Vu du Burkina Faso – La vague xénophobe en Afrique du Sud, ultime “déshonneur” de la nation arc-en-ciel

Courrier international Le chaos des violences xénophobes se répand en Afrique du Sud, pays qui a pourtant porté haut les valeurs panafricaines. Alors que les départs forcés de ressortissants africains se multiplient dans le sillage des violences qu’ils subissent, le quotidien burkinabè “Le Pays” dénonce le laisser-faire du gouvernement de Johannesburg, ainsi que l’apathie des organisations internationales.

Depuis quelque trois mois, les étrangers sont, de plus en plus, traqués tels des gibiers en Afrique du Sud. Tant et si bien que des pays comme le Ghana, le Nigeria, le Mozambique, pour ne citer que ceux-là, ont décidé de rapatrier leurs ressortissants victimes d’actes xénophobes.

Si ces pays font preuve de responsabilité, on ne peut pas en dire autant pour l’Afrique du Sud. C’est d’autant plus vrai que les autorités de ce pays semblent impuissantes, pour ne pas dire complices de ces violences xénophobes. À preuve, l’“opération Dudula”, mouvement à l’origine des récentes violences xénophobes, n’est inquiétée ni par l’exécutif ni par la justice sud-africaine. Et comme le dit l’adage, qui ne dit rien consent.

Cyril Ramaphosa joue les équilibristes

 

Dans une allocution prononcée dimanche 7 juin, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a fait part de son intention de renforcer les contrôles aux frontières et de durcir sa politique contre les ressortissants étrangers en situation irrégulière.

Il a également lancé un avertissement aux Sud-Africains contre toute forme de justice privée, indique le Daily Maverick. “Seuls les fonctionnaires habilités peuvent intervenir en cas de violation de la loi, notamment des lois sur l’immigration. Nul autre n’est autorisé, par exemple, à interpeller une personne dans la rue pour lui demander une preuve de nationalité”, a-t-il déclaré.

Tout en proposant des mesures inédites, Cyril Ramaphosa n’a toutefois pas reconnu la xénophobie dont sont victimes les étrangers, préférant répéter qu’il n’y avait “pas de place pour la xénophobie, le racisme, le sexisme, l’afrophobie” dans le pays.

Un discours d’équilibriste. En effet, à l’approche des élections municipales, prévues en novembre, Cyril Ramaphosa doit composer avec une situation économique et un climat social qui pourraient nuire à son parti, le Congrès national africain (ANC). Le défi ne se limite donc plus à l’application de la loi, mais au “rétablissement de la confiance”, souligne Business Insider Africa.

Si des villes comme Johannesburg, Pretoria, Durban sont devenues aujourd’hui des prisons à ciel ouvert pour les migrants, c’est sans nul doute parce que les autorités l’ont voulu. Le simple fait que le gouvernement sud-africain n’ait pas pris à bras-le-corps le problème montre à souhait qu’il s’en soucie comme d’une guigne.

On est d’autant plus fondé à le penser que les cas de xénophobie qui ont fait l’objet de poursuites judiciaires se comptent sur les doigts d’une main. Toujours est-il que l’attitude des autorités sud-africaines est plus que suspecte.

Détruire la mémoire de l’apartheid

De toute évidence, ces rapatriements de migrants constituent un déshonneur pour la nation arc-en-ciel, qui se veut un melting-pot.

En fait, les Sud-Africains semblent avoir la mémoire courte. Ont-ils déjà oublié l’immense soutien dont ils ont bénéficié pendant l’apartheid, de la part de pays africains ? Nelson Mandela devrait se retourner dans sa tombe ; lui qui avait fait de l’intégration africaine l’un de ses combats. C’est regrettable que ses héritiers se montrent incapables de chausser ses bottes.

Pendant que nombre de pays africains font la promotion de l’intégration africaine en supprimant visas et autres restrictions, l’Afrique du Sud préfère ramer à contre-courant.

À lire aussi : Opinion. L’Afrique du Sud ne doit pas sombrer dans la folie xénophobe

C’est vrai que le pays compte 3 millions d’étrangers et fait face à des taux de chômage et de criminalité élevés. Mais ces problèmes sociaux ne sauraient justifier la chasse aux étrangers. Si de nombreux Sud-Africains tirent le diable par la queue, ce n’est pas du fait des étrangers. Si des Sud-Africains n’ont pas d’emploi, ce n’est pas à cause des étrangers.

Le seul responsable de la misère ambiante qui frappe de nombreux foyers sud-africains n’est autre que le gouvernement sud-africain, qui gagnerait à mettre fin à ces actes de xénophobie qui auront laissé sur le carreau des centaines de cadavres au cours des deux dernières décennies.

“Silence complice”

Cela dit, il faut aussi déplorer le silence coupable de l’Union africaine (UA). Prompte à réagir quand il s’agit des questions politiques, elle reste quasiment muette face à ces actes de xénophobie aux lourdes conséquences. L’organisation continentale est d’autant plus à blâmer que l’une de ses missions est d’œuvrer à l’intégration africaine.

Quid des autres organisations internationales ? Tout laisse croire que leur silence complice est dû au traitement humiliant, voire inhumain, que leurs espaces réservent aux migrants, surtout africains. Comment peuvent-elles, dans ces conditions, hausser le ton face aux actes xénophobes en Afrique du Sud, si leurs zones ne constituent pas de bons exemples en la matière ?

En tout état de cause, si le pays de Cyril Ramaphosa souhaite garder un minimum de dignité, il doit se ressaisir pendant qu’il est encore temps. Au-delà, il doit savoir que ces actes de xénophobie exposent les Sud-Africains qui vivent dans d’autres pays à des actes de représailles.

Il faut, d’ailleurs, féliciter les pays dont les ressortissants sont victimes d’actes de xénophobie en Afrique du Sud, mais qui continuent de faire preuve de sagesse en appelant leurs compatriotes à la retenue. C’est tout à leur honneur.

 

 

 

Le Pays (Ouagadougou)

Fondé en octobre 1991, ce journal indépendant est rapidement devenu le titre le plus populaire du Burkina Faso. Il multiplie les éditoriaux au vitriol. Il se présente comme un quotidien indépendant d’information générale et républicain.

 

 

Source : Courrier international (France)

 

 

 

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