Un mini-OTAN sunnite ?

Le 360.maChroniqueToute attaque contre le territoire de l’Arabie saoudite impose une intervention immédiate des deux autres partenaires de l’alliance, le Pakistan et la Turquie. Une sorte de réplique de l’article 5 de l’OTAN, qui impose à ses membres une solidarité absolue lorsque l’un d’eux est attaqué.

C’est le grand frisson géostratégique du moment. Trois grands pays musulmans se sont réunis à La Mecque pour signer un pacte de défense inédit. Aussitôt, les comparaisons vont bon train: il ne s’agirait ni plus ni moins que d’un mini-OTAN à caractère sunnite. Car le seul lien unissant ces trois pays est leur appartenance à l’islam sunnite, ce qui, par un effet de théâtre d’ombres, les oppose spontanément à l’islam chiite du régime iranien, contre lequel les États-Unis et Israël mènent une interminable guerre.

La naissance de cette structure de défense répond aux impacts majeurs de cette guerre régionale. Pour riposter et atteindre les intérêts américains, le régime iranien continue de cibler les pays du Golfe, que l’idéologie dominante à Téhéran considère comme des proxies américains et des cibles légitimes. Cette stratégie iranienne avait d’ailleurs réussi à surprendre jusqu’au leadership américain: aussi bien Donald Trump que son secrétaire d’État, Marco Rubio, ont maintes fois exprimé leur surprise de voir l’Iran attaquer ses voisins tout en présentant cela comme une guerre menée contre les Américains.

Face à cette situation, certains pays ont ressenti le besoin de restructurer militairement leurs alliances. L’Arabie saoudite et le Pakistan avaient déjà signé, en 2025, un accord de défense commun. Cela n’avait toutefois pas empêché le Pakistan de jouer les intermédiaires entre Américains et Iraniens: si le monde a échappé jusqu’à présent à la grande déflagration tant redoutée, il le doit en grande partie à la diplomatie pakistanaise. Cette situation n’avait pas non plus déclenché de riposte militaire pakistanaise lorsque le territoire saoudien avait été attaqué par le régime iranien. De fait, depuis le début de cette guerre, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Bahreïn ont subi la majeure partie des attaques iraniennes, tous freinant une irrésistible envie de riposter, faute de pouvoir apporter une réponse collective cohérente et efficace.

Au duo Pakistan-Arabie saoudite déjà existant s’est ajoutée la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, donnant à cet accord de défense des allures d’alliance sunnite où chacun apporte sa spécificité. Le Pakistan est incontestablement la seule puissance nucléaire du monde musulman. La Turquie dispose de la deuxième armée de l’OTAN, ce qui n’est pas rien pour un pays musulman de près de 90 millions d’habitants, situé entre l’Europe et l’Asie. L’Arabie saoudite, elle, est le premier pays producteur et exportateur de pétrole au monde, sans compter son poids religieux, à travers les lieux saints de l’islam qu’elle abrite.

La naissance de cette alliance a immédiatement été perçue comme un défi lancé au parapluie américain, dont cette guerre contre l’Iran a révélé les limites en matière d’efficacité et de dissuasion. Même si l’administration américaine ne s’y est pas officiellement opposée jusqu’à présent, la seule déclaration de La Mecque s’inscrit déjà dans une remise en cause de l’ordre sécuritaire existant. Au bout de cette logique, le recul américain paraît inévitable, et l’émergence d’autres acteurs régionaux semble même souhaitable aux yeux de ces pays du Golfe, dont la protection américaine n’a pas été sans faille.

Si le but premier et immédiat de ce regroupement militaire est de faire pression sur le régime iranien, il ne pourrait que satisfaire les attentes américaines et israéliennes: Washington et Tel-Aviv n’ont cessé d’exhorter les pays de la région à participer à cette guerre pour éradiquer définitivement les dangers du régime iranien. Le message est d’une grande limpidité : toute attaque contre le territoire saoudien impose une intervention immédiate des deux autres partenaires de l’alliance, le Pakistan et la Turquie, une sorte de réplique du fameux article 5 de l’OTAN, qui impose à ses membres une solidarité absolue en cas d’attaque contre l’un d’eux.

Cette alliance affiche une ambition stratégique considérable. Sa force réside dans sa posture dissuasive: en théorie, le régime iranien réfléchirait désormais à deux fois avant d’attaquer l’Arabie saoudite. Et si cette stratégie fonctionne, elle pourrait servir de produit d’appel à d’autres adhésions.

En unissant leurs forces et en tentant de redéfinir de nouveaux équilibres sécuritaires régionaux, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan cherchent une réponse collective aux nouvelles menaces nées de la guerre USA-Iran, tout en affichant leur volonté d’empêcher l’émergence d’un ordre régional centré exclusivement sur les visions israéliennes. Une démarche qui ne laissera personne indifférent, et qui forcera l’ensemble des acteurs de la région à revoir leurs stratégies de guerre et d’influence.

Mustapha Tossa

 

 

 

Source : Le 360.ma 

 

 

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