L’éthique comme fondatrice de la rupture en Afrique

EXCLUSIF SENEPLUS - La véritable rupture épistémologique est et doit être celle de la rénovation complète de nos institutions souveraines et indépendantes. bâtir ensemble les piliers républicains africains qui permettent des gouvernances saines

SenePlus – L’éthique, c’est défendre des valeurs, des principes de vie, de cohérence et de solidarité humaine. C’est toujours avoir en bandoulière la résistance à l’oppression, à l’illégalité, au passe-droit, au favoritisme et à la déloyauté et dire comment voulez-vous que je me soumette et comment voulez-vous que je me taise face à l’injustice. Ces anaphores que j’utilise très souvent dans ma poésie incarnent, selon moi, la réaction saine de Pape Thiaw, et il serait important que chacun puisse se l’approprier pour en faire une bandoulière qui symbolise la solidité de nos actes d’équité cognitive.

Par un exemple récent et qui a fait l’actualité, il faut donc saluer le geste du sélectionneur de l’équipe nationale de football du Sénégal, Pape Thiaw, lors de la finale de la Coupe Africaine des Nations 2025-2026 qui a fait le choix de faire triompher la justice. Il est ici l’incarnation même de l’éthique professionnelle et humaine. On peut dire qu’il est un héros de l’éthique car il n’a pas abdiqué face à la tyrannie de l’événement. S’il s’était tu, sans s’opposer à cette situation qui apparaît à toutes et tous comme profondément abusive et partiale, cela aurait révélé une image de l’Afrique déplorable face à l’arbitraire. Mais Pape Thiaw s’est levé pour dire non devant le monde entier et a ainsi résolu l’équation de l’éthique à défendre son équipe devant l’injustice. L’éthique, au-delà de soi-même, exige de la volonté, de la générosité et de l’abnégation, quels que soient les enjeux et ce sont ces actes qui marquent en quelque sorte des moments de l’histoire.

L’éthique est le principal levier de la rupture pour construire des institutions souveraines, patriotiques et inclusives en Afrique.

Pour camper notre thématique, on peut se demander que veut dire le terme « éthique » ? Observer une éthique est défini comme une « science de la morale » ou un « art de diriger la conduite ». Dans le domaine médical, il existe une éthique professionnelle, ou « bioéthique », qui permet de mettre au premier plan les objectifs de la recherche, de la médecine, au mépris des intérêts financiers et/ou personnels que représentent les divers lobbying.

Ainsi l’éthique professionnelle et humaine doit habiter tout l’espace citoyen de tout territoire républicain. C’est une condition nécessaire si l’on veut parvenir à l’équilibre, à un patriotisme debout, à une émergence réelle et si l’on souhaite conserver des valeurs collectives de justice et d’équité.

L’éthique est une valeur intrinsèque du changement politique, économique, social et culturel que l’on est en droit d’attendre. Un professeur possède une éthique face à ses apprenants. Il se doit de considérer chaque apprenant  en capacité de réfléchir, de progresser et il doit les respecter dans leur singularité et leur unité. Son principal objectif est d’aider ses apprenants à apprendre. Un véritable artiste possède aussi une éthique dans ce qu’il exprime, ce en quoi il croit viscéralement. Il peut faire des compromis, mais pas de compromissions, car il ne doit pas se défaire de sa déontologie au risque de perdre son art, ou son âme. Celui qui céderait, par exemple, à une opération financière où l’art serait secondaire, bafoue la moralité dans laquelle il s’est engagé.

Le journaliste possède une éthique qui est celle de transmettre l’information le plus justement possible et ce à un plus grand nombre. S’il s’associe à la puissance des États, s’il accepte de rendre publics des évènements maquillés, il viole les valeurs de son métier. Et il en va ainsi naturellement pour tous les domaines professionnels.

Ainsi, on voit bien que la plupart des sociétés sont constituées d’une éthique qui est un ensemble de codes moraux régi par les institutions qui garantissent le droit, l’impartialité et l’intégrité. Ainsi l’éthique, dans tous les domaines, est un véritable enjeu pour le continent africain et pour le Sénégal en particulier.

