Mauritanie – Hydrocarbures : Addax, partenaire incontournable ou dépendance stratégique ?

Le Calame – Au cœur des débats économiques et politiques, le partenariat entre la Mauritanie et le trader international Addax divise. Entre critiques persistantes et reconnaissance implicite de sa fiabilité, ce contrat stratégique soulève une question centrale : le pays fait-il face à une dépendance préoccupante ou bénéficie-t-il d’un partenaire solide dans un secteur hautement sensible ? Depuis plusieurs semaines, le contrat d’approvisionnement en hydrocarbures liant la Mauritanie à Addax alimente les controverses. Interpellations au Parlement, prises de position médiatiques et débats sur les réseaux sociaux mettent en lumière les zones d’ombre comme les performances d’un partenariat installé dans la durée.

Un marché sous haute contrainte

Le secteur mauritanien des hydrocarbures ne laisse que peu de place à l’improvisation. Les exigences imposées aux opérateurs sont particulièrement élevées : capacité financière dépassant les 4 milliards de dollars, expertise confirmée dans le trading international, logistique sécurisée et obligation de constituer un stock stratégique de 100 000 tonnes. Un cadre qui réduit mécaniquement le nombre d’acteurs capables de répondre aux appels d’offres et explique, en partie, la stabilité des fournisseurs retenus.

Une domination construite par la concurrence

Contrairement à certaines idées reçues, la présence d’Addax ne résulte pas d’une absence de concurrence. Depuis 2016, l’entreprise s’est imposée à plusieurs reprises face à des poids lourds du secteur comme Trafigura, BB Energy ou Mercuria. À chaque échéance majeure, ses offres se sont distinguées par leur compétitivité, notamment sur les primes appliquées aux produits pétroliers. Une performance qui a consolidé sa position au fil des années.

La continuité d’approvisionnement, enjeu vital

Dans un pays totalement dépendant des importations en hydrocarbures, la sécurité d’approvisionnement est un impératif absolu. Sur ce terrain, Addax affiche un bilan sans rupture majeure. L’épisode le plus révélateur reste celui des difficultés financières de la SOMELEC : malgré des arriérés dépassant 18 millions de dollars et l’absence de garanties suffisantes, les livraisons ont été maintenues. Un choix risqué sur le plan financier, mais décisif pour la stabilité énergétique du pays.

Des critiques récurrentes mais structurantes

Les réserves exprimées à l’égard du partenariat ne sont pas sans fondement. Elles portent notamment sur : la longévité d’un fournisseur unique dans un secteur stratégique ; le besoin de transparence dans les procédures ; la faiblesse des capacités nationales de stockage ; et l’exigence d’une concurrence réelle et permanente. Autant de points qui relèvent moins d’un procès contre un acteur que d’un débat plus large sur la gouvernance du secteur énergétique.

Au-delà du cas Addax, un défi national

Le débat actuel dépasse la seule question d’un fournisseur. Il met en lumière les fragilités structurelles du système énergétique mauritanien : dépendance aux importations, insuffisance des infrastructures et exposition aux fluctuations des marchés internationaux. Renforcer la régulation, investir dans les capacités de stockage et diversifier les partenaires apparaissent désormais comme des priorités incontournables.

Une réalité difficile à contourner

Dans un environnement mondial instable, où les crises énergétiques se succèdent, la fiabilité d’un fournisseur devient un critère aussi déterminant que son prix. À l’heure du bilan, une évidence s’impose : critiquer Addax est légitime, mais ignorer son rôle dans la continuité énergétique du pays relève d’un déni. Car dans un secteur où chaque cargaison compte, la vraie question n’est peut-être pas de savoir pourquoi Addax est restée… mais pourquoi si peu d’acteurs ont su faire mieux.

 

 

KAAW Thierno

 

 

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

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