Le «New York Times» accuse la Suisse de racisme dans l’affaire Thiam

Un long article du New York Times suggère que l’ex-directeur de Credit Suisse aurait peut-être été traité différemment s’il n’avait pas été Noir et qu’il a toujours été considéré comme n’étant pas à sa place. La presse zurichoise s’offusque.

Une banque qui s’excuse, des médias qui jouent les vierges effarouchées et un scandale qui reprend. Le départ de Tidjane Thiam, il y a plus de six mois, de la direction générale de Credit Suisse après le scandale des filatures de plusieurs employés fait encore parler. C’est le New York Times qui a remué les eaux qui dormaient. Dans son édition de ce week-end, le quotidien américain raconte dans un long article le «court mandat» (juillet 2015 à février 2020) et l’«éjection abrupte» du Franco-Ivoirien à la tête de la deuxième banque helvétique.

Principal problème: «Qu’il soit appelé racisme, xénophobie ou quelque autre forme d’intolérance, il est clair que Tidjane Thiam n’a jamais cessé d’être vu en Suisse comme quelqu’un qui n’était pas à sa place», avance le journal new-yorkais, jugeant que la presse zurichoise l’a toujours considéré comme «pas suffisamment Suisse». L’article s’ouvre sur la fête des 60 ans d’Urs Rohner, président de Credit Suisse, en novembre 2019, sur le thème Studio 54 avec des costumes des années 1970. Seul invité noir, Tidjane Thiam assiste à un spectacle d’un goût discutable: un homme noir, déguisé en concierge, danse en nettoyant le sol. Quittant la pièce, Tidjane Thiam revient plus tard pour être plus choqué encore: plusieurs amis d’Urs Rohner effectuent un numéro sur scène, dansant avec des perruques afros.

 

Lire aussi: Tidjane Thiam, le banquier qui n’était pas assez Suisse

 

Urs Rohner n’a pas fait de commentaire. Mais lundi, c’est la banque elle-même, contactée par le Guardian, qui s’excusait. Tout en cherchant à minimiser l’affaire: «C’est une mauvaise interprétation totale de la soirée. Il n’y a jamais eu d’intention de causer une offense et nous sommes désolés pour toute offense causée», s’est justifié Credit Suisse auprès du quotidien londonien, tout en soulignant ses «nombreuses» initiatives pour améliorer la diversité dans son entreprise.

Incidents en série

 

Toujours est-il que pour Tidjane Thiam, ce n’est qu’un exemple d’une série d’incidents qui ont marqué ses cinq ans à la tête de Credit Suisse, poursuit le New York Times. La thèse de ce dernier est, in fine, que s’il avait été Blanc, il aurait peut-être eu plus de chance de voir son mandat survivre à ce scandale. L’ex-patron, dont le style de management a fait l’objet de critiques, a toujours nié être au courant des faits, pourtant ordonnés par son ex-bras droit. La Finma enquête contre la banque, mais pas contre un dirigeant en particulier.

Le New York Times ne cite ni le principal intéressé, ni aucune source nommément à l’exception de sa plus jeune sœur, Yamousso Thiam: «Je serais curieuse de savoir si aujourd’hui ils auraient finalement l’honnêteté de reconnaître que voir un homme noir à la tête de l’une de leurs plus prestigieuses entreprises était insupportable.»

 

Accusations «exagérées»

 

A en croire une partie de la presse alémanique, la réponse est non. Dans un article publié lundi soir et qui n’est pas exempt de mauvaise foi, le Tages-Anzeiger juge les accusations de racisme «exagérées». Le quotidien zurichois cite le cas d’Oswald Grübel qui a aussi succombé à un scandale (celui de Kweku Adoboli, le trader qui a fait perdre plusieurs milliards de francs à UBS). Il ne mentionne toutefois pas le nombre d’autres responsables bancaires qui ont survécu à d’autres affaires, liées aux subprimes, à l’évasion fiscale ou aux manipulations des taux Libor.

Il n’y a pas de «racisme généralisé ou contre Tidjane Thiam en Suisse», assure le «Tagi», jugeant que l’internationalisation de l’industrie bancaire et le fait qu’on y parle anglais suffisent à prouver son ouverture. Le quotidien zurichois considère que l’«on manque d’informations» pour former un jugement, par exemple sur le déroulé de l’anniversaire d’Urs Rohner – qui, d’ailleurs, ne peut pas être raciste, puisqu’il a lui-même recruté Tidjane Thiam, assure l’auteur de l’article – ou sur un autre incident, à l’aéroport de Zurich, où le Franco-Ivoirien a été contraint de montrer une pièce d’identité alors qu’il voyageait à l’intérieur du pays. C’est donc un «problème de perception», conclut le texte.

 

«Problème de perception»

 

Alors que la Neue Zürcher Zeitung, à l’avant-garde des critiques contre Tidjane Thiam alors qu’il était en poste, est restée étrangement silencieuse, le blog Inside Paradeplatz est plus caricatural encore. Pour son auteur, Lukas Hässig, ce n’est même pas un problème de perception, Tidjane Thiam joue simplement la corde de «qui m’attaque est un raciste» pour ne répondre à aucune critique. «Il existe du racisme en Suisse», admet l’auteur. A lire les commentaires qui suivent son article, cela ne fait aucun doute. Mais pas plus qu’ailleurs, assure-t-il.

Mathilde Farine

Source : Le Temps (Suisse)

 

Suggestion  kassataya.com :

Un mandat court et une expulsion brutale pour le seul PDG Noir du secteur bancaire

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