Jeune lycéen à Nouakchott, avec ma petite bande de copains, nous avions décidé de nous offrir une escapade de quelques jours à la plage.
La logistique n’était pas vraiment notre point fort. Pourtant, nous étions parvenus à emprunter une khaïma — une tente mauritanienne —, quelques ustensiles de cuisine, un réchaud, quelques provisions et des réserves d’eau. Nous étions fin prêts.
Notre plus grande inquiétude n’était pas le moyen de transport pour parcourir les quelques kilomètres qui nous séparaient de la plage. Un vieux taxi « tout droit » ferait parfaitement l’affaire. C’était l’un de ces tacots fatigués dont les portières ne fermaient plus, avec un moteur qui toussait si fort qu’il semblait prêt à rendre l’âme au moindre soubresaut.
Nous ne nous préoccupions pas davantage de la conservation des poulets congelés. Une bonne poignée de gros sel et des estomacs déjà bien entraînés suffisaient, pensions-nous, à conjurer les effets d’une décongélation hasardeuse.
Notre véritable problème était ailleurs : comment présenter notre projet à nos familles ? Nous savions d’avance que l’idée susciterait bien des réticences. Et, à vrai dire, elles étaient parfaitement compréhensibles.
L’océan n’était pas notre univers. Pour nos proches, la mer appartenait presque à un autre monde, quelque chose d’abstrait, de lointain, voire de mystérieux.
Et surtout…
Nous ne savions pas nager.
À peine savions-nous barboter dans les tamourtes, ces marigots éphémères qui apparaissaient après les fortes pluies de l’hivernage.
Avec quelques omissions bien calculées et beaucoup d’enthousiasme, nous avons finalement obtenu le précieux feu vert.
À cette époque, la Mauritanie semblait encore vivre dans un angle mort du monde, loin des circuits touristiques et des cohortes de voyageurs.
La plage était à nous seuls.
Le soleil, le sable fin, le ressac de l’océan et cette légère brise fraîche composaient un décor d’une simplicité absolue.
Le bonheur, quoi !
Le soir venu, sous la lumière vacillante de la lampe-tempête, tandis qu’un vieux transistor diffusait ses chansons et ses informations venues d’ailleurs, les parties de cartes et les interminables affrontements autour d’un échiquier se prolongeaient jusqu’au bout de la nuit.
Mais toute aventure réserve son lot de surprises.
Nous avions des visiteurs inattendus.
Une multitude de petites créatures aux pinces acérées, aux pattes velues et à la silhouette pour le moins étrange.
Beurk !
Nous n’avions vraiment pas prévu cela.
Des crabes surgissaient de partout, comme s’ils étaient les véritables propriétaires des lieux et que nous n’étions que des invités de passage.
Puis, au petit matin, ils disparaissaient aussi mystérieusement qu’ils étaient venus, ne laissant derrière eux que leurs traces sur le sable.
C’était aussi cela, Nouakchott.
L’inattendu, toujours.
Elbane Hamady
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