Mauritanie : et si, enfin, nous décidions de réussir ?

Il faut parfois poser une question simple pour révéler une vérité profonde : qu’est-ce qui empêche réellement la Mauritanie de réussir ? Ce n’est ni le manque de ressources, ni la faiblesse démographique, ni même une position géographique défavorable. Bien au contraire. Avec un territoire vaste, une population relativement faible et des richesses naturelles considérables, la Mauritanie dispose de tous les ingrédients qui, ailleurs, ont permis des trajectoires spectaculaires. Alors pourquoi pas nous ?

Le miroir des autres nations

L’histoire contemporaine regorge d’exemples de pays qui, partis de situations comparables voire plus difficiles ont réussi à se transformer.

Prenons le cas du Botswana. À son indépendance, ce pays était l’un des plus pauvres du monde. Peu d’infrastructures, une économie fragile, une dépendance presque totale à l’extérieur. Mais une décision politique majeure a tout changé : faire de la bonne gouvernance une priorité absolue. Résultat : une gestion rigoureuse des ressources minières, une corruption contenue, et aujourd’hui, l’un des États les plus stables et prospères d’Afrique.

Autre exemple, celui du Rwanda. Sorti d’un génocide en 1994, ce pays était détruit, socialement et institutionnellement. En moins de trente ans, il a reconstruit son administration, investi dans le numérique, restauré une forme de cohésion nationale et imposé une discipline étatique forte. Le Rwanda n’est pas parfait, mais il démontre qu’un État peut renaître d’un chaos profond par la volonté politique.

Regardons aussi la Norvège. Lorsqu’elle découvre son pétrole, elle fait un choix décisif : protéger ses richesses de la corruption et des cycles politiques. Elle crée un fonds souverain, transparent, orienté vers le long terme. Aujourd’hui, ce fonds est l’un des plus puissants au monde, garantissant aux générations futures une sécurité économique durable.

Enfin, les Émirats arabes unis illustrent une autre trajectoire : celle d’un État qui, à partir de ressources naturelles, a investi massivement dans les infrastructures, la logistique et l’attractivité internationale pour devenir un hub incontournable entre continents.

La Mauritanie : un potentiel encore intact

La Mauritanie n’est pas condamnée à l’échec. Elle est, au contraire, un pays à fort potentiel encore intact.

• Des ressources minières et énergétiques importantes • L’un des littoraux les plus poissonneux au monde
• Un potentiel exceptionnel en énergies renouvelables
• Une position stratégique entre Afrique de l’Ouest, Maghreb et Atlantique

Et surtout, un avantage rare : une population relativement faible, qui rend possible une redistribution efficace des richesses.

Dans ces conditions, la pauvreté n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix.

Le véritable blocage : la gouvernance

Le problème central de la Mauritanie est connu, mais rarement affronté avec courage : la gouvernance.

Trop souvent :

• les ressources sont mal gérées ou captées
• la justice manque d’indépendance
• les inégalités sont entretenues au lieu d’être corrigées
• les divisions nationales sont instrumentalisées

Aucun pays ne se développe durablement dans ces conditions. .

Ce qu’il faut faire : une rupture claire

La Mauritanie n’a pas besoin d’ajustements marginaux. Elle a besoin d’une rupture.

1 – Restaurer un État juste

Une justice indépendante, une lutte réelle contre la corruption, une transparence totale dans la gestion des ressources. Sans cela, aucune réforme économique ne tiendra.

2 – Réconcilier la nation

Il ne peut y avoir de développement sans cohésion. Cela implique de reconnaître les injustices passées, de garantir l’égalité réelle entre citoyens et de valoriser toutes les langues et cultures du pays.

3 – Protéger et investir les richesses

Les revenus du gaz, des mines et de la pêche doivent être sanctuarisés dans un fonds souverain, orienté vers l’éducation, la santé et les infrastructures.

4 – Miser sur le capital humain

Former une jeunesse compétente, ouverte et productive est la seule garantie d’un développement durable. Cela suppose une réforme profonde du système éducatif.

5 – Diversifier l’économie

La Mauritanie ne peut dépendre uniquement de ses ressources brutes. Elle doit transformer, produire, exporter autrement.

Une trajectoire possible

Si ces réformes sont engagées avec sérieux :

• En 10 ans : une économie stabilisée et en croissance, une confiance retrouvée
• En 20 ans : l’émergence d’une classe moyenne solide
• En 30 ans : un pays respecté, influent et prospère

Ce scénario n’est pas une illusion. Il a déjà été réalisé ailleurs.

Une question de volonté

La Mauritanie n’est pas un pays pauvre. C’est un pays mal organisé autour de ses richesses.
Le véritable enjeu n’est pas de savoir si nous pouvons réussir, mais si nous sommes prêts à changer les règles du jeu.

Car au fond, la différence entre les nations qui stagnent et celles qui avancent tient à une seule chose : la décision politique. Et si, enfin, nous décidions de réussir.

 

Sy mamadou

 

 

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