Banque Mondiale : des nominations à la division Afrique dans un concert de casseroles

À la nouvelle Région Afrique de l’Ouest et Centrale de la Banque Mondiale, toutes les nominations tournent-elles vraiment autour des affaires de corruption présumée en RDC, dont celle des accidents de trains dans l’ex-Katanga qui y ont fait plusieurs morts en avril et mai 2014? Il faut rappeler que la Banque Mondiale n’a jamais apporté de démenti à l’article de Financial Afrik d’avril 2018 qui relatait les jeux et positions des acteurs autour de cette affaire. Est-ce parce que la clé de voûte des institutions internationales de développement n’est pas en mesure de produire un mémorandum de fin d’enquête ? Parce qu’il n’y aurait jamais eu d’enquête sur cette affaire? Parce que la logique d’étouffement gouvernerait les opérations en Afrique Centrale et de l’Ouest? Eclairage sur les dernières nominations.

 

On sait que Eustache Ouayoro qui y était Directeur des Opérations à l’époque de ces accidents, a été licencié en Juillet 2015, juste à quelques mois de sa retraite, suite à une enquête de EBC (en charge de l’éthique et de la conduite des affaires) que ce même département de la Banque Mondiale avait lui même essayé d’étouffer (voir le jugement du tribunal administratif de la Banque Mondiale suite à la plainte du lanceur d’alerte René Michel Bauman, licencié depuis).

L’on sait aussi que Eustache Ouayoro était en cheville avec Célestin Monga, Albert Zeufack et Emmanuel Pinto Moreira. Emmanuel Pinto Moreira avait été emmené en RDC comme Économiste Principal par Eustache Ouayoro, Makhtar Diop étant alors Vice-Président Afrique et feu Jan Walliser, son numéro 2 en tant que Directeur Stratégies et Operations. Emmanuel Pinto Moreira a été promu par Eustache Ouayoro sur un poste créé de toute pièce en RDC dans des conditions jamais élucidées.

Ces trois personnes citées ont collaboré à mettre en place un programme d’événements dit de “Conférences sur la Croissance en RDC” avec l’appui de Eustache Ouayoro et du gouvernement de la RDC de l’époque. Ledit programme avait été mis en place après que Célestin Monga ait quitté la Banque Mondiale (officiellement pour raisons de santé, avec l’appui de son patron d’alors, Makhtar Diop) pendant qu’il était visé par des enquêtes de EBC. L’homme qui se disait malade avait alors trouvé refuge à l’ONUDI..

Logique de clans ou méritocratie ?

 

La bande reconstituée a voulu organiser un cycle d’événements à gros budget dont un seulement a pu avoir lieu en juin 2013, avec Eustache Ouayoro, Albert Zeufack et Emmanuel Pinto Moreira du côté de la Banque Mondiale et Célestin Monga du côté de l’ONUDI. Il n’y en a eu finalement qu’un seul de ces événements, avec la chute brutale de Eustache Ouayoro, finalement licencié de la Banque Mondiale pour “manquements graves à l’éthique”. Albert Zeufack a, par la suite, été nommé Chef Economiste de la Région Afrique par Makhtar Diop. Célestin Monga a pour sa part quitté l’ONUDI pour devenir Vice President et Chef Économiste la Banque Africaine de Développement (BAD). De son côté, Emmanuel Pinto Moreira a largué les amarres de son poste de la Banque Mondiale pour accoster à la Banque Africaine de Développement comme directeur grâce à son ex-collègue, partenaire et ami, Célestin Monga, peu avant que le contrat de ce même Célestin Monga n’ait été brusquement non renouvelé par le Président de la BAD.

Les mystérieux allers-retours de Célestin Monga

 

La BAD était-elle au courant que Célestin Monga avait fini par être sanctionné par la Banque Mondiale, suite aux enquêtes de EBC malgré son départ pour l’ONUDI? En tout cas, plusieurs mois après le départ de l’économiste camerounais de l’institution panafricaine et seulement quelques jours avant que le mauritanien Ousmane Diagana ne quitte son poste de Vice President pour les Ressources Humaines de la Banque Mondiale pour celui de Vice -President pour l’Afrique Centrale et de l’Ouest, un des services de ce même Ousmane Diagana, dirigé par Philippe Beauregard, a été impliqué dans ce qui ressemble à une opération de blanchiment du CV de Célestin Monga.