Et cette éthique doit s’exercer, de manière transparente, au sein des gouvernances africaines, comme un modèle qui conduit chacun à prendre ses responsabilités citoyennes. L’éthique doit être au centre de tous les programmes politiques, au cœur de toutes les organisations qui forment les États africains, nos régions et nos nations. C’est le cadre moral qui doit prévaloir sur tout autre aspect au sein de nos institutions, et ce au plus haut niveau des responsabilités.

L’éthique doit être inscrite dans le code des valeurs républicaines et ne jamais céder aux enjeux financiers et aux réussites matérielles et personnelles. L’incorruptibilité doit être le premier engagement pour les hommes, pour les femmes qui sont destinés aux plus hautes obligations politiques et sociales.

Au XXIème siècle, il n’est plus acceptable de voir à la tête des États africains, la corruption, le népotisme, l’impunité, agir et ce comme si cela était tout à fait normal. Ces pratiques immorales et injustes sont tellement courantes que l’on n’y prend plus garde et cela est grave car elles se banalisent.

C’est un véritable fléau qui doit cesser, c’est une gangrène croissante qui empêche à la fois le patriotisme debout et la véritable démocratie.

Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est bâtir les valeurs républicaines africaines de justice et d’équité et les garantir durablement. Comment est-il possible que certains hommes politiques et certains fonctionnaires de pays africains soient plus riches que les chefs d’États ou les gouvernants qui exercent en Occident ou en Asie ? Ceci interroge nos mécanismes de gouvernance actuels et conduit assurément à la faillite économique, sociale et morale.

Il faut construire un pacte vertueux qui assure que celui qui dirige les affaires publiques s’engage à une conduite honnête et une éthique à toute épreuve. Celui qui a en charge les deniers publics a des comptes à rendre à chaque moment de sa carrière administrative ou politique.

C’est un changement radical qui doit s’opérer dans la conduite des États et chaque homme, chaque femme, tous les acteurs intègres, femmes et hommes de la société civile, femmes et hommes politiques et citoyens doivent lutter contre toutes les formes de corruptions. La moralisation politique doit guider tous les projets de changement. Sans cela, l’échec perdurera et la misère grandira encore.

Chacun doit avoir à l’esprit qu’il faut combattre inlassablement ce qui mène à la « banqueroute » : la corruption, le népotisme, l’impunité. Voici les trois grands coupables des États africains et du continent tout entier qui conduisent à l’immobilisme culturel, économique et social.

C’est un des grands défis du XXIème siècle, bâtir ensemble les piliers républicains africains qui permettent des gouvernances saines et de la justice sociale.

Il nous faut définitivement sortir des proclamations et des décrets car de la colonisation à nos jours, nos institutions n’ont pas changé d’un pouce. Au niveau éducatif, au niveau administratif, au niveau gouvernemental, nous fonctionnons encore sur le modèle colonial qui ne correspond en rien à nos idéaux et à notre cohérence sociale. La véritable rupture épistémologique est et doit être celle de la rénovation complète de nos institutions souveraines et indépendantes.

Aujourd’hui au Sénégal, nous avons élu des représentants politiques et nous exigeons d’eux que ces valeurs éthiques soient au coeur de leur gouvernance, comme un levier fondamental pour notre souveraineté et notre prospérité. Il convient à toutes et à tous de les respecter, dans le souci d’être en adéquation avec ce que nous défendons afin de faire enfin renaître les soleils de nos libertés.

Mais les solutions pérennes pour anéantir l’effondrement des nations africaines sont aussi la fraternité, la solidarité, l’intégrité, le concordat, l’unité africaine et la transmission de ces valeurs par l’éducation et la formation des élites.

Ainsi, si nous partageons ces valeurs éthiques et républicaines, que nous les inscrivons au patrimoine culturel africain et que nous les mettons en place comme un rempart indestructible, nous pourrons contribuer à l’émergence de notre continent, de notre pays et à la renaissance africaine. Nous pourrons enfin entrer sur le grand échiquier économique et politique mondial qui mène assurément à la réflexion constructive, dénuée de tout profit personnel, à la créativité, à la fédération collective et au partage des valeurs fondées sur l’inclusion, la solidarité, la compassion, l’équité, Ubuntu, qui sont des valeurs intrinsèques de notre patrimoine historique et culturel africain et universel.

Amadou Elimane Kane de SenePlus

 

Amadou Elimane Kane est écrivain poète 

 

 

Source : SenePlus (Sénégal)

 

 

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