Câbles – En Afrique, Facebook tisse sa toile

C’est dans une guerre des câbles que se lance Facebook. Avec son projet 2Africa, le réseau social va déployer trente-sept mille kilomètres de câbles, soit la longueur de la circonférence terrestre, autour du continent le moins connecté. Un projet aussi titanesque que polémique.

À la mi-mai, Facebook a dévoilé son projet 2Africa, qui prévoit de faire courir des câbles sous-marins tout autour du continent et de le relier aux réseaux de l’Europe et du Moyen-Orient. À la fin du chantier, en 2023, la bande passante en Afrique sera considérablement renforcée.

Le consortium 2Africa est un partenariat entre Facebook et des opérateurs historiques, notamment MTN, Vodafone, China Mobile et Orange, qui proposeront une connexion câblée à 16 pays d’Afrique, dont certains n’ont jamais eu d’accès direct à la bande passante internationale.

Dans la mesure où d’autres projets sont en cours, notamment le câble Equiano de Google, cette accélération devrait aboutir à des connexions plus rapides et moins chères, et à un développement de l’accès à Internet en dehors des grandes villes, dans des régions actuellement mal desservies.

Nouvelle concurrence

 

Ibrahim Ba, responsable des marchés émergents dans la branche de Facebook chargée des investissements en infrastructures, explique que le câble 2Africa triplera les capacités actuelles.

Selon Ben Roberts, directeur technique à Liquid Telecom – l’un des principaux fournisseurs d’accès dans l’est, le centre et le sud de l’Afrique –, ce n’est pas l’augmentation de la bande passante qui aura le plus d’impact sur le continent, mais plutôt les infrastructures nouvelles et la concurrence qui en découlera.

“Les câbles que nous avons actuellement ne sont pas saturés, affirme-t-il, mais le câble 2Africa est en mesure de connecter les pays qui ne le sont pas encore. Tous les États africains n’ont pas de bons accès aux câbles existants. Le nord du Mozambique, par exemple, a besoin d’un haut débit fiable pour les clients de ses nouveaux gisements pétroliers et gaziers.

On se tourne vers la carte de 2Africa et qu’y voit-on ? Le nord du Mozambique. De nouvelles connexions en Somalie et ailleurs sont prévues, pour pallier un manque. À d’autres endroits, le projet va créer de la concurrence là où il n’y en a pas, notamment en République