Dr Al Housseini Dia, le premier psychiatre au pays des marabouts

En 1959, alors que Nouakchott n’est encore qu’une capitale en devenir , les études architecturales du futur Hôpital national sont engagées . Elles sont associées à l’un des collectifs les plus remarquables de l’architecture française de l’après-guerre : l’Atelier de Montrouge, fondé en novembre 1958 par quatre jeunes architectes, Jean Renaudie, Pierre Riboulet, Gérard Thurnauer et Jean-Louis Véret. Ce prestigieux collectif sera consacré en 1981 par l’obtention du Grand Prix national de l’architecture, reconnaissance majeure de son apport à l’architecture contemporaine.

Le projet trouve rapidement sa traduction politique. Le premier plan triennal, adopté par l’Assemblée nationale le 26 juillet 1960, prévoit la réalisation d’un Hôpital national à Nouakchott.

En 1965, la Mauritanie va jusqu’à consacrer un timbre de 85 francs à l’«Hôpital de Nouakchott ».

Puis vient l’acte juridique : le décret n° 66/020 du 14 mai 1966 crée l’Hôpital national.

Construit et équipé avec l’appui du premier Fonds européen de développement (FED), il dispose initialement de 120 lits.

Le Dr Bocar Alpha Ba, premier directeur de l’Hôpital national, posa la première pierre en sa qualité de ministre de la Santé. Parmi les grandes figures qui dirigèrent l’établissement, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, figure le Dr Yahya Kane.

En 1977, une importante extension crée de nouveaux services et porte la capacité annoncée de l’établissement à 365 lits.

La capitale connaît une croissance démographique considérable. L’Hôpital national, conçu comme établissement de référence devant recevoir les cas graves provenant de tout le territoire, devient progressivement l’hôpital quotidien des habitants de la capitale .

La Communauté européenne finance une polyclinique dans le quartier de la Médina afin d’absorber les soins courants de Nouakchott et finance parallèlement l’étude d’une deuxième tranche de l’Hôpital national .

En 1978 le budget annuel atteint 60 millions d’ouguiyas. Sur une capacité de 500 lits, seuls 332 sont effectivement actifs : 64 en médecine générale, 76 en chirurgie, 64 en pédiatrie, 32 en ophtalmologie, 54 en gynécologie-obstétrique, 18 en réanimation, 16 provisoirement affectés à la tuberculose.

Et seulement huit lits de psychiatrie.

L’hôpital possède pourtant radiologie, laboratoire clinique, banque de sang, anesthésie et stomatologie. Dix villas situées dans son enceinte hébergent les médecins assurant les urgences.

L’Hôpital national compte des médecins étrangers : treize Français et cinq Égyptiens.

Après ses études à l’université de Dakar achevées en 1973 et un perfectionnement en France soutenu par l’OMS, Dr Al Housseini Dia revient en Mauritanie en novembre 1975. Il est alors le premier — et pratiquement l’unique — psychiatre du pays.

Dans la société mauritanienne de l’époque, la souffrance mentale appartient encore largement à un univers d’interprétation traditionnel. Le malade est conduit vers les thérapeutes traditionnels, les détenteurs du savoir religieux ou les pratiques héritées de la société.

Dia aurait pu attendre qu’on lui construise un service. Il fait exactement l’inverse. Il commence avec l’accord du Directeur à soigner ses patients sous des tentes dans l’enceinte de l’Hôpital national.

Le nom de Dia s’impose progressivement dans la mémoire collective, jusqu’à devenir une référence familière à Nouakchott. Il entre dans les conversations, les plaisanteries, au point que l’expression « aller chez Dia » devient synonyme de consulter en psychiatrie.

En 1978, un pavillon psychiatrique est achevé et les premières hospitalisations en chambres peuvent commencer.

Malgré les huit lits officiellement affectés à la psychiatrie, environ cinquante malades mentaux demeurent installés sous des tentes dans l’enceinte de l’Hôpital national, faute d’autre structure d’accueil.

Dès la fin des années 1970, Dia enseigne la psychiatrie aux élèves infirmiers et sages-femmes de l’institution devenue aujourd’hui l’École nationale de santé publique.

En 1983, l’Organisation mondiale de la Santé fait appel à Hussein Dia comme expert en psychiatrie en mission au Niger, afin de conseiller les autorités sur le développement de leur système de santé mentale.

Plus tard, le Centre neuropsychiatrique s’autonomise. L’établissement spécialisé ultérieur prend forme autour de 1990.

Après des années d’un travail inlassable au service de la psychiatrie mauritanienne, Dia entreprend à Tunis le parcours exigeant de l’agrégation et devient, en 2001, agrégé de psychiatrie. Cette consécration survient seulement deux ans après la disparition de sa fille, brillante étudiante à la faculté de médecine de Monastir, donnant à cette réussite une dimension profondément intime : comme si, au-delà de l’accomplissement académique, elle portait aussi la mémoire et l’hommage d’un père à sa regrettée fille.

En 2008, il lègue à la postérité un ouvrage de référence, La psychiatrie au pays des marabouts – Mauritanie, publié chez L’Harmattan : à la fois témoignage de première main, réflexion clinique et mémoire d’un pionnier sur la naissance de la psychiatrie moderne en Mauritanie et sa confrontation avec les représentations traditionnelles de la maladie mentale.

 

 

Mohamed Ould Echriv Echriv

 

 

 

Suggestion Kassataya.com  :

Dr Hussein Dia, psychiatre retraité : « Il y a beaucoup de familles mauritaniennes avec trop de malades mentaux, car les gens se marient entre eux chez nous »

 

 

 

 

Peut être une image de texte qui dit ’LA PSYCHIATRIE AU PAYS DES MARABOUTS Mauritanie PSY 0 PSY’

 

 

 

 

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