Mauritanie : l’heure d’un bilan pour Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, depuis un an à la tête de l’État

Général à la retraite, Mohamed Cheikh El Ghazouani, a bouclé hier, samedi 1er août 2020, une année aux commandes de la Mauritanie. Voici quelques moments-clés du bilan du président mauritanien, marqué par un apaisement politique et le travail des parlementaires sur la décennie de son prédécesseur.

 

Cela fait un an que Mohamed ould Cheikh El Ghazouani est à la tête de l’Etat mauritanien. Un moment-clé, qui permet d’évaluer le travail accompli par le président mauritanien, alors que la perception qui se laisse sentir est celle d’un certain immobilisme.

En effet, certains hommes, qui ont marqué la décennie précédente, au cours des deux mandats effectués par Mohamed ould Abdel Aziz sont aujourd’hui encore toujours aux commandes, tout particulièrement à la tête de certaines administrations stratégiques, comme la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM).

Dans le contexte actuel de la crise sanitaire mondiale du coronavirus, et de son cortège d’effets sociaux et économiques qui n’épargnent pas la Mauritanie, le principal parti de la majorité présidentielle, l’Union Pour la République (UPR) a tenu à célébrer l’An 1 de l’arrivée au pouvoir de El Ghazouani.

Une cérémonie a été organisée hier en fin d’après midi, au Centre International des Conférences de Nouakchott (CICN-Palais des Congrès), en présence du Premier ministre, Ismaël Bedda ould Cheikh Sidya, des membres du gouvernement, et de plusieurs centaines de responsables, cadres, militants et invités.


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Dans son discours, le président de l’UPR, Sidi Mohamed ould Taleb, a mis en avant de «nombreuses réalisations dans tous les domaines. Une ouverture d’esprit qui a permis l’avènement d’un climat politique apaisé et une concertation permanente entre pouvoir, opposition et tous les segments de la société. Il y a eu également des succès appréciables dans la lutte contre la pandémie mondiale du coronavirus (Covid-19) au plan sanitaire, et la prise en charge des effets économiques et sociaux de cette catastrophe. Les progrès en matière de promotion des droits humains, reconnus par des partenaires à l’image de l’Amérique, les succès diplomatiques en matière de lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel».

Sidi Mohamed ould Taleb a également, dans cette allocution, salué le travail qu’accomplissent les parlementaires de l’Assemblée nationale. Cette appréciation renvoie à un rapport rédigé par des députés au sujet de la décennie de gouvernance de l’ancien président, Mohamed ould Abdel Aziz, un document récemment transmis au pouvoir judiciaire.


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Du côté des médias, Horizons, un titre pro-gouvernemental, a consacré sa dernière livraison aux célébrations de la première année de Mohamed Cheikh El Ghazouani à la tête de l’Etat mauritanien, avec cette manchette: «Première année de mandat: de grands pas sur la voie du changement».

Vers une vaste opération anti-corruption?

Les Mauritaniens, peu nombreux, avec une population de seulement 4,5 millions d’habitants ont le sentiment de sortir de plus de quarante années d’immobilisme caractérisées par, de l’avis de nombreux opposants aux régimes qui se sont succédés, une mauvaise gouvernance et de graves faits de corruption.

Une année après l’élection de Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, la situation semble évoluer à une grande vitesse depuis quelques jours, ouvrant la perspective d’un pouvoir désormais désireux d’imprimer une nouvelle cadence à la marche des affaires publiques.


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Le dépôt sur le bureau de l’assemblée nationale, fin juillet dernier, d’un rapport d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP), dénonçant la gouvernance de l’ancien président y est pour beaucoup. Dans ce rapport, les députés expliquent «des faits de mauvaise gouvernance, de prévarication et de corruption» dans l’attribution d’une centaine de marchés publics relatifs à l’énergie et aux infrastructures, la gestion et la liquidation d’entreprises publiques, la politique commerciale et la gestion de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM), le bradage du foncier public à Nouakchott.

Ce document de plusieurs dizaines de pages avait préalablement donné lieu à l’audition de trois anciens Premiers ministres, et un grand nombre de ministres, qui ont exercé leurs fonctions sous les deux mandats de Ould Abdel Aziz, alors même que certains restent encore membres du gouvernement Ghazouani.

Ils ont tous lourdement chargé l’ancien chef de l’Etat, affirmant avoir agi sous ses ordres.

Les  députés ont décidé de transmettre le rapport de la CEP à la justice.


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Ainsi, après le ministre, le document est déjà sur le bureau procureur général prés la Cour suprême. Ce haut magistrat du parquet devrait saisir rapidement le procureur de la République prés le tribunal de Nouakchott Ouest, lequel va à  son tour va actionner la police chargée de la répression des infractions à caractère économique et financier, pour l’ouverture d’un enquête préliminaire vraiment inédite dans l’histoire  du pays.

S’exprimant jeudi après midi, au cours à l’occasion d’un point de presse, le ministre de la Justice, Haimoud Ramdane, a des donné des assurances au sujet «de la volonté politique de lutte contre la corruption et la détermination judiciaire à accompagner cet élan. Un travail qui sera conduit avec rigueur, dans le respect stricte des règles de procédure, des droits de la défense et de la présomption d’innocence».

Faisant presque l’unanimité, le rapport des députés sur la décennie de gouvernance Aziz est tout particulièrement apprécié par l’opposition. C’est le cas du Rassemblement National pour la Réforme et le Développement (RNRD/Tawassoul -islamiste), première force de la mouvance qui a «salué le travail de la Commission d’enquête parlementaire (CEP) et levote de la loi organique relative à la Haute Cour de Justice (HCJ)».


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Même discours du côté de la Coalition  des partis pour le Change Démocratique (CCD) regroupant l’Union des Forces de Progrès (UFP), le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) et l’Union Nationale pour l’Alternance Démocratique (UNAD), qui salue le rapport de la CEP ouvrant la perspective «d’une lumière sur certains aspects de la mal gouvernance du régime précédent».

Ainsi, le pays se diriger vers une vaste opération judiciaire anti-corruption, laquelle est très populaire.

Seule voix discordante, une leader issu de la mouvance abolitionniste. La députée Coumba Dada Kane a dénoncé le scénario prévisible d’une justice à deux vitesses, qui ne serait en définitive qu’un règlement à caractère politique, ne touchant pas toutes les personnes qui devraient rendre compte pour des faits présumés de prévarication.

Cheikh Sidya

Correspondant à Nouakchott

Source : Le 360.ma (Maroc)

 

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