À son Excellence, le Président de la République Islamique de Mauritanie et aux membres de son Gouvernement

Excellence,

D’emblée je tiens à préciser que je suis mandaté par qui que ce soit pour parler au nom de la jeunesse, c’est en simple citoyen usant de son droit constitutionnel à la liberté d’expression que je m’adresse à vous afin de vous faire part de mon amertume. Un état légitime qui s’associe, vraisemblablement, à celui de la jeunesse de notre chère Mauritanie.

Monsieur le Président,  lors de votre campagne électorale présidentielle de 2019 vous n’avez cessé, en aucun moment, de porter avec un enthousiasme inégalé  et sur toute l’étendue du territoire national l’ambitieux discours de votre programme politique.

A ce titre, j’aurais à constater  qu’à l’issue de dix mois d’investiture et bien évidement aussi après la nomination de votre gouvernement, constitué essentiellement de technocrates chargés  de mettre en œuvre le  programme de votre quinquennat, permettez-moi monsieur le Président de vous faire signifier le prélude d’un désespoir qui serait quasi-général au niveau de cette jeunesse mauritanienne. Une jeunesse qui avait  pourtant adhéré avec force  à la perspective  du changement que vous aviez prônée et promise durant votre campagne électorale.

 Pourquoi,  cet état d’esprit a –t-il pesé sur cette jeunesse ?  Vous conviendrez ave moi, monsieur, le Président,   que  les déclarations solennelles des membres du gouvernement à travers lesquelles, nous font savoir que les caisses de l’Etat sont vides ont  choqué l’opinion de la jeunesse. Encore, et dans le même  ordre d’esprit,  l’appel soutenu et réitéré  par les officiels de l’Etat à recourir  aux institutions financières internationales et à certains pays du Golfe pour dérouler les axes de votre programme ont étouffé dès l’instant, le souffle du changement que vous aviez  hissé et partagé sur  vos parcours de campagne présidentielle.

Cependant, monsieur le Président, la Mauritanie se retrouve, aujourd’hui, dans une  situation politique, économique, sociale et environnementale qui impacte négativement le quotidien du mauritanien à tous les niveaux. Ce changement tant rêvé et que vous avez suscité s’est dissipé rapidement.

Par ailleurs, je tiens à rappeler, à cet égard,  que je  puise ma force dans mes convictions de toujours et surtout de mon optimisme inébranlable qui est de se dire qu’il y’aura des changements digne de nom et cela dans tous les secteurs. Vous nous avez promis plus de justice sociale,  d’équité,  d’emploi et d’amélioration de nos conditions de vie et encore d’’autres promesses.

Démurant dans ce cadre, j’avais toujours été persuadé  monsieur le président que  la liberté reste éternellement jumelée à l’égalité et ce bien sûr pour donner à chacune et chacun les moyens de se construire dans l’absolue de la dignité inhérente au sens que l’on donne à notre existence.  Autrement dit, savoir créer, pour ses concitoyens,  de l’espoir et prendre de véritables mesures d’accompagnement digne d’un Etat objectif et rationnel.

 Mais hélas la même configuration qui prévalait avant votre mandat ressuscite ou continue avec la reconduction de la même  mentalité et des ses disciples. Il est inadmissible de concevoir dans n’importe quel pays le prisme d’une seule communauté qui bénéficie pratiquement de tous les privilèges : les postes ministériels, directions, armés etc… Il va de soit que cette situation  fragilise les efforts qui auraient été déployés pour construire le socle d’une  unité nationale renforcée et pérenne.

Excellence,

Conscient depuis toujours de mes droits mais aussi et surtout de mes responsabilités, en tant que jeune à servir mon pays dans tous les fronts mais jamais je ne saurais accepter l’injustice, la discrimination, le clientélisme et le népotisme dans votre Gouvernement et me taire. Le manque d’emploi au niveau de cette population à 70% jeune sa force n’est pas exploitée à bon escient, la délinquance prend de l’ampleur et la terreur s’installe.

 Ce combat je ne le mène pas pour ma personne mais pour nos enfants et leurs futurs enfants. J’ai décidé depuis très jeune de m’impliquer dans la vie de nos communautés en participant aussi bien à leur émancipation qu’à leur épanouissement.

