Avec Hope, les Émirats arabes unis en route vers Mars

Première mission interplanétaire entreprise par un pays arabe, les Émirats arabes unis ont lancé ce lundi leur sonde spatiale Hope vers Mars. Elle doit permettre de fournir des indications météorologiques de l’atmosphère de la planète. Un moyen aussi pour le pays d’affirmer sa puissance économique.

 

 

C’est une grande première pour le pays du Golfe mais aussi pour un pays arabe : le lancement ce lundi matin à 6h58 heure locale (dimanche à 23h58 heure de Paris) d’une sonde spatiale en direction de Mars. Baptisé « Al-Amal » ou « Hope » (espoir en français), l’engin non habité doit atteindre son orbite en février prochain, pour le 50e anniversaire de l’unification des Émirats arabes unis. Si cette mission doit permettre des avancées scientifiques sur la planète rouge, c’est aussi et surtout l’occasion pour les Émirats arabes unis de s’affirmer dans le domaine spatial.

 

La sonde a été lancée de la base japonaise de Tanegashima, après plusieurs reports en raison des mauvaises conditions météo ces derniers jours. Elle doit passer une année martienne en orbite, soit 687 jours, pour étudier les variations de son climat au fil des saisons. En s’intéressant en premier chef aux traces de molécule d’eau, d’oxygène et d’hydrogène, dans les couches supérieures de l’atmosphère de la planète. Les Émirats arabes unis espèrent ainsi ouvrir la voie à des percées scientifiques et devenir un acteur majeur dans les sciences et la technologie. Dans une interview à France Culture, le chef de projet de la mission « Hope », Omran Sharaf, a déclaré que « pour la première fois, la communauté scientifique internationale aura une revue complète de l’atmosphère martienne, à des heures et à des saisons différentes. Nous allons également récolter des données sur les traces de molécules d’hydrogène et d’oxygène, dont on a besoin pour comprendre comment l’eau a disparu sur Mars. Et in fine pour mieux comprendre notre propre planète. »

Dans un tweet début juillet, l’émir de Dubaï a posté une vidéo évoquant l’importance de la conquête de l’espace pour sa ville avec ces mots : « Nos grands-parents ont suivi les étoiles pendant leur marche vers la gloire. Aujourd’hui, nos enfants les regardent pour construire leur avenir. » Car le pays entend également inciter ses jeunes à prendre part à l’aventure, en les attirant vers les filières scientifiques et technologiques. « Le gouvernement sait qu’une expertise dans ces domaines est indispensable à une économie stable », commente Omran Sharaf. Pour convaincre encore un peu plus sa jeunesse, le gouvernement émirati s’est engagé à « garantir du travail dans le secteur spatial pour les cent prochaines années ».

La Lune est un objectif très difficile à atteindre, mais Mars l’est encore plus. Pour susciter un vrai changement au sein de la population, il fallait avoir cette ambition. Parce qu’on veut aller vite. Nous sommes une jeune nation. Nous sommes nés il y a 49 ans, alors que le pays n’était qu’un désert. Les autres puissances étaient déjà très avancées dans le domaine [spatial]. Nous sommes dans une logique de rattrapage rapide, nous n’avons pas le même rapport au temps que les autres. Pour être compétitif et nous intégrer sur la scène économique mondiale, nous devons être rapides.
Omran Sharaf, chef de projet de la mission Hope

En septembre dernier, l’astronaute émirati Hazza al-Mansouri a été le premier citoyen arabe à séjourner dans la Station spatiale internationale (ISS), après avoir voyagé à bord d’un vaisseau Soyouz russe, aux côtés de l’Américaine Jessica Meir et du Russe Oleg Skripotchka.

 

La mission Hope n’est que la première étape de la découverte de Mars par les Emirats arabes unis. En 2017, lors du World Government Summit qui s’est tenu à Dubaï, l’émir Mohammed ben Rachid Al Maktoum avait présenté le projet Mars 2117, dont l’objet est de créer une « mini-ville et une communauté sur Mars ». À cet effet, Dubaï a engagé des architectes pour imaginer une future ville martienne et la créer dans le désert. Elle sera baptisée « Science City ». Le projet s’élève à plus de 120 millions d’euros. « Nous voulons être de ceux qui auront trouvé  comment un humain peut survivre sur Mars, dans des conditions extrêmes », avance Omran Sharaf qui estime que la technologie acquise permettra de « faire face aux défis que nous avons sur Terre » car « si la technologie fonctionne sur Mars, elle fonctionnera partout sur Terre ».

En envoyant leur sonde vers Mars, les Émirats rejoignent ainsi la très courte liste des programmes spatiaux ayant placé avec succès des sondes autour de la planète rouge. Cela concerne ceux de l’Inde, des États-Unis, de la Russie et de l’Agence spatiale européenne.

Pour le pays du Golfe, ce programme a aussi de forts enjeux économiques, symboliques et stratégiques. Et leur donne l’occasion de s’affirmer comme une puissance économique émergente, autrement qu’à travers l’exploitation gazière et pétrolière. Entretien avec Camille Lons, chercheuse à l’International Institute for Strategic Studies.

Au-delà de l’aspect scientifique, quel est l’enjeu de cette mission pour les Emirats arabes unis ?

Il y a un enjeu économique clair derrière cette mission et derrière le programme spatial émirati en général. Depuis plusieurs années, les Émirats arabes unis font de gros efforts de diversification de leur économie. Ils souhaitent sortir de leur dépendance à l’exportation de pétrole. Ils se tournent pour cela vers les technologies de pointe, comme l’intelligence artificielle et le programme spatial. Leur objectif est de développer leur capital humain en attirant des ingénieurs et scientifiques étrangers et en suscitant des vocations au sein de leur propre population. En termes de « soft power » également, le spatial est un domaine avec une forte portée symbolique. Depuis la guerre froide il a été l’apanage des grandes puissances. Cette mission permet aux Émirats arabes unis, qui s’affirment depuis quelques années comme une puissance régionale importante, de montrer qu’ils peuvent jouer « dans la cour des grands ».

Sur le plan symbolique, la date de lancement de la mission « Hope » est elle aussi importante…

Tout à fait. La sonde doit atteindre l’orbite de Mars en février 2021 pour les  50 ans de la création des Émirats arabes unis (la fédération des Émirats arabes unis résulte de l’unification de sept pays du Golfe en 1971, ndlr). Ils jouent ainsi sur l’image d’une nation très jeune, qui a réussi en cinq décennies à se développer et à rayonner dans la région. Quand ils ont annoncé le programme Mars Hope en 2014, ils ont clairement dit qu’ils voulaient le lancer avant leur cinquantième anniversaire. À l’époque, personne ne les a crus. Ils n’avaient même pas encore d’agence spatiale. Elle a été créée la même année, spécifiquement pour la mission « Hope ». Ils avaient aussi très peu de scientifiques spécialisés et venaient à peine d’envoyer leur premier satellite terrestre. Il y a donc eu une volonté très forte de la part du gouvernement émirati de développer cette mission en très peu de temps.

C’est la première mission interplanétaire menée par un pays arabe. Qu’est-ce que cela signifie sur le plan géopolitique dans la région ?

Les Émirats arabes unis ont le programme spatial le plus avancé des pays du Golfe. L’Arabie saoudite, qui a le même souci de développer des secteurs non pétroliers, a elle aussi créé une agence spatiale en 2018. Il y a d’ailleurs eu des coopérations entre les Émirats et des pays de la région, notamment l’Arabie saoudite. Elles ont été mises en avant l’année dernière pour essayer de créer une collaboration interarabe dans le domaine spatial. Mais en ce qui concerne le financement des programmes spatiaux, les Émirats restent loin devant leurs voisins. Ils ont organisé leur premier vol habité vers la Station spatiale internationale à l’automne dernier.

Et sur la scène internationale ?

À l’échelle mondiale, ces missions permettent de nouer des coopérations avec les grandes puissances. Avec les États-Unis et la Russie par exemple, mais aussi avec des puissances asiatiques. Il y avait déjà eu des partenariats avec l’Inde et avec la Corée du Sud, pour le lancement de leurs premiers satellites. La sonde « Hope » sera lancée par une fusée japonaise, depuis la base de Tanegashima. Et les Émirats ont signé un accord de coopération avec la Chine, qui elle aussi lance sa première mission vers Mars ce mois-ci ( la mission Tianwen-1, qui doit se lancer le 23 juillet et arriver pour les cent ans du Parti communiste chinois, ndlr). Dans le secteur du spatial, la relation entre la Chine et les Émirats arabes unis en est à sa phase initiale, mais dans d’autres domaines elle est en pleine ascension ! La mission Hope est une occasion de renforcer ces liens, et par là même de bénéficier de transferts technologiques et de soutien à la formation de leurs ingénieurs. Même si pour l’instant ce n’est pas une priorité, leur industrie spatiale pourrait également avoir une ramification militaire sur le plus long terme. Donc il y a pour eux un réel intérêt à développer une expertise dans ce domaine.

 

Zoé Pallier et Fiona Moghaddam

 

 

Source : France Culture

 

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