Sénégal : le recrutement d’enseignants-chercheurs par la Guinée suscite des questions

Agence Ecofin – Alors que le Sénégal cherche à améliorer la qualité de son enseignement supérieur pour mieux répondre aux besoins du marché du travail, le recrutement massif d’universitaires par la Guinée révèle les tensions entre mobilité professionnelle, cadre légal et attractivité du système académique.

Dans un communiqué relayé par la presse locale le lundi 5 janvier, les autorités sénégalaises de l’enseignement supérieur se sont exprimées sur le recrutement de 59 enseignants-chercheurs dans des universités guinéennes. Ce mouvement, qualifié de « controversé » par certains médias, a été examiné par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI).

Selon le ministre Daouda Ngom, cette mobilisation soulève des interrogations sur le respect du cadre réglementaire national, notamment l’interdiction faite à un fonctionnaire de travailler dans la fonction publique d’un autre pays sans mécanismes de coopération préalablement ratifiés. Loin d’être un phénomène marginal, ce flux d’enseignants est perçu comme révélateur de problématiques structurelles liées à la gestion des carrières et à l’attractivité des universités sénégalaises.

Encadrer la mobilité sans freiner l’attractivité

Dans un communiqué officiel, le MESRI a rappelé les dispositions juridiques qui régissent la mobilité des enseignants-chercheurs. La loi n° 61‑33 du 15 juin 1961 consacre l’exclusivité de l’emploi dans la fonction publique, tandis que l’article 11 de la loi n° 81‑59 du 9 novembre 1981 encadre l’utilisation hors cadre du personnel universitaire.

Sur cette base, les recteurs d’universités publiques ont été chargés de vérifier que tout engagement à l’étranger respecte ces textes et évite tout cumul d’emplois irrégulier. Le ministère précise toutefois que la mobilité internationale n’est pas interdite et peut s’inscrire dans des mécanismes de coopération formalisés et des missions autorisées par la loi.

Ce rappel traduit la tension entre la liberté professionnelle des enseignants et la nécessité de préserver les capacités institutionnelles nationales. Selon le MESRI, les universités sénégalaises restent attractives dans la sous-région grâce à leur environnement académique solide et à des rémunérations compétitives, mais la mobilité doit rester encadrée.

Cette sortie intervient alors que l’enseignement supérieur sénégalais doit relever plusieurs défis, notamment l’adéquation formation-emploi, la qualité de la recherche et le renforcement des capacités académiques via le plan stratégique 2025‑2026 qui prévoit le recrutement de centaines d’enseignants-chercheurs. Par ailleurs, Dakar et Conakry ont signé en mai 2025 un protocole de coopération universitaire et scientifique prévoyant la mobilité des enseignants et des étudiants, dont la mise en œuvre est confiée à un comité de suivi.

Dans ce contexte, le Sénégal tente de concilier ouverture régionale, attractivité académique et respect du cadre juridique national, alors que le débat sur la mobilité des talents et la compétitivité des universités africaines continue de s’intensifier.

 

 

Félicien Houindo Lokossou

 

 

 

Source : Agence Ecofin

 

 

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