Courrier international – L’auteur franco-algérien était visé par plusieurs plaintes liées à son roman “Houris”, pour lequel il a obtenu le prix Goncourt 2024, une femme l’accusant notamment d’avoir utilisé son récit pour l’écrire, sans son consentement. Sa condamnation par contumace survient dans un contexte de tensions entre Paris et Alger.
Trois ans de prison ferme et une amende de 5 millions de dinars algériens, soit environ 32 000 euros. C’est la peine à laquelle l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud a été condamné mardi 21 avril en Algérie, comme il l’a lui-même annoncé le lendemain sur le réseau social X, évoquant l’“application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale”.
En cause, précise Twala, son roman Houris, pour lequel il a reçu le prix Goncourt en 2024, “qui a suscité des plaintes, notamment d’une femme l’accusant d’avoir utilisé son histoire personnelle sans consentement”. Les poursuites, ajoute le média indépendant algérien, portaient aussi sur son “évocation de la décennie de violence des années 1990” en Algérie, encadrée dans le pays par la charte que mentionne l’écrivain sur X.
“Le texte réprime l’évocation publique de la guerre civile. Dix ans de guerre, près de 200 000 morts selon les estimations, des milliers de terroristes amnistiés… et un seul coupable : un écrivain”, a ajouté Kamel Daoud sur le réseau social.
Comme l’écrivait le quotidien algérien El-Watan en novembre 2024, la femme qui accuse Kamel Daoud est Saâda Arbane, une trentenaire rescapée de la “décennie noire”. Selon cette dernière, l’auteur a “puisé dans ses confidences, partagées avec son épouse, psychologue, au cours de séances de thérapie”, pour écrire Houris et ce, sans son consentement.
Tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie
Dans le cadre de cette affaire, l’Algérie a émis en mai 2025 deux mandats d’arrêt internationaux contre Kamel Daoud. “Les motivations de tels mandats algériens ne pourraient qu’être politiques et s’inscrire dans un ensemble de procédures menées pour réduire au silence un écrivain dont le dernier roman évoque les massacres de la ‘décennie noire’ en Algérie”, avait alors dénoncé son avocate Jacqueline Laffont.
Kamel Daoud vit en France et son roman Houris est interdit de publication dans son pays d’origine. Il y est une personnalité controversée en raison de certaines de ses prises de position, mais aussi car le discours qu’il porte serait avant tout “en accord avec des attentes occidentales sur la manière de représenter le monde arabo-musulman”, résumait Le Matin d’Algérie en fin d’année 2024.
Sa condamnation par contumace, souligne Twala, intervient “sur fond de tensions diplomatiques marquées entre Alger et Paris, aggravées depuis l’été 2024”, la détention d’un autre écrivain binational, Boualem Sansal, ayant elle aussi “contribué à tendre davantage les relations entre les deux pays”.
Source : Courrier international (France)
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