CEP Mauritanie : les observateurs sceptiques sur la réponse de la justice

Pour la première fois dans l’histoire politique de la Mauritanie une enquête sur un régime est allée jusqu’au bout avec le vote sans surprise du rapport par les députés. Les observateurs s’interrogent maintenant sur la suite que va donner la justice par rapport aux recommandations.

Les différentes recommandations sur les violations flagrantes des lois et règlements dans tous les secteurs économiques du pays dictées par l’ancien président Ould Aziz sont au premier plan du rapport de la commission parlementaire remis à l’assemblée nationale et qui vient d’être adopté par les parlementaires et remis à la justice. Après un survol des grandes lignes les observateurs sont sceptiques sur les trois dossiers les plus révélateurs de la gabegie et la corruption du régime de Ould Aziz et qui ont défrayé la chronique surtout durant les deux mandats présidentiels.

Parmi les infractions les plus graves citées par le rapport figure en bonne place la fameuse cession de l’île mauritanienne à l’émir du Qatar en 2012. Une atteinte à l’intégrité territoriale qui pourrait amener Ould Aziz à être poursuivi pour haute trahison devant la haute cour de justice redynamisée. Les observateurs s’interrogent sur le document de correspondance diplomatique entre la Mauritanie et le Qatar comme pièce à conviction.

A ajouter l’aveu d’un diplomate mauritanien au Qatar sur la transaction de cette affaire qui aurait rapporté à Ould Aziz la coquette somme de 10 millions de dollars qui devaient être versés au trésor public. Le deuxième dossier qui accable Ould Aziz porte sur le pillage des ressources naturelles avec en toile de fond la pêche et la SNIM. Les irrégularités de l’accord d’une durée de 25 ans entre la société chinoise Holy Hong Dong et le gouvernement sous Ould Aziz sont passées sous silence sous la pression de l’ambassadeur chinois à Nouakchott qui persiste et signe la légalité des lois mauritaniennes.

Alors que cette société depuis plus d’une décennie détient à elle seule 110 navires pour la pêche hauturière et côtière et 150 pirogues immatriculées mauritaniennes avec un équipage entièrement chinois qui continue de piller le poisson mauritanien. Le fleuron de l’industrie mauritanienne n’a pas échappé à la cupidité de Ould Aziz profitant des derniers mois de sa gouvernance pour brader les gisements miniers de F’Dérick à son gendre et à une société australienne sans en référer au conseil d’administration de la société.

Ces deux scandales en particulier sont révélateurs de l’absence de contrôle des biens de l’Etat. Le troisième grand dossier est relatif au foncier devenu au fil des années une chasse-gardée de Ould Aziz et sa famille.

Le rapport recommande la confiscation des terrains acquis par les proches de l’ancien président. Toutes les infrastructures vitales du pays sont passées entre les mains de l’ancien président sous la signature de ses premiers ministres et ministres. Le rapport fait étalage d’un véritable hold-up du port autonome de Nouakchott aux grandes sociétés d’Etat Sonimex ,Somelec en passant par le fonds national des revenus des hydrocarbures et la SNIM citée plus haut, l’aéroport de Nouakchott, les infrastructures routières. Toutes les infractions constatées sur les conditions d’exécution et procédures de gestion éclaboussent les ministres dans leur domaine respectif.

Il n’est pas étonnant qu’après avoir remis le rapport que les parlementaires aient demandé le limogeage des responsables concernés par conséquent un changement de gouvernement s’impose après le premier anniversaire de Ould Ghazouani appelé à agir vite en tant que premier magistrat du pays . La balle est dans le camp de la justice.

 

 

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 30  juillet  2020)

 

 

 

 

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