Mauritanie – LES ENFANTS DE L’EAU

À Kouva, dans la commune de Sebkha, les enfants grandissent avec les séquelles des pluies / Par Souleymane Djigo Nouakchott, 3 juin 2026.

Le ballon fuse entre deux enfants avant de s’immobiliser dans une flaque d’eau verdâtre. Sans hésiter, l’un des joueurs s’y précipite, récupère le ballon d’un coup de pied et relance aussitôt la partie sous les cris de ses camarades.

Dans cette rue de Kouva, un quartier populaire de la commune de Sebkha, la présence de l’eau fait partie du quotidien au point de ne plus surprendre personne.

Pour les enfants, ces mares sont devenues un élément du décor. Pour les adultes, elles rappellent un problème plus profond. Celui d’un quartier qui continue de porter les traces des dernières pluies plusieurs mois après leur passage. Le nom même de Sebkha n’est pas anodin. En géographie, une sebkha désigne une dépression naturelle où les eaux ont tendance à s’accumuler avant de s’évaporer sous l’effet de la chaleur. Bien avant l’expansion de Nouakchott, cette partie du littoral mauritanien présentait déjà ces caractéristiques naturelles. Aujourd’hui encore, cette réalité géographique influence la vie de milliers d’habitants.

À Kouva, les conséquences sont visibles au détour de nombreuses rues. Ce matin du 3 juin 2026, le ciel est pourtant d’un bleu éclatant. La saison des pluies semble loin derrière. Mais au bout d’une ruelle sablonneuse, une vaste mare d’eau stagnante occupe encore une partie du passage. Des sachets plastiques flottent à la surface. Quelques moustiques virevoltent au-dessus de l’eau immobile. Mohamed, 12 ans, s’arrête un instant avant de contourner la flaque pour rejoindre son école. « Cette eau est là depuis longtemps », raconte-t-il. « Quand il fait chaud, l’odeur devient difficile à supporter. Le soir, il y a beaucoup de moustiques. » Autour de lui, plusieurs enfants empruntent le même chemin. Certains sautent d’une zone sèche à une autre. D’autres avancent avec précaution pour éviter de salir leurs chaussures. Les pluies appartiennent au passé.

Mais leurs conséquences continuent d’accompagner le quotidien de nombreux enfants. Dans certaines rues de Kouva, les mares résiduelles, les voies dégradées et les difficultés de déplacement persistent longtemps après les précipitations. Pour les habitants, la saison des pluies ne se termine pas toujours lorsque le soleil revient. Elle se prolonge dans les rues. Elle se prolonge sur le chemin de l’école. Elle se prolonge jusque dans les espaces où les enfants jouent. À quelques centaines de mètres de là, un groupe de garçons dispute un match de football sur un terrain vague. Deux pierres délimitent les buts.

À chaque accélération, des éclaboussures de boue accompagnent les courses des joueurs. Le ballon termine régulièrement sa trajectoire dans une zone humide. Les enfants éclatent de rire. Le jeu reprend aussitôt. « Nous jouons ici tous les jours », explique Ahmed, 11 ans. « Il n’y a pas d’autre terrain dans le quartier. » À première vue, la scène est celle d’une enfance ordinaire. Des enfants jouent. Rient. Courent derrière un ballon. Pourtant, derrière cette apparente normalité se dessine une autre réalité. À Kouva, les enfants grandissent dans un environnement où les eaux stagnantes, les problèmes d’assainissement et l’insuffisance des infrastructures influencent directement leur quotidien. Et ce sont souvent eux qui en subissent les conséquences les plus visibles.

 

 

Souleymane Hountou Djigo. Journaliste, blogueur

 

 

 

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