– Il s’était promis de prendre sa revanche, comme l’exige son nouveau statut. Fort de son Ballon d’or décroché en 2025, Ousmane Dembélé était déterminé à briller, enfin, en sélection nationale à l’occasion du Mondial 2026. « J’ai un objectif qui est dans ma tête depuis très longtemps avec l’équipe de France, c’est de faire une très, très grande Coupe du monde », avait-il déclaré dans un entretien accordé à la radio RMC, le 21 mai, près de trois semaines avant le coup d’envoi du tournoi planétaire. « J’ai faim de marquer des buts, de faire des passes décisives », soulignait l’attaquant de 29 ans, avec la ferme intention de rattraper le temps perdu avec les Bleus.
Pourtant, il va falloir encore attendre pour voir un « Dembouz » – son surnom – étincelant sous le maillot tricolore. Sa prestation lors de la victoire française face au Sénégal (3-1), mardi 16 juin, a une nouvelle fois illustré ses difficultés à s’imposer dans l’équipe dirigée par Didier Deschamps.
Que ce soit à droite ou dans l’axe, derrière Kylian Mbappé, le buteur du Paris Saint-Germain (PSG) n’a pas pesé sur la rencontre : il n’a touché que 41 ballons – dont 10 perdus –, essentiellement en première période, avant de disparaître en seconde. Un match décevant, qu’il a quitté à la 80e minute, remplacé par son partenaire de club Bradley Barcola, qui s’est montré immédiatement décisif en marquant deux minutes après son entrée en jeu.
Si l’équipe de France a réussi à s’imposer face aux Lions de la Teranga après une première mi-temps ratée, elle le doit essentiellement à son duo de choc en attaque, composé de Michael Olise et Kylian Mbappé. Une fois repositionné dans l’axe, dans un rôle de chef d’orchestre à la place de Dembélé, le joueur du Bayern Munich a éclairé le jeu.
Sa passe décisive et son activité autour de Mbappé, double buteur, ont confirmé la relation privilégiée entre les deux hommes et souligné par contraste les soucis de Dembélé dans le collectif du sélectionneur Didier Deschamps, où il n’a encore jamais réussi à s’imposer comme un joueur majeur et décisif lors des grands rendez-vous.
Sept buts en 60 sélections
Son bilan statistique est là pour le rappeler : dix ans après sa première apparition sous le maillot des Bleus, le natif de Vernon (Eure) a inscrit seulement sept buts en 60 sélections. Aucun d’entre eux n’a été marqué lors des 19 matchs qu’il a disputés dans un tournoi majeur. Remplaçant au Mondial 2018 en Russie, contraint de défendre sur le côté droit lors de l’édition de 2022 au Qatar, l’ex-Rennais n’a jamais fait trembler les filets lors de ces deux rendez-vous. Il n’a pas connu plus de réussite lors des Euro 2021 puis 2024.
Une anomalie pour celui qui rayonne avec son club. Depuis deux saisons, l’attaquant s’est imposé comme le principal artisan du triomphe d’un PSG, double vainqueur de la Ligue des champions, qui rafle tous les titres – ou presque. Auteur de 35 buts et de 16 passes décisives toutes compétitions confondues en 2024-2025, le numéro 10 a encore porté son club en 2026, lors des matchs-clés sur la scène européenne, au point de pouvoir prétendre à un deuxième titre consécutif de meilleur joueur du monde, qui sera décerné en octobre. Mais pour cela, il faudrait que Dembélé performe aussi avec la sélection, en l’aidant à obtenir une troisième étoile de championne du monde aux Etats-Unis.
Si la star du PSG n’a pas le même rendement, ni la même influence en équipe de France, c’est d’abord parce que son statut est différent. Leader du vestiaire à Paris, il reste dans l’ombre de Kylian Mbappé chez les Bleus, où ce dernier est le véritable chef de file. Au PSG, « Ous » a par ailleurs carte blanche pour se balader où il le souhaite sur le terrain. Ce n’est pas le cas « en sélection, [où] il n’a pas toute la mobilité qu’il a en club », comme l’a expliqué son coéquipier dans la capitale, Lucas Hernandez, le 12 juin, en conférence de presse.
Alors qu’au PSG, ses partenaires se déplacent en fonction de lui, le système s’inverse en équipe nationale. C’est à Dembélé de s’adapter aux mouvements de ses coéquipiers du secteur offensif, en particulier ceux de Kylian Mbappé. « A Paris, Ousmane Dembélé est vraiment le point central de l’attaque. Chez les Bleus, il doit laisser de la place pour Kylian Mbappé, pour Michael Olise, et trouver sa place aussi », relève l’ex-joueur professionnel Benoît Cheyrou, consultant pour M6, diffuseur de la Coupe du monde. De plus, le manque d’automatismes « l’oblige à faire plus de coups d’œil pendant les matchs pour voir où sont situés ses coéquipiers, contrairement au PSG, où les joueurs se trouvent les yeux fermés ».
Freiné par Michael Olise
Si Dembélé prétendait évoluer meneur de jeu axial en soutien de Mbappé, la performance de Michael Olise à ce poste face au Sénégal devrait pousser le sélectionneur à laisser le Parisien sur le côté droit lors des prochaines rencontres, en premier lieu face à l’Irak, lundi 22 juin, à Philadelphie (Pennsylvanie).
Alors que certains imaginaient le Ballon d’or capable de s’imposer comme le leader technique des vice-champions du monde, il pâtit de l’ascension fulgurante du meilleur joueur de la saison en Bundesliga, qui lui a volé la vedette en inscrivant un triplé face à l’Irlande du Nord (3-1), le 8 juin, lors du dernier match préparatoire au Mondial. En seulement 18 sélections, Olise a déjà marqué sept fois, soit autant que Dembélé, qui avait donné l’impression ce soir-là de ne pas se savoir où se situer sur la pelouse.
Didier Deschamps ne désespère pas – pour l’instant – de le voir se sublimer. « Evidemment qu’avec un Ousmane de haut niveau, ce sera un plus », a-t-il reconnu, à la veille du match contre le Sénégal, après l’avoir qualifié d’élément « très important » pour son collectif. Le sélectionneur est confronté au défi d’éclaircir le rôle et le positionnement du joueur sur le terrain, pour qu’il puisse apporter autant qu’au PSG.
La responsabilité incombe avant tout à Dembélé lui-même. « C’est à lui de trouver les meilleures solutions pour prouver sur le terrain que c’est le meilleur du monde », a résumé Lucas Hernandez, en soulignant qu’il était « un joueur extraordinaire ». Benoît Cheyrou se dit confiant dans la capacité d’adaptation de l’attaquant du PSG, soulignant sa « maturité » et son aptitude à jouer à « tous les postes offensifs ». « Il y a toujours de la place pour les très grands joueurs », juge-t-il. Au Ballon d’or, désormais, de changer le cours de son histoire contrariée chez les Bleus.
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