Cette réflexion ne vise ni des individus ni des confréries en particulier, mais dénonce une dérive intellectuelle et spirituelle profonde qui nous concerne collectivement. Elle concerne une jeunesse en quête de sens, trop souvent étouffée et reléguée au second plan par un folklore spirituel vide et par des hiérarchies figées, incapables de répondre aux défis de notre temps. Cette interpellation s’adresse aux intellectuels et aux croyants qui, par leur silence ou leur complaisance, laissent prospérer des dérives aux conséquences graves pour nos enfants et pour les générations à venir. Cette analyse appelle à la responsabilité des disciples sincères et non des héritiers automatiques des éducateurs, des penseurs et de tous ceux qui ont la charge de penser, transmettre et renouveler le sens du religieux.
À travers un regard qui concilie esprit critique et quête de sens, cette réflexion s’intéresse à la place du sacré dans nos sociétés actuelles. Elle s’adresse à celles et ceux qui souhaitent s’engager dans une lecture attentive afin d’explorer la complexité des croyances contemporaines, dans une démarche d’amélioration continue au sein de nos différentes communautés religieuses.
Sous nos cieux, le maître soufi, qui est un guide authentique et non un simple nom affilié par complaisance à une communauté, voit son titre galvaudé. Lorsque la voie de la transformation cède au folklore religieux, la sève spirituelle perd son flux et son sens. Un véritable soufi se doit d’être iconoclaste et d’avoir le courage de penser par lui-même afin d’approfondir son cheminement intérieur. Il est donc essentiel d’emprunter la voie du détachement sans pour autant se couper du tabernacle des soufis. Nous refusons que la philosophie du soufisme soit trahie ou que sa discipline et ses enseignements soient dénaturés. Le chemin vers Dieu ne saurait être pavé de récits dépourvus de sève spirituelle, cette énergie indispensable au développement et à la transformation de l’être humain.
Dans un contexte historique précis, Nietzsche proclamait : « Dieu est mort ». Nous osons aujourd’hui proclamer que la cérémonie symbolique de sa disparition a été matérialisée quelque part en Afrique de l’Ouest. Plus encore, ce sont certains chefs religieux eux-mêmes qui ont officié à sa relégation dans l’ordre profane. Ce qui est mort ici n’est pas Dieu en tant qu’absolu métaphysique, mais l’exigence de transcendance. Elle a été remplacée par une gestion héréditaire du sacré, une bureaucratisation du spirituel, où le divin devient un capital symbolique transmissible par le sang, le nom ou la filiation.
Sous ces hangars idéologiques certains proclament avec ostentation être les disciples de leurs pères, comme si la vérité pouvait s’hériter, comme si la lumière spirituelle obéissait aux lois de la généalogie. Ils oublient, ou préfèrent ignorer, que leurs pères furent eux-mêmes disciples, soumis à d’autres maîtres, parfois étrangers sans aucune filiation avec ces derniers. Il faut le dire sans détour : le simple fait de se réclamer disciple par filiation généalogique est une démission intellectuelle. Ce n’est pas une fidélité, mais une paresse travestie en piété. La tradition ainsi invoquée n’est plus un chemin, mais une clôture ; non plus une quête de sens spirituel, mais un refuge.
Ce qui importe n’est donc ni le père, ni la mère, ni l’oncle, ni la tante. Ce qui importe, c’est d’être un véritable « Mukallaf » au sens propre du terme. Un serviteur responsable, capable de recevoir le savoir sans fétichiser sa source, capable d’une éducation spirituelle qui transforme l’être, bouscule l’intellect et fracture les certitudes.
La véritable honnêteté intellectuelle et morale commence par reconnaître que toute conscience est le produit d’un entrelacement complexe de savoirs, de ruptures, de transmissions discontinues et non linéaires. Le savoir n’a pas de lignée pure. Il ne connaît ni héritiers naturels ni gardiens légitimes. Toute tentative de l’enfermer dans une généalogie relève d’une entreprise de domination bien plus que d’une quête de vérité.
En conséquence, la solution spirituelle et temporelle, c’est d’être le disciple détaché de son maître, sans se focaliser sur les filiations avec ce dernier, afin de bénéficier de l’énergie de la transmission et de la transformation du disciple.
Dieu soit loué, nous ne sommes ni le serviteur ni le disciple du père, mais du Maître immatériel et immortel (Al-Ḥaqiqa al-Muḥammadiyya). .
En somme, Al-Ḥaqiqa al-Muḥammadiyya renvoie, selon le grand maître soufi Ibn Arabi (rta) et ses pairs, à la réalité spirituelle primordiale du Prophète Muhammad (PsL). Il est significatif que ses enfants l’aient précédé dans l’au-delà, comme si le Seigneur avait voulu les préserver du poids d’un héritage qui pouvait être confondu avec une forme de divinisation.
@Yoo Alla Faabo !
Abdoul GUISSÉ, Informaticien
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