Sahel, Corne de l’Afrique… : comment la présence militaire américaine peut-elle évoluer ?

Basé à Berlin, Africom, le commandement pour l’Afrique, dispose de plus de 6000 hommes. Cette opération extérieure est surtout tournée vers la Corne de l’Afrique, mais elle joue aussi un rôle essentiel au Sahel, car les Américains soutiennent l’opération anti-terroriste française Barkhane.

En tout, Africom ne représente que 3% des capacités militaires américaines en opération extérieure. Mais pour Barkhane (lire encadré ci-dessous), cet engagement est essentiel, comme le rappelle Florence Parly, ministre des Armées, entendue la semaine dernière par la commission défense de l’Assemblée nationale…

« Les États-Unis nous apportent un soutien extrêmement précieux pour le ravitaillement, pour le transport, surtout pour le renseignement par drone. Et donc de ce point de vue, nous abordons les discussions avec la nouvelle administration américaine en ayant sécurisé ce soutien à la force Barkhane et au Sahel. »

Pour renforcer leurs capacités de renseignement au Sahel, les Américains ont inauguré en 2019 une base de drones à Agadez dans le nord du Niger. Mais leur présence, comme celle des autres forces armées étrangères, est de plus en plus contestée. Moussa Tchangari est le secrétaire général de l’association nigérienne Alternative espace citoyen…

« La présence de forces militaires extérieures n’a pas montré son efficacité dans la lutte contre les groupes armés. Elle aussi aussi aliénante pour le pays, donc nous souhaitons qu’il y ait un changement dans ce domaine. En espérant que s’il y a un interlocuteur différent de Donald Trump, peut-être que ce que les Sahéliens disent sera entendu. »

Au total, l’armée de l’air française dispose d’une dizaine de drones de renseignement et de frappe, les Américains en ont plus de 200.

 

Vers une révision de la stratégie en Somalie?

 

Autre région majeure de la stratégie militaire américaine en Afrique : la Corne, à l’est du continent. Plusieurs dossiers urgents pour la stabilité de la région attendent l’administration démocrate.

L’Éthiopie et sa guerre au Tigré sont probablement la première urgence sur laquelle l’administration Biden aura à se pencher. Les combats durent depuis début novembre. 4,5 millions de personnes y sont menacés de famine. Pour le chercheur Rashid Abdi, Washington va devoir mettre la pression sur Addis Abeba.

« Les messages de l’administration Trump ont été complaisants envers le déclenchement de la guerre au Tigré. Les Éthiopiens ont vu ça comme un feu vert. Ça a encouragé le Premier ministre Abiy Ahmed. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. La situation est aujourd’hui chaotique. Or les Américains sont les seuls à avoir de l’influence sur l’Ethiopie. Joe Biden, qui connaît la région, grâce à son expérience dans les relations internationales. Je pense qu’il sera plus nuancé et que son administration exercera vite une pression sur Addis Abeba. »

Autre dossier du moment : la Somalie. Sur ordre de Donald Trump, les quelque 700 soldats américains déployés sur place ont quitté le pays depuis quelques jours. Ce contingent formait des troupes somaliennes d’élite, avec un soutien dans le renseignement et la logistique. Pour Rashid Abdi, leur retrait est une erreur.

« L’armée somalienne a perdu un allié qui la formait. On risque de voir le pouvoir politiser le secteur sécuritaire. Ce retrait est vu comme une victoire pour les islamistes shebabs. Je pense que l’administration Biden va revoir cela. Pas forcément avec un retour complet des troupes. Mais avec une nouvelle stratégie plus efficace en Somalie. »

Globalement aussi, le chercheur espère que Washington s’investira de nouveau dans la défense des droits humains dans une région où plusieurs régimes se durcissent, comme en Tanzanie, en Éthiopie ou en Somalie.


Emmanuel Macron évoque un « ajustement » des forces françaises au Sahel et appelle les États-Unis à se réengager au Moyen-Orient

 

Emmanuel Macron présentait ses voeux aux armées ce mardi 19 janvier à Brest. Pour la première fois, il a évoqué un possible redimensionnement à la baisse des troupes françaises au Sahel, affirmant que d’ores et déjà « les résultats sont là ». Et le chef de l’État de rappeler, lors de ses voeux aux armées, que les renforts de 600 hommes décidés l’an dernier à Pau étaient « temporaires ». Le sujet d’une réorganisation de la force Barkhane qui comprend actuellement un peu plus de 5000 soldats sera donc sur la table en février à N’Djamena au sommet du G5 Sahel, sommet auquel, Emmanuel Macron a dit qu’il participerait….

« 2020 a été une année de résultats, dans la zone des trois frontières, dans la lutte anti-terroriste, et autour des différents piliers définis à Pau : renforcer les capacités militaires sahéliennes, consolider le retour des États ; je me réjouis à cet égard de la certification opérationnelle initiale de la Task Force Tacouba, et du nombre croissant de pays européens qui la rejoignent. Dans quelques semaines, je serai présent à Ndjamena pour un nouveau sommet, des décisions structurantes, avec un cap qui reste inchangé : la stabilité et la victoire contre les terroristes. »

Ambition donc d’une victoire contre les terroristes d’al-Qaïda et du groupe État islamique au Sahel, mais aussi en Syrie où la France craint une possible résurgence de Daech. Emmanuel Macron a dit espérer que l’arrivée du président américain Joe Biden marquera un « réengagement » des États-Unis dans cette partie du  monde.

Source : RFI

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