Immigration – Un juge autorise Londres à expulser des demandeurs d’asile vers le Rwanda

La mesure, hautement controversée, avait été annoncée le 14 avril. C’est une victoire pour le gouvernement de Boris Johnson. Les plaignants pourront toutefois faire appel.

Courrier international – Plus de trente demandeurs d’asile pourraient embarquer dès mardi pour un aller simple depuis l’Angleterre en direction du Rwanda, un pays tiers. Un juge britannique a autorisé vendredi ces expulsions contestées à suivre leur cours. « Le plan de sous-traiter au Rwanda, l’un des pays les plus pauvres du monde, les obligations du Royaume-Uni, parmi les plus riches, envers les réfugiés a été controversé depuis son annonce le 14 avril », souligne le Guardian.

Le quotidien pense que Priti Patel, la secrétaire à l’intérieur, verra cette décision « comme une victoire importante ». La ministre a commenté que « rien ne nous empêchera de briser le marché meurtrier des passeurs et à terme de sauver des vies ». Le gouvernement conservateur espère en effet que « cette mesure découragera les demandeurs d’asile de traverser la Manche, en montrant que nombre de ces cas seront désormais gérés par le Rwanda », explique la BBC.

Boris Johnson s’est lui aussi félicité de la décision sur Twitter. « Nous ne pouvons pas permettre aux trafiquants d’êtres humains de mettre des vies en danger et notre partenariat aidera à briser le modèle économique de ces criminels sans pitié », a écrit le premier ministre. Pour Sky News, le maintien de ces expulsions a tout « d’une bonne nouvelle désespérément attendue » au 10, Downing Street. « Après la tourmente du Partygate et le vote de confiance de lundi, le gouvernement sera soulagé de parler d’autre chose lors de la tournée des médias la semaine prochaine ».

Le juge Swift, de la High Court, a estimé qu’il y avait un « intérêt public » à appliquer le plan du gouvernement. A ses yeux, les risques pour les demandeurs d’asile mentionnés par les plaignants relèvent de « la spéculation ». Quant au coût de l’opération, une autre critique, « j’accepte le fait qu’une expulsion vers le Rwanda sera onéreuse », a-t-il déclaré.

L’agacement du prince Charles

Dans la défense de sa mesure, Mme Patel a insisté sur la sûreté du Rwanda pour les réfugiés. Le Daily Mail remarque toutefois que vendredi, le jour même de la décision de justice, l’armée de la République démocratique du Congo a tiré deux roquettes en direction du Rwanda. Les tensions sont vives entre les deux pays.

Le Daily Telegraph a envoyé des reporters dans le pays au mille collines pour enquêter sur le statut des réfugiés puisque le Rwanda accueille 150 000 personnes du Burundi et du Congo voisins, en plus de quelques centaines de victimes du conflit en Libye dans le cadre d’un accord avec les Nations unies.

Le pays, de la taille du Pays de Galles mais quatre fois plus peuplé, s’est construit l’image de la « nation miracle de l’Afrique » après le génocide de 1994, note le journal. La police refuse que des journalistes accèdent au centre de transit Gashora où vivent environ 300 réfugiés de peur qu’un des résidents « disent quelque chose de préjudiciable à cette image », affirme le Telegraph.

Ses reporters ont tout de même pu s’entretenir avec certains réfugiés qui disent manquer de tout, de nourriture et d’assistance médicale en particulier, tout en vivant « dans la peur constante des forces de sécurité ».

Yvette Cooper, de l’opposition travailliste, dénonce un plan « infaisable, au coût exorbitant, immoral et profondément contraire à ce qui fait l’identité britannique », relève le Guardian. Les associations Care4Calais et Detention Action s’en prennent elles aussi à la mesure, pointant, entre autres, les limites du système d’asile au Rwanda et le risque pour les demandeurs d’être expulés vers des pays où ils pourraient être persécutés, signale la BBC.

La mesure semble également avoir fâché le Prince Charles, révèle le Times. Il l’aurait qualifié d’« effroyable », mais en privé uniquement, insiste le journal. Le fils d’Elizabeth II serait d’autant plus frustré qu’il doit représenter le pays à Kigali le 23 juin prochain. Charles n’aurait toutefois pas cherché à influencer le gouvernement. « Ses interventions publiques sur des sujets controversés sont devenues de plus en plus rares ces dernières années », rappelle le Times.

 

Lire la suite

 

 

 

 

Source : Courrier international

 

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page