Afrique Infos – Après plusieurs pays africains, le groupe agro-industriel italien Bonifiche Ferraresi (BF) fait son entrée en Mauritanie pour la réalisation d’un projet agricole de 10 000 à 20 000 hectares dans la région du Brakna, près de la ville de Boghé, dans le sud-ouest du pays. Cette démarche s’inscrit dans la mise en œuvre du Plan Mattei lancé en 2024, qui vise à renforcer les liens économiques entre l’Italie et l’Afrique à travers le financement de projets de développement et la lutte contre les migrations irrégulières.
Une délégation italienne a à cet effet rencontré le 1er septembre le Ministre mauritanien de l’Agriculture, Mohamedou Ahmedou Mhaimid, pour préparer le lancement officiel d’un projet agricole dans la wilaya du Brakna.
Selon les informations relayées par les médias locaux, le projet sera mis en œuvre avec la collaboration de la Société nationale de développement rural (SONADER) et prévoit l’aménagement de 10 000 à 20 000 hectares de terres agricoles grâce à la construction d’un nouveau canal près de la ville de Boghé.
Il doit également permettre de développer plusieurs cultures, dont le blé et le riz, ainsi que les productions maraîchères. Si les détails concernant le démarrage des travaux et le calendrier d’exécution du projet ne sont pas encore connus, cette initiative marque une nouvelle étape dans le déploiement de BF sur le continent africain.
Sur le terrain, la Mauritanie teste déjà la culture du blé à petite échelle. En mars 2024, le ministère a annoncé la réussite d’un premier essai sur 200 hectares dans le Trarza, avec des rendements situés entre 4 et 5 tonnes par hectare et une production brute d’environ 1 000 tonnes. Le même ministère a ensuite indiqué que les variétés adaptées au pays étaient passées à cinq, signe qu’une base agronomique commence à se dessiner.
Dans le même dossier, un projet de soutien à la chaîne de valeur du blé a permis de produire 16 tonnes de semences d’ACSAD à l’Aftout et à l’Assaba, avec une hausse annoncée de 400 % sur ces volumes. Les autorités parlent d’un potentiel d’extension sur une centaine d’hectares supplémentaires. Autrement dit, la question n’est plus seulement celle de l’expérimentation, mais celle du passage à l’échelle.
Pour l’Italie, Bonifiche Ferraresi a déjà multiplié les accords agricoles sur le continent. Le groupe est engagé dans des projets de grande taille en Algérie, au Ghana, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Congo, avec des superficies qui vont de 5 000 à 36 000 hectares selon les cas. La Mauritanie devient donc un nouveau maillon d’une stratégie africaine qui mêle production, irrigation, formation et transformation locale.
La Mauritanie, nette importatrice de blé
Pour la Mauritanie, importatrice nette de blé, l’objectif affiché est de renforcer la souveraineté alimentaire du pays. Nouakchott a lancé depuis 2023 un programme de semences certifiées de blé, avec des essais menés en 2024 sur 200 hectares ayant permis d’obtenir des rendements de 4 à 5 tonnes par hectare.
Ainsi, l’intérêt est double pour les autorités du pays. D’abord, attirer un investisseur capable de financer des infrastructures hydrauliques lourdes, que le secteur public ne peut pas toujours assumer seul. Ensuite, accélérer la structuration d’une filière céréalière encore fragile, dans un pays où les importations restent une soupape majeure pour l’approvisionnement du marché intérieur. Les bénéfices potentiels touchent d’abord les producteurs de la vallée, puis les transformateurs, les semenciers et les circuits de distribution de Nouakchott et des grandes villes.
BF arrive ainsi en Mauritanie avec une expérience déjà importante des grands projets agricoles africains.
BF déjà présent dans plusieurs pays du continent
Plus récemment, en septembre 2025, l’entreprise a signé en Côte d’Ivoire une convention d’investissement de 134 millions d’euros (156,8 millions $) pour développer une ferme-pilote de 10 000 hectares à Tagadi, dans le nord‑est du pays. Le projet porte sur la production d’igname, de maïs, de mil, de riz et de cultures maraîchères.
Un peu plus tôt, en avril 2025, le groupe avait conclu avec le gouvernement congolais un accord pour développer un domaine agricole de 10 000 hectares à Dolisie, avec l’ambition d’introduire des technologies agricoles, de renforcer la formation et la recherche et de créer des emplois. Dans le même mois, un protocole d’accord a également été signé au Sénégal pour aménager 10 000 hectares dans la commune de Kaour avec pour objectif de cultiver du riz, du maïs, du blé et du palmier à huile, tout en servant de centre de formation pour les agriculteurs.
Quelques mois plus tôt, l’entreprise s’est également impliquée dans un projet similaire au Ghana où elle a entamé, en août 2024, le développement d’un domaine agricole de 5 000 hectares pour un coût total de 90 millions d’euros (104,1 millions $) à Aveyime‑Battor, dans la région de la Volta.
Avant cela, le groupe a entamé en juillet 2024 un projet intégré de 36 000 hectares à Timimoun, dans le sud de l’Algérie. Doté d’un investissement d’environ 420 millions d’euros (486 millions $), le projet associe production de blé et de légumineuses, irrigation, stockage et transformation. Une première campagne de blé y a d’ailleurs été lancée en mai 2026 sur 1 600 hectares.
Ce qui rapproche BF des priorités du Plan Mattei
L’agriculture et la sécurité alimentaire font partie des priorités du Plan Mattei. Rome cherche aussi à soutenir davantage les entreprises italiennes qui investissent en Afrique.
Plusieurs outils ont été mis en place dans ce sens. Le « Plafond Africa » de la Cassa Depositi e Prestiti prévoit 500 millions d’euros pour accompagner les entreprises italiennes actives sur le continent, avec une garantie publique pouvant atteindre 80%. De son côté, la « Misura Africa », gérée par SIMEST, dispose de 200 millions d’euros de financements concessionnels destinés notamment aux investissements productifs et à la formation.
Les opérations de BF illustrent assez directement cette approche : une entreprise italienne investit aux côtés d’acteurs publics locaux dans des projets qui associent généralement irrigation, production agricole, mécanisation et transformation. Reste désormais à mesurer ce que ces projets produisent réellement. Tous n’en sont pas au même stade, et les annonces d’hectares ne disent encore ni combien seront effectivement cultivés, ni quels volumes sortiront des exploitations.
Le véritable test portera donc sur les résultats : production, emplois, transformation locale et capacité à réduire, à terme, la dépendance alimentaire des pays partenaires.
V.A.
Source : Afrique Infos
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