
La Tribune – Avec son installation de liquéfaction de gaz, la Mauritanie a franchi un cap en devenant producteur et exportateur de GNL. Le pays veut désormais valoriser son potentiel offshore, attirer de nouveaux investissements et faire des hydrocarbures un levier durable de transformation économique.
Après Grand Tortue Ahmeyim (GTA), Nouakchott entend désormais élargir son empreinte dans l’amont pétrolier et gazier. Le gouvernement a présenté début juillet en Conseil des ministres, son intention de signer des contrats d’exploration-production avec l’américain Murphy Oil Corporation et le britannique Chariot Energy Group pour trois blocs offshore du bassin côtier.
Cette initiative marque une nouvelle étape pour l’amont mauritanien. Après plusieurs années concentrées autour du projet GTA, développé avec le Sénégal et opéré par BP et Kosmos Energy, le pays veut désormais attirer de nouveaux opérateurs capables d’explorer d’autres zones du domaine maritime national.
Nouakchott veut renouveler son portefeuille offshore
Le démarrage des exportations de GNL de GTA en avril 2025 a changé la position de la Mauritanie dans l’industrie énergétique africaine. Le pays dispose désormais d’une première expérience de production et d’exportation de gaz liquéfié, avec une capacité initiale de 2,5 millions de tonnes par an.
Cette réussite a renforcé la crédibilité du pays auprès des investisseurs internationaux. Mais pour Nouakchott, l’enjeu est désormais de renouveler son portefeuille d’actifs afin de préparer l’avenir du secteur et maintenir l’intérêt des compagnies pétrolières et gazières.
Au-delà de GTA, les autorités misent notamment sur le potentiel de BirAllah, dont les ressources sont estimées à environ 60 trillions de pieds cubes de gaz naturel. Le développement de nouvelles ressources doit permettre d’élargir la base gazière du pays et de soutenir de futurs projets d’exploitation.
La Mauritanie souhaite également utiliser une partie de ses ressources pour répondre à ses besoins domestiques, notamment à travers des projets de production électrique au gaz. À plus long terme, le gouvernement voit le secteur gazier comme un levier d’industrialisation, avec des perspectives dans les infrastructures énergétiques et les activités utilisant le gaz comme matière première.
Murphy Oil et Chariot, deux profils qui renforcent l’attractivité
L’intérêt de Murphy Oil et Chariot Energy intervient dans un contexte de regain d’attention pour les bassins en mer africains et confirme l’attractivité croissante du domaine maritime mauritanien.
Murphy Oil apparaît comme le partenaire disposant du profil le plus expérimenté sur le plan de l’exploration offshore. La compagnie indépendante américaine possède une expertise dans les opérations en eaux profondes et développe une présence active sur les marges atlantiques africaines. En Côte d’Ivoire, elle a récemment annoncé une découverte pétrolière sur le puits Bubale-1X du bloc offshore CI-709, après plusieurs campagnes d’exploration. La société est également engagée dans de nouveaux programmes au Maroc et au Cameroun.
Chariot Energy Group présente une approche différente. Déjà implantée en Mauritanie à travers le projet Nour d’hydrogène vert développé avec TEH2, la société connaît l’environnement local et cherche à élargir ses activités dans le pays vers les hydrocarbures. Son modèle repose davantage sur les partenariats et les montages financiers progressifs. Les futurs accords permettront donc de préciser son niveau d’engagement, notamment en matière d’investissement, de programme de travaux et de garanties financières.
Des contrats à transformer en projets
L’attribution de nouveaux blocs offshore ne garantit pas une découverte ni une production immédiate. L’exploration pétrolière et gazière reste une activité longue et risquée, qui nécessite des études géologiques, des campagnes sismiques et des forages avant toute décision de développement.
Pour la Mauritanie, le véritable test portera donc sur les conditions contractuelles négociées avec les opérateurs. Les obligations de travaux, les engagements financiers, les délais d’exécution et les mécanismes de partage des revenus détermineront la valeur réelle de ces partenariats. Les enjeux environnementaux et le Contenu local devront également être intégrés dans cette nouvelle phase, alors que les activités en offshore concernent directement les espaces maritimes et les ressources économiques du pays.
Après avoir réussi à faire entrer GTA en production, la Mauritanie aborde une nouvelle phase de développement de son secteur des hydrocarbures. L’enjeu est désormais de transformer ce premier succès industriel en une filière plus large, capable de s’appuyer sur un portefeuille diversifié d’actifs et de soutenir durablement la croissance énergétique nationale.
Olivier de Souza, Agence Ecofin
Source : La Tribune (France)
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