Abdoulaye Ciré Ba / Par Abdoul Ali WAR

Certains l’appelaient ‘‘Ngaïdel’’. Un être qui nous était particulièrement cher, s’en est allé dans l’au-delà. Il n’était pas d’une petite envergure. Abdoulaye Ciré nous laisse avec notre chagrin. Cet être exceptionnel était ‘‘Un quelkaa’’, un être noble, un cœur généreux.

Il est coutume à chaque fois que la mort nous arrache l’un des nôtres, de dire du bien de celui-ci. C’est humain. Mais celui-là qui est parti, on ne le répétera jamais assez, était un désintéressé. Il n’était ni cupide, ni égoïste, ni jaloux, ni convoiteux. Ablaye était aussi une personne dévouée. Il nous donnait des leçons de vie par son comportement. Ablaye Ciré était un homme bon et sa mort est une perte.

Il a vécu et il est mort avec les idées et les principes qu’il croyait bons pour son pays la Mauritanie, et aussi pour l’Afrique et même au-delà.

Jusqu’à son dernier souffle, les bonnes valeurs de fraternité, d’unité et d’humanité qui fondent et consolident les communautés furent les siennes.

Beaucoup de personnes après sa mort, ont réagi non en plumitifs hypocrites, mais pour saluer

l’homme,  le militant, le journaliste, l’écrivain qu’il fut. Chez nous, rares sont ceux qui ont tâté à la fiction romanesque, au théâtre, à la prose poétique ou journalistique à n’avoir pas sollicité ses conseils, avis et éclairages. Ils étaient rarement déçus, car avec lui, ce ne fut jamais de la critique négative, ni assassine.

Ablaye Ciré gamin, c’était souvent ‘Ngaïdel’ et quelquefois seulement ‘Innahoo’. Une même personne pittoresque, s’il en fut, haute en couleur, avec des clochettes autour des poignets, qui colportait les nouvelles dans les rues de Bababé Looti. Ablaye était devenu ce « personnage théâtral » qu’il avait beaucoup de plaisir à jouer.

Lorsqu’en 1963, pour notre première année au collège avec Anne Abou (aujourd’hui retraité et anciennement technicien à la Radio puis à la TV mauritanienne), nous fûmes confiés par nos parents à Ablaye, ce fut un peu burlesque. Deux pré ados et un adolescent lâchés pendant 15 jours, vivant de dattes, de biscuits et de lait entre Nouakchott et Kaédi avec des routes – qui s’en souvient ?- pas goudronnées, guère praticables et trop souvent barrées à cause des pluies. Pour nous deux, Ablaye gérait mal nos rapports car il jouait à nous cheffer et nous qui le trouvions trop vaniteux collégien. Nous voyageâmes dans la bouderie.

Si avec le temps Ngaïdel s’est estompé, c’est le diffuseur, le propagateur qui a pris le relais. Lui qui voulait partager, avait en charge la transmission. N’était-ce pas une autre façon de continuer à faire ce qu’il adorait petit ? Ablaye avait du talent. Journaliste à Radio Mauritanie puis dans la presse privée,

Ablaye était barré. Mais son ambition, ce n’était pas ‘les postes’, mais le pays : la Mauritanie.

Qui se souvient aujourd’hui de « Troubadour sous les Tropiques »à son retour à Nouakchott après ses études de journalisme en France ? Mais qui ne se souvient pas de « Pêle-mêle » et autres émissions chaque dimanche matin sur les ondes de Radio Mauritanie ? Cette question, je la pose aux sexagénaires et autres septuagénaires d’aujourd’hui.

Dans ces années là, la Mauritanie aussi était un chaudron. Les secousses qui ébranlèrent le monde, n’épargnèrent pas le pays bien sûr. Désormais, c’en était fini de la relative quiétude de Abdoulaye Ciré

Ba jusqu’à ce funeste 18/12/2021. Car Ablaye avait plongé dans la lutte. Plus que le foyer, plus que la famille au grand dam de ceux qui parlaient liens du sang, le devenir du pays, et de la communauté nationale était en jeu. Pour lui, c’était plus important que tout. Ce fut pendant une bonne période, le temps de la clandestinité et de la mémorable échappée de Nouadhibou.

J’avais passé le concours de l’OCORA comme Ablaye avant moi, mais je travaillais à Air Mauritanie. Et c’est au nez et à la barbe de la Police qu’il passa incognito à l’aéroport de Nouakchott. Plus tard après son arrestation, la question qui lui fut maintes fois posée c’est « Comment as-tu quitté Nouadhibou et comment es-tu arrivé à Nouakchott ? »

Le combat décidément ne s’arrête jamais. C’est une lutte continue sur une route sans fin. Funeste année 1989 !! Et ce crépuscule depuis ! Ces années noires, pages sombres de répression et de meurtres contre la communauté noire, qui resteront tache indélébile sur notre histoire le renvoient à Paris pour construire le FRUIDEM, puis après, le retour au pays avec la création du journal l’Unité. Qui pour récolter, rassembler, ordonner pour publication,cette somme : tout ce que Ablaye a écrit ?

La lutte pour sauver le corps du pays, avait fait oublier à Ablaye son propre corps. Les années passant, son mal de dos commençait à le tenailler, à le ronger. Ce dos que désormais il portait difficilement, et qui ne pouvait plus rien porter. Puis insidieusement, le cancer qui s’insinue et sape ses organes vitaux.

La mort fait mal. Et elle arrive, toujours inéluctable.Que ce fut dur de n’avoir pu lui parler depuis Tunis, d’entendre sa voix me dire : « Eeh Abdul mignam ! »

Si ceux qui dirigent la Mauritanie aujourd’hui, ou bien même ceux qui la dirigeront demain pensent à l’avenir du pays pour lequel il s’est tant battu, baptiseraient-ils peut-être : une place, une rue, un boulevard mais surtout écoles, collèges, lycées en son nom.

Ce qui s’agite confusément dans ce pays depuis des années, ces abattements, cette incertitude sur l’avenir, de quoi seront-ils suivi demain ? Sincèrement, nous croyons comme lui-même y a toujours cru, au retour à la foi joyeuse des lendemains de fraternité qui chantent.

Les souvenirs survivent, mais mieux encore : que vivent longtemps encore, les principes et les nobles valeurs pour lesquels Ablaye Ciré Ba s’est tant investi et a donné sa vie.

 

 

Abdoul WAR

 

 

 

 

 

Source : Safi Ba –  Facebook

 

 

 

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