La Mauritanie en discussions avec la Chine concernant le secteur académique

Agence Ecofin – La Mauritanie peine, comme beaucoup d’autres pays africains, à offrir des débouchés à une jeunesse qui représente la moitié de sa population. Les partenariats académiques internationaux qu’elle noue conditionnent les perspectives professionnelles de générations entières.

La diplomatie académique chinoise s’invite à Nouakchott. Le mercredi 5 août, Yacoub Ould Moine, le ministre de l’Enseignement supérieur, a reçu l’ambassadeur chinois Tang Zhongdong, accompagné de Zheng Jinhai, le président de l’université de Hohai. Les discussions ont porté sur le renforcement du partenariat entre les établissements académiques des deux pays.

Pour l’heure, aucun accord n’a été signé et aucune mesure n’est rendue publique. Mais la présence de l’université de Hohai est intéressante. Fondée en 1915 à Nanjing, elle est la première institution chinoise d’enseignement spécialisé en génie hydraulique, et la plus grande université mondiale dédiée aux ressources en eau. Elle coopère avec plus de 57 universités dans 20 pays. Pékin est par ailleurs un investisseur majeur dans les infrastructures en Mauritanie, du port de Nouakchott aux mines de fer.

Des débouchés faibles sur un marché sous pression

La réalité du marché du travail mauritanien rend ce partenariat d’autant plus intéressant. En 2024, le chômage touchait 16,5 % des jeunes de 14 à 35 ans, selon les résultats d’une enquête publiés par l’Agence nationale de la statistique et de l’analyse démographique et économique (ANSADE) en avril 2025. En intégrant le sous-emploi et les actifs potentiels inactifs, la sous-utilisation de la main-d’œuvre grimpait à 34,6 %. Les femmes sont particulièrement touchées, avec 15 % contre 8,7 % pour les hommes.

Selon le recensement général de l’ANSADE de 2023, la moitié des 4,9 millions d’habitants ont moins de 20 ans. La croissance démographique est estimée à 3,1 % par an sur la période 2013-2023. Ces jeunes arrivent chaque année sur un marché du travail incapable de tous les absorber. L’inadéquation entre les formations disponibles et les besoins réels de l’économie complique le problème.

C’est là que l’expertise chinoise peut être bénéfique. La Mauritanie a un besoin concret d’ingénieurs en hydraulique et en gestion de l’eau. L’accès à l’eau potable reste limité, surtout en zones rurales, selon le Programme Solidarité Eau. Ces dernières années, le pays multiplie donc les projets dans le domaine.

En juillet 2025, le ministère de l’Hydraulique a signé un protocole d’accord avec Toyota Tsusho, portant sur une usine de dessalement d’une capacité de 50 000 m³ par jour, à Nouadhibou. La stratégie nationale de gestion des ressources en eau à l’horizon 2030 tend quant à elle vers sa fin. La Banque africaine de développement (BAD) accompagne le processus. Ces chantiers réclament des compétences que le système universitaire national ne forme pas encore en nombre suffisant.

 

Félicien Houindo Lokossou

 

 

Source : Agence Ecofin

 

 

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