
Agence de Presse Sénégalaise – L’entrepreneur technologique nigérian Ridwan Oyenuga a fait part de la situation de détresse psychologique dans laquelle se trouve une certaine jeunesse africaine sous l’effet du chômage, de la précarité économique et des pressions sociales et scolaires, déplorant par la même occasion les faibles investissements consacrés à la santé mentale sur le continent.
Fondateur, en 2024, de SereniMind, une plateforme numérique qui propose des ressources psychoéducatives, des outils d’auto-assistance et une mise en relation avec des thérapeutes, il souligne que la santé mentale souffre d’un paradoxe : son poids est considérable, mais une grande partie de ses conséquences reste peu visible dans les lignes budgétaires en Afrique
Dans un entretien avec l’APS, le jeune Nigérian insiste sur le fait que les effets de la détresse psychologique dépassent largement le seul secteur de la santé, présentant “l’insécurité économique comme, probablement, le facteur structurel le plus déterminant dans les cas de suicide en Afrique”.
” Un gouvernement voit immédiatement le nombre de lits nécessaires pour une épidémie ou le coût d’une infrastructure. En revanche, les effets de la détresse psychologique sont souvent dispersés entre l’école, le chômage, les conflits familiaux, le manque de perspective, la violence, les services sociaux et les entreprises “, a fait observer M. Oyenuga.
“La pression académique est souvent liée à cette réalité’’, en ce sens que les familles considèrent souvent ‘’les résultats scolaires comme la seule protection contre la pauvreté”, martèle-t-il.
De son point de vue, les réseaux sociaux participent à l’amplification de cette pression, en exposant les jeunes à des ‘’comparaisons permanentes’’ avec des parcours présentés comme des réussites rapides.
En se basant sur des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il indique qu’en 2026, seuls sept pays africains disposaient de services complets de santé mentale au niveau des soins primaires, tandis que seize seulement ont mis en place une ligne budgétaire dédiée à ce phénomène.
Le fondateur de SereniMind rappelle également qu’en Afrique, le taux de mortalité par suicide était aux environs 11 pour 100 000 habitants en 2022, contre une moyenne mondiale d’environ neuf pour 100 000, selon l’OMS.
Demander de l’assistance sans être humilié
Il estimé toutefois que ces chiffres pourraient sous-estimer l’ampleur réelle du phénomène, en raison notamment de la stigmatisation et des facteurs religieux ou culturels qui conduisent par endroits à une mauvaise classification de la nature de la mort.
Dans cette perspective, l’entrepreneur technologique a plaidé pour la mise en place de parcours d’orientation clairs ainsi que des campagnes qui encouragent les jeunes à ‘’demander de l’assistance sans être humiliés “.
” La santé mentale doit être présentée aux ministères des Finances comme une question d’éducation, de productivité, de sécurité, de cohésion sociale et de développement humain, et pas seulement comme un sujet spécialisé relevant des psychiatres “, soutient-il.
Au Sénégal, la question de la santé mentale, en lien avec les pressions scolaires, préoccupent par moments les observateurs.
Le cas le plus marquant a été le suicide en février 2025 de Matar Diagne, un étudiant de 27 ans à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis dont la lettre antemortem ou sa note évoquant les raisons de son acte avaient bouleversé plus d’un internaute.
Le suicide présumé d’un candidat au baccalauréat à Ourossogui, au lendemain de la proclamation des résultats de l’examen a été également signalé cette année.
L’enquête STEPS du Ministère de la Santé rendue publique en juillet 2025 s’est aussi attardée sur les cas de suicide au Sénégal, avec une moyenne nationale estimé à 13% moyenne nationale, contre 26,9% à Fatick, 20,8% Matam et 6,3% à Dakar.
Source : Agence de Presse Sénégalaise – (APS)
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