Parce qu’il faut noter que Célestin Monga était interdit de réembauche et même d’accès aux locaux de la Banque Mondiale, ce qui a été confirmé par le Tribunal Administratif de la Banque dans un jugement rendu et publié en 2015. Il faut aussi noter que malgré les sanctions qui pesaient sur Célestin Monga, celui ci entrait dans les locaux de la Banque Mondiale pour assister aux Assemblées de Printemps et aux Assemblées Annuelles du FMI et de la Banque Mondiale en tant que membre de la Délégation Officielle du Président de la BAD et ce, au vu et au su de ses anciens patrons dont Jan Walliser et Makhtar Diop. Mais aussi au vu et au su de Ousmane Diagana, alors Vice President de la Banque Mondiale pour les Ressources Humaines, donc en charge de la mise en œuvre des sanctions de la Banque Mondiale qui le visent. Il convient de noter que Eustache Ouayoro qui était frappé de la même interdiction faisait de même avec la délégation du Congo, au vu et au su de ses anciens patrons et de Ousmane Diagana, alors VP de EBC, le département qui avait enquêté sur lui et recommandé les sanctions prises contre lui, jusqu’à ce que Financial Afrik ne dénonce cette situation dans son article d’avril 2018 évoqué ci-dessus sur les affaires de corruption présumée en RDC avec les mortels accidents de trains survenus dans l’ex-Katanga en avril et mai 2014. Coïncidence certainement (le contraire est exclu), quelques semaines après la publication de notre enquête, un jeu de chaises musicales est opéré.

Le nom de Célestin Monga a brusquement réapparu sur la liste du personnel officiel de la Banque Mondiale pendant quelques jours, entre la fin juin et août 2020 (comme l’atteste un article de haute facture de nos confrères de Jeune Afrique) avant que l’individu ne finisse par annoncer son départ de l’institution pour “aller enseigner à Harvard”. Un délai-record en termes de recrutement et de départ de la Banque Mondiale dont on connaît la lourdeur et la lenteur des procédures.


Naye Bathily, la cérise sur le gateau

Que cache donc les nominations faites à la Région Af

rique Centrale et de l’Ouest de la Banque Mondiale par et pour des personnes impliquées directement ou indirectement dans les affaires de la RDC? Ousmane Diagana, son nouveau Vice President, vient aussi de désigner comme Chef de ses Relations Extérieures, Naye Bathily, entre-temps devenu l’épouse de Makhtar Diop, ex-patron du même Ousmane Diagana. Simple coïncidence? Elle devient donc Conseillère principale en communication de Ousmane Diagana en même temps qu’elle va contrôler toute la communication officielle de cette région.

Il faut rappeler que Makhtar Diop, ex-patron de Ousmane Diagana, avait soutenu la candidature de ce même Ousmane Diagana pour devenir Vice President de EBC, le Département de la Banque Mondiale qui enquête sur les affaires de violation de règles d’éthique, au même moment où la Banque Mondiale était secouée par des dénonciations de lanceurs d’alerte sur des affaires de corruption présumée en RDC, visant des managers de l’institution, directement et indirectement. Ces dénonciations visaient aussi Makhtar Diop et Jan Walliser qui fut son numéro 2 dans la région Afrique, avant de devenir VP (Equitable Growth). Ousmane Diagana, Makhtar Diop et Jan Walliser ont par la suite soutenu la nomination de Sylvie Dossou comme manager des enquêtes à EBC alors que cette même Sylvie Dossou avait été visée par les dénonciations des mêmes lanceurs d’alerte sur les affaires de corruption présumée en RDC.

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Adama WADE

Source : Financial Afrik

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