
La génération qui a été bercée aux débats avec des hommes de la race de Georges Marchais, je vous salue. C’était une autre époque et un autre niveau.
Dans une démocratie, quand l’idolâtrie, la déification, le culte de la personnalité, les attaques personnelles, les invectives, les assignations identitaires (y compris quand on convoque l’ethnie de l’interlocuteur avant d’émettre une opinion ou un jugement ou quand on se range derrière un acteur juste parce qu’il est de la même ethnie, du même clan, de la même région), les caricatures, les rejets mécaniques, l’hostilité irrationnelle à un acteur, le soutien inconditionnel à un clan, un camp ou un homme… prennent le dessus sur les idées, les projets, les programmes… c’est toute la république qui se trouve en danger : autocratie, dictature, pensée unique, intolérance. Les partisans, les groupies, les aficionados à la raison bien souvent en congés prennent en otage le débat et même l’homme providentiel qu’ils prétendent soutenir. On va d’excès en excès. On adule un homme au point de ne pouvoir voir ses défauts les plus évidents. On rejette un homme au point d’être aveugle à ses qualités qui crèvent les yeux.
Peu de voix savent alors faire preuve d’humilité et de raison pour tolérer le point de vue de l’autre sans diaboliser, caricaturer, vouer aux gémonies, excommunier ou animaliser : kulunas, moutons, chiens, cafards dans le cas du génocide au Rwanda… comme pour dédouaner d’avance la conscience en la préparant à l’idée qu’on peut disposer de ces adversaires comme on le veut puisqu’ils ne sont plus de la communauté des humains. Le salut ne peut dès lors reposer sur le seul jugement ou la sagesse d’un homme ou d’un parti. Les contrepouvoirs, les institutions et les mécanismes de contrôle et de régulation doivent être solides et irréprochables (checks and balances).
La démocratie a ses propres exigences. Un électeur devient un danger pour la collectivité quand il ne jouit pas d’un minimum de formation et de sens politiques. Comment peut-il faire un choix éclairé et informé pour l’avenir du pays quand il ne comprend pas les enjeux d’une élection ? Les projets de société proposés ? Les implications d’un vote ? Comment pourrait-il rendre service à la collectivité s’il ne sait pas faire preuve d’un minimum d’exigence envers les acteurs politiques en leur demandant à la fois rigueur dans les propositions et devoir de rendre des comptes en matière de gestion du bien public (redevabilité/accountability) ?
Investir dans la formation n’est pas un luxe, car If You Think Education Is Expensive, Try Ignorance : Si vous trouvez que l’éducation coute cher, essayez l’ignorance (citation attribuée à de nombreux auteurs). Bonne journée internationale des océans et bonne semaine.
Abdoulaye Diagana
8 juin 2026
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