Guinée Matin – Envoyé en Mauritanie dans les années 1960 sous le régime d’Ahmed Sékou Touré, Mamadou Saliou Diallo, originaire de Télimélé, précisément de la sous-préfecture de Sarékaly, s’y était installé pour travailler à la présidence, dirigée à l’époque par Moctar Ould Daddah. Ce qui devait être un séjour temporaire s’est finalement transformé en un exil de plusieurs décennies.
Après plus de 60 ans passés sur le sol mauritanien, il a été expulsé dans des conditions qu’il qualifie de « pas honorables », avant d’être rapatrié par le gouvernement guinéen. Rencontré par une reporter de Guineematin.com ce lundi, 20 avril 2026, au quartier Dar-Es-Salam (Conakry), cet ancien pâtissier de la présidence mauritanienne sous l’ère de la Première République est revenu sur son parcours, son attachement à sa terre natale et son espoir de revoir un jour Télimélé.
Mamadou Saliou Diallo explique qu’il nourrissait déjà le projet de rentrer au pays avant son expulsion. « J’avais l’intention de revenir. J’avais dit à mes enfants de mettre de côté un peu d’argent à la fin de chaque mois, que je pourrais envoyer à la banque afin de voir comment obtenir un toit en Guinée. Un de mes fils, qui est militaire, est venu visiter la Guinée. Il est même allé jusqu’à mon village à Sarékaly (Télimélé). Lorsqu’il est reparti, c’est lui qui m’a donné le courage en me disant : “Papa, il faut aller construire pour nous afin qu’on ait où rester. Chacun va contribuer un peu.” Mais cette situation d’expulsion est arrivée », a-t-il confié.
L’homme dit également avoir été profondément surpris par l’évolution de sa localité d’origine. « Je n’ai pas reconnu mon village lorsque l’on m’a envoyé les photos de Télimélé. J’ai demandé si c’était en Allemagne ou en Amérique. J’ai dit : “Non, ce n’est pas vrai.” Quand j’ai quitté Télimélé, quand tu posais le pied, tu pouvais t’enfoncer. J’ai dit : “Alhamdoulilah, il y a eu du travail.” »
Au-delà de son témoignage personnel, Mamadou Saliou Diallo adresse un message à ceux qui envisagent l’aventure à l’étranger. Selon lui, il est essentiel de ne jamais perdre le lien avec son pays d’origine. « Ce que tu peux faire chez toi, tu ne peux pas le faire ailleurs. Chez toi reste chez toi. Que chacun fasse attention : demain, tu ne sais pas ce que Dieu va amener », a-t-il conseillé.
Le vieil homme est également revenu sur les circonstances de son expulsion, qui restent pour lui un souvenir douloureux. « Ce qui m’a le plus attristé durant mon aventure, c’est le fait d’avoir été jeté comme quelqu’un qui ne vaut rien. C’est un agent qui est venu chez moi, dans ma propre maison que j’avais construite. Ils m’ont dit : “Diallo, il faut que vous sortiez d’ici.” J’ai demandé : “Sur quel ordre ?” Ils m’ont répondu : “Ordre du Président.” Ensuite, ils m’ont dit de rentrer chez moi… Alors je suis sorti avec seulement mes habits. Les enfants voulaient tous me suivre, mais j’ai dit : “Non, attendez que je sois devant.” »
Malgré cette épreuve, l’ancien expatrié affirme recevoir régulièrement des nouvelles de ses proches et garde l’espoir de reconstruire sa vie en Guinée, tout en rêvant de fouler à nouveau le sol de sa Télimélé natale.
Ismael Diallo
Source : Guinée Matin – (Le 22 avril 2026)
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com




