mais exigeant : barattage du lait caillé pour extraire le beurre, chauffage doux pour clarifier la matière grasse, puis filtration pour obtenir une huile pure et stable.

« Chaque geste compte. Si le feu est trop fort, l’huile perd sa qualité. C’est une science que nous avons héritée de nos mères », explique Aïssatou Bâ transformatrice à Barkédji. En effet, cette huile, comparable au cher indien, se conserve près d’un an sans réfrigération, un atout majeur dans les zones rurales dépourvues de chaîne de froid.

Femmes peules, gardiennes du savoir-faire

Dans les campements du Ferlo, ce sont les femmes qui assurent la traite, la transformation et la vente. Invisibles dans les bilans agricoles, elles sont pourtant les véritables actrices de la filière. « On dit que ce sont les hommes qui produisent le lait, mais sans nous il ne serait jamais transformé. Le diw-nior, c’est notre richesse », confie Mariama Sow, vendeuse au marché hebdomadaire de Linguère.

Commercialisation au marché hebdomadaire de Linguère

Le marché hebdomadaire de Linguère devient le centre névralgique de la filière. Le litre de diw-nior se vend entre 4000 et 6000 FCFA, parfois plus à Dakar. « Ces clients viennent de Thiès et même de Mbour. Ils savent que notre huile est pure et qu’elles a un goût unique », raconte Fatoumata Kâ, transformatrice à Dodji.

D’autres vendeuses estiment qu’elles gagnent beaucoup d’argent pendant les jours du marché hebdomadaire de Linguère ou ailleurs. C’est le cas de Ramata Kâ.

« Nous recevons des clients et clientes qui nous viennent de différentes contrées. Ils paient le litre à 4000 en période hivernale, mais au moment de la pénurie de lait caillé, nous vendons le litre du beurre de lait caillé à 6000. Je remercie le ciel car le commerce du beurre de lait caillé m’a permis de faire beaucoup de réalisations. J’ai payé deux parcelles à Dahra Djolof et j’assiste mon mari dans la dépense quotidienne. Mais aussi, j’assure la paie de la scolarité de mes enfants », a-t-elle déclaré.

Diversification des usages

Au-delà de la cuisine, le diw-nior est utilisé pour fabriquer des savons artisanaux, des baumes cosmétiques et même dans la médecine traditionnelle.

« Nous faisons des savons avec l’huile et les cendres de certaines plantes. Les femmes de Dakar les achètent pour leurs enfants », Khady Guèye, membre d’une coopérative féminine à Loumbi dans la commune de Ouarkhokh. Le beurre de lait caillé produit plusieurs dérivés qui servent d’engrais dans les champs.

« Nos résidus du beurre de lait caillé, mélangés parfois à des cendres ou à d’autres déchets organiques, sont répandus dans les champs pour enrichir les sols. Ainsi, ces déchets contiennent des matières grasses et des protéines qui favorisent la régénération des sols pauvres du Ferlo. Leur utilisation permet de limiter la dépendance aux engrais chimiques importés, coûteux pour les petits producteurs », confirme Mme Gueye.

Défis à relever

La filière reste fragile. La sécheresse réduit la disponibilité du lait, la transhumance éloigne les troupeaux, et l’absence de chaîne de froid entraîne des pertes. « Quand les vaches partent vers le sud, nous n’avons plus de lait. Les machines de la mini-unité de transformation laitière restent à l’arrêt », déplore Aminata Bâ, responsable d’une unité artisanale à Dodji.

Les femmes transformatrices du Ferlo réclament, évidemment, des unités modernes de transformation pour que la filière ne disparaisse pas. Aminata Bâ, vendeuse à l’unité de transformation laitière « Wendou Kossam’ » basée dans la commune de Linguère. « Nous avons besoin de soutien émanant des pouvoirs publics afin que la filière demeure », a-t-elle souhaité.

Abdouulaye SADIO (correspondant)

Source : Le Soleil (Sénégal)

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