Les transferts d’argent de la diaspora résistent au covid

Malgré la crise sanitaire, les versements des migrants à leurs proches restés au pays ne diminuent pas autant que redouté au printemps. Dans le monde, la manne de la diaspora dépasse de loin l’aide au développement

«Les Africains se saignent pour continuer d’envoyer de l’argent à leur famille», témoigne Fodé Samb, originaire du Sénégal et auteur d’un mémoire à l’Université de Neuchâtel sur les transferts de fonds par la diaspora africaine en Suisse. Voilà qui explique pourquoi l’argent envoyé par les migrants ne diminue pas autant que redouté au début de la pandémie.

L’Europe et les Etats-Unis sont les premières régions depuis lesquels les migrants envoient de l’argent dans les pays à faible revenu. Or c’est aussi là que la pandémie flambe actuellement. Les migrants, en particulier africains, sont davantage exposés à la crise. Malgré tout, la Banque mondiale a révisé le 29 octobre dernier ses estimations sur les transferts d’argent. Lors de la première vague, l’institution basée à Washington craignait que ces transferts chutent de 20% cette année. Elle table désormais sur une baisse de 7% en 2020 et de 7,5% en 2021.

 

«Enorme pression familiale»

 

Une relative bonne nouvelle qui n’étonne pas Fodé Samb. Selon ses recherches, la plupart des fonds servent à couvrir des besoins de première nécessité: nourriture, médicaments, scolarisation ou frais de téléphonie et d’internet… L’argent sert donc à parer au plus urgent, plutôt qu’à favoriser le développement à long terme des pays pauvres.

«La pression familiale sur les migrants est énorme. Après un versement, on trouve un peu de tranquillité psychologique. De très nombreux Africains que j’ai interrogés ont aussi cité des raisons religieuses. Les migrants se sentent redevables envers leur communauté qui a financé et prié pour leur voyage», poursuit Fodé Samb, lequel a lancé SambaGo, un projet de start-up de commerce en ligne. Avec les crédits de leurs proches en Europe, les familles pourraient acheter directement les produits dont elles ont besoin plutôt que d’attendre des versements.

Selon la Banque mondiale, les banques sont le canal le plus coûteux pour l’envoi d’argent, avec des commissions de 10,9% en moyenne. Suivent les offices postaux (8,6%), les entreprises comme Western Union (8,6%) et enfin les opérateurs de téléphonie mobile (2,8%). C’est vers l’Afrique qu’il est le plus cher d’envoyer de l’argent.

Tournant numérique ?

 

Mais la pandémie redistribue les cartes. Des entreprises offrant des services de transfert par téléphone portable ont connu un afflux d’utilisateurs. «Je pourrais probablement être d’accord avec la Banque mondiale qui dit que le volume total des transferts d’argent va baisser, estimait récemment Dare Okoudjou, fondateur de l’entreprise MFS Africa, interrogé par l’agence Reuters. Mais quiconque dans le digital dirait qu’il gagne en volume et en parts de marché.»

En 2019, les transferts de la diaspora dans le monde avaient atteint la somme record de 548 milliards de dollars, dont 44 milliards pour l’Afrique. C’était davantage que les investissements étrangers (534 milliards de dollars) et beaucoup plus que l’aide publique au développement (166 milliards de dollars). En plus de la crise économique dans les pays d’immigration, les fermetures des frontières à cause du covid compliquent les déplacements et des migrants sont forcés de rentrer chez eux après avoir perdu leur emploi.

«En plus des considérations humanitaires, il faut soutenir les migrants qui travaillent dans les pays d’accueil en première ligne, dans les hôpitaux, les laboratoires, les fermes ou les usines, plaide Michal Rutkowski, directeur de la protection sociale à la Banque mondiale, cité dans un communiqué de l’institution daté du 29 octobre dernier.

Lire aussi: «Pour Berne, le transfert d’argent de migrants est un service essentiel»

En mai dernier, la Suisse et le Royaume-Uni, parmi les pays depuis lesquels les migrants envoient le plus d’argent à l’étranger (respectivement 28 et 10 milliards de dollars en 2019), ont lancé un appel pour que ces flux financiers puissent être maintenus dans le contexte difficile de la pandémie. Les places financières helvétique et britannique sont aussi intéressées par ce marché. A ce jour, près de 30 pays ont souscrit à cet appel et annoncé, sur une base volontaire, des actions visant à soutenir les migrants.

Simon Petite

Source : T Afrique (Suisse) – 12 novembre 2020

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