Courrier international – L’Américain Tim Andrews est chanceux dans sa malchance. On est en janvier 2025 et l’homme, alors âgé de 66 ans, bénéficie, au Massachusetts General Hospital de Boston, d’une procédure de xénogreffe rarissime. Atteint d’un diabète de type 2 et d’une insuffisance rénale très grave, son état de santé était très dégradé. Selon les pronostics, il avait “9 % de chances de bénéficier d’un don d’organe dans les cinq ans et surtout plus de 40 % de mourir ou d’être retiré de la liste d’attente pendant cette période”, rappelle The Guardian.
C’est une xénotransplantation, détaillée dans la revue médicale The Lancet, qui “l’a maintenu en vie pendant une période record de neuf mois et qui a servi, première mondiale, de solution provisoire avant la greffe d’un rein humain”, poursuit le quotidien britannique.
Greffon temporaire
Tim Andrews a bénéficié d’une greffe de rein de porc modifié génétiquement afin de réduire le risque de rejet mais aussi celui de transmission de virus porcins.
Mais six mois plus tard, il a été hospitalisé pour une infection au staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) résistant aux antibiotiques, rapporte New Scientist. Les médecins ont d’abord baissé les immunosuppresseurs, des médicaments qui évitent que le rein soit rejeté mais, comme leur nom l’indique, qui diminuent aussi la capacité de l’organisme à se défendre contre les microbes.
Las, “l’état du rein s’est dégradé, et il a fallu l’enlever 271 jours après la transplantation”, poursuit l’hebdomadaire spécialisé.
Tim Andrews a fait de la dialyse, une procédure qui permet de filtrer le sang à la place du rein, durant plusieurs mois avant de bénéficier d’une nouvelle greffe – d’un rein humain cette fois.
“Son cas représente la plus longue survie sans dialyse après une xénotransplantation de rein de porc chez un être humain vivant, et le premier greffon temporaire au monde avant une greffe de rein humain”, indique The Guardian.
Éviter une trop longue dialyse
“Alors que techniquement la xénotransplantation n’a pas été pensée pour servir de solution provisoire avant un greffon humain, […] cela constitue une preuve que c’est possible”, s’est réjoui auprès de Stat News David Mulligan, de l’école de médecine de Yale, qui n’a pas été impliqué dans ces travaux.
De fait, depuis que les greffons de porc sont testés, les scientifiques se demandaient si leur utilisation serait un frein à la greffe ultérieure d’un rein humain. Le système immunitaire de l’hôte, habitué au greffon porcin, rejetterait-il l’humain ? La réponse, en tout cas pour Tim Andrews, est négative.
Autre enseignement : la greffe de rein de porc a permis au patient de s’épargner plusieurs mois de dialyse, laquelle est évidemment vitale en attente d’une greffe mais est très éprouvante pour l’organisme. “Avant sa xénogreffe, il avait subi deux infarctus alors qu’il était sous dialyse et passait beaucoup de temps alité ou en fauteuil roulant”, indique Stat News.
Au média spécialisé, Mike Curtis, qui dirige la start-up eGenesis, à l’origine du rein modifié, explique à propos de Tim Andrews :
“Quand il est retourné en dialyse après neuf mois passés avec un rein de porc, il était en bien meilleure santé qu’avant.”
Pour lui, sans cette xénogreffe, et avec seulement des dialyses, l’état de santé de Tim Andrews se serait tellement détérioré qu’il n’aurait plus été éligible pour la greffe – ou qu’il serait mort.
Source : Courrier international (France)




