
– Au début de la guerre à Khartoum, Esraa Hesbarassoul a dû sortir en panique ses jumeaux prématurés d’une couveuse car l’hôpital où ils se trouvaient était bombardé. Sans oxygène et sans ambulance, l’un des deux est mort. Aujourd’hui, la jeune mère a réussi à rejoindre la petite maternité d’Omdourman, ville jumelle de Khartoum, où elle veille sur son dernier enfant.
Quand les premières bombes sont tombées sur l’hôpital le 20 avril, « on nous a dit qu’il fallait évacuer tout le monde tout de suite et qu’on devait prendre nos jumeaux », raconte à l’AFP cette Soudanaise drapée dans un grand voile bariolé. « Il n’y avait aucune ambulance disponible, donc on a dû les transporter comme on pouvait, mais l’un des deux est mort faute d’oxygène », poursuit-elle.
Esraa Hesbarassoul est loin d’être la seule mère piégée par la guerre qui a commencé le 15 avril : selon l’ONU, « 24 000 femmes doivent accoucher dans les semaines à venir » à Khartoum. D’après la même source, 219 000 femmes attendent actuellement un enfant dans la capitale du Soudan où plus de 5 millions d’habitants survivent sans eau courante ni électricité et en rationnant le peu de nourriture qui leur reste.
C’est pour elles que le petit hôpital de quatre étages Al-Nada reste ouvert envers et contre tout. Et surtout, grâce à un généreux don de l’Association des médecins soudanais-américains (SAPA), explique à l’AFP son directeur Mohammed Fatharrahmane, stéthoscope autour du cou et lunettes sur le nez.
500 naissances depuis le début de la guerre
Avec cet argent, parvenu grâce aux canaux de solidarité tissés par la diaspora dans un pays coupé du système bancaire mondial sous l’embargo des années 1990 et 2000, « on a pu prendre en charge 500 naissances – par voie naturelle et par césarienne – et admettre 80 enfants » en pédiatrie depuis le début de la guerre, affirme-t-il.
Autour de lui, des prématurés en couveuse s’accrochent à la vie et de jeunes enfants pleurent tandis que des docteurs leur administrent une piqûre. Dans les salles éclairées par des néons blafards, les ventilateurs au plafond tentent de chasser la chaleur qui dépasse déjà les 40 degrés dehors. De temps à autre, le bruit des combats et des explosions résonnent au loin.
Alors que la guerre a tué quelque 700 personnes et blessé 5 000 autres, l’effort médical se concentre sur les blessés de guerre. Les rares hôpitaux qui n’ont pas été bombardés ou occupés par des combattants ne gèrent plus désormais que les urgences vitales. « Il n’y a plus de services d’obstétrique et de pédiatrie depuis le début du conflit », affirme le docteur Fatharrahmane.
Fatima et son mari Jaber ont ainsi trouvé porte close dans de nombreux hôpitaux et cliniques avant de rencontrer le docteur Fatharrahmane. Il soigne depuis leur fils atteint d’une méningite. Déjà avant que la guerre n’éclate entre militaires et paramilitaires, la vie des mères et de leurs nouveaux-nés étaient en danger au Soudan.
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