Ainsi, dans la continuité de mon combat en tant que citoyen, me taire sur ce qui se fait et défait au-dessus et yeux de tous est synonyme de complice. Demain j’aurais du mal à répondre aux questions de mes enfants (Papa Pourquoi cette haine et cette injustice dans ce pays ? Pourquoi nous n’arrivons pas à vivre ensemble et se soutenir mutuellement pour hisser nos valeurs communes ? Pourquoi y’a qu’une seule communauté qui détient les commandes du pouvoir ? Sommes-nous des incompétents ? Ce pays est dépourvu à ce jour de toutes ses ressources, sa beauté, sa convivialité et son environnement sain, familial et sécurisant qui m’a vu grandir.

Il est temps de mettre en œuvre une nouvelle dynamique de contrat social car vous disposez les commandes. Alors armez-vous de rigueur pour appliquer l’éthique, valoriser la compétence par excellence, inclusion de toutes les communautés dans les instances pour fédérer toutes les énergies afin de répondre dans l’immédiat et plus encore aux besoins de nos concitoyens.

Ainsi, en écoutant le cri  de cœur  interpellant de vos concitoyens, qui ne demandent qu’à ce que leurs besoins les plus élémentaires soient satisfaits dont une éducation de qualité à mesure de soutenir  une politique d’insertion et d’emploi décents  et durable, une assistance sur le plan sanitaire et une justice solide et équitable.

 Il est tout à fait normal pour moi de faire la lumière sur la responsabilité de nos ministres, élus et  les directions opérationnelles qui ont l’obligation d’appliquer vos directives de manière correctes et transparentes. Par ailleurs, une dimension de débat véridique entre les élus et la base devrait s’installer  afin de définir quelle Mauritanie voulons pour demain. On peut aisément, à l’instant,  deviner que l’heure d’un profond changement de paradigme s’impose à tous les niveaux, seule à même de sauver du peu qui reste avant sa dérive perceptible et cela n’est plus une option mais un impératif.

De toute évidence, l’injustice et la discrimination au sommet de l’Etat est si patente, l’égoïsme si criard de certains dignitaires, qui profitent de l’insouciance et  de l’ignorance d’une grande partie de la population, assujettis au pot de vin et prêt à vendre leurs âmes pour remplir leurs ventres.

Force est de constater que ce pays se distingue par une diversité culturelle et des personnes ressources de tout bord. Une richesse qui doit être replacée pour une inclusion optimale  de ces compétences. Ces ressources humaines de haut niveau  doivent être mises à contribution pour éviter de stimuler la fuite des cerveaux. Autrement dit, elles seraient utiles   pour propulser une dynamique de développement utile pour le pays et son environnement régionale et international.

Je m’adresse à vous aujourd’hui pour vous dire que ma logique face aux multiples défis de notre pays, réside essentiellement dans  une vision claire, une action cohérente et concertée et surtout  un discours  franc et sincère. Ces  facteurs permettront, sans doute,  de rétablir  la confiance, de redresser la situation et de rassembler toutes les filles et tous les fils du pays  pour défier ensemble  le repli, la peur et  le défaitisme.

Nous sommes censés prendre la relève, ne nous considérez pas comme des moyens ou cibles mais des acteurs qui aspirent à un changement profond et positif  du système. Faisons-nous confiance, en nous donnant les moyens pour notre autonomie. Je vous dis clairement avec la plus grande honnêteté que je ne suis pas du genre à faire des cadeaux pour mériter votre soutien car je ne me définis pas comme le leader de la jeunesse mauritanienne, mais juste un citoyen qui aspire à vivre en paix, travailler et défendre son pays.

Excellence,

Hier encore nous rêvions d’un vrai changement au profit de tous, aujourd’hui nous constatons une déviation des objectifs communs. Inculquer aux membres du Gouvernement l’obligation des résultats loin de la discrimination raciale.

A la jeunesse, refusons de vendre notre conscience ce qui nous revient de droit.

Je vous remercie !!

Baye Oumar Amadou Niass

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 22 juin 2020)

 

 

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