Les « repats » : ces enfants du pays qui ont décidé de rentrer sur le continent africain

Déjà à travers une étude menée en 2019 par le groupe Intelcia, l’on observait que de nombreux Afro-descendants (71% des répondants à l’étude) se disent enclins à migrer vers la terre de leurs ancêtres pour travailler, mais aussi y construire leur vie. Appel des racines ou attractivité professionnelle ? Les Africains de la diaspora plient bagage.

 

L’Afrique est le berceau de l’Humanité et l’avenir du monde. Une expression tellement entendue et rabâchée qu’on en viendrait presque à la déposséder de tout sens. Et pourtant, ces mots semblent avoir résonné dans le cœur de nombreux Afro-descendants, qui tous les ans, décident de quitter l’Europe pour s’installer en Afrique. Doté d’importantes ressources naturelles, d’une population jeune et d’une croissance économique qui se renforce, le continent a énormément à offrir. Armés de leurs diplômes, de leurs rêves, et animés par le désir ardent de se reconnecter avec le pays de leurs aînés, ces « Afro-européens » n’hésitent pas à tout plaquer pour rentrer chez eux.

« Rentre chez toi ». Des paroles que Steve Munga, fondateur et président des cinémas Cinekin, retourné en République Démocratique du Congo (RDC) depuis 2016, a trop souvent entendues en Belgique. « En Occident, lorsqu’on est Noir, l’environnement dans lequel l’on évolue ne nous considère pas toujours à notre juste valeur. Je n’ai pas voulu perdre mon énergie à essayer de changer tout un système, j’ai préféré partir », a expliqué l’homme de 36 ans, dont l’entreprise est leader sur le marché congolais. Les opportunités ne manquent pas sur le continent, où il y a encore beaucoup à faire, il faudrait trouver sa niche et la combler. Steve Munga considère qu’il était de son devoir de rentrer en RDC après avoir passé plus de la moitié de sa vie en Belgique. Une manière de rendre à César ce qui lui revient. « Pour moi, entreprendre en Afrique est un devoir pour tous les Africains qui ont quitté le continent. Il faut mettre un terme au brain drain. L’Afrique devrait récupérer toute cette connaissance. »

 

La diaspora, un capital humain

 

La fuite des cerveaux est un fléau bien connu. En 2011, la Banque mondiale tirait d’ailleurs la sonnette d’alarme et invitait les pays africains à s’organiser pour favoriser le retour des ressortissants partis à l’étranger pour se former, et qui ne sont jamais rentrés. En effet, la diaspora constitue un véritable capital humain dont le savoir et les compétences, acquis à l’extérieur, représentent une véritable ressource pour les pays d’origine.

 

 

Si pour Steve Munga, c’est la considération réciproque et l’opportunité entrepreneuriale qui ont fini de le convaincre de rentrer, pour Aïta Magassa, c’est l’envie pressante d’un retour aux sources qui poussent ses clients à investir dans l’immobilier en Afrique. A la tête de Nawali, une agence immobilière spécialisée dans l’acquisition en Afrique de l’Ouest, en deux ans d’exercice, Aïta a vu de nombreux jeunes Africains dynamiques retourner dans leur pays d’origine (mais pas toujours), désireux de « mieux se connaître et de se découvrir ».

 

Alors qu’ils avaient raté leur vie en Europe, ils se prennent pour des rois là-bas.

 

Une découverte de soi, certes mais surtout de l’autre. En rentrant, l’enfant du pays, fait face à quelqu’un qui lui ressemble, dont il parle parfois la langue, connaît les coutumes – pour les avoir reçues de ses parents – mais tous ces éléments peuvent engendrer une fracture culturelle. Les repats peuvent faire face à l’incompréhension de leur entourage resté sur place qui ne comprend pas pourquoi ils ont pris la décision de renoncer à la vie confortable que leur offrait l’Europe, pour rejoindre l’Afrique. « Dans la tête de nombreuses personnes, il est impossible qu’un homme blanc soit pauvre ou sans-abri. Ils rêvent tous d’aller en France, en Belgique… C’est pour cela, que j’invite les Africains à rentrer, mais à le faire bien et à amener quelque chose de positif », dit Cris Lusakivana, qui a travaillé sept ans en RDC dans le domaine des transports. Il poursuit en dénonçant l’air de supériorité que peuvent prendre certains repats en rentrant au pays : « En venant en Afrique, certains l’abordent comme une terre de seconde chance. Alors qu’ils avaient raté leur vie en Europe, ils se prennent pour des rois là-bas. En même temps, les Kinois par exemple, donnent facilement de la reconnaissance aux personnes qui arrivent d’Europe. A l’aéroport, on vous porte vos bagages, on vous ouvre la portière de votre voiture, et on s’adresse à vous en disant « Boss » à tout bout de champ. D’où l’on vient, on n’est pas habitué à ça donc ça peut vite monter à la tête ».

 

Un continent de perspectives

 

Elikia M’Bokolo, spécialiste de l’histoire sociale, politique et intellectuelle de l’Afrique, considère que des symboles de réussite sont essentiels pour démystifier le « rêve européen » et aider les Africains à réaliser leur propre potentiel. « Il faut partir pas seulement en étant salarié, mais en étant créateur et acteur. Les Africains de la diaspora seront plus efficaces car ils ont la niaque. Ils ont des connaissances et des diplômes légitimes », explique le directeur d’études à L’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris. Et d’ajouter : « Cette volonté de créativité doit être implantée en Afrique. Pourquoi pas nous ? Nous avons les ressources humaines, les espaces et la connaissance des marchés qui peuvent devenir nos espaces d’implantation ». Pour l’expert, il n’est pas impossible que plus tard, le cheminement de l’immigration s’inverse et que les Européens émigrent vers l’Afrique pour travailler. Une réflexion qui fait écho aux propos tenus par le chef d’Etat français, Emmanuel Macron, dans un entretien accordé à Jeune Afrique, où il disait de l’Afrique qu’il s’agit du continent de l’avenir.

Naomi Mackako

Source : Negronews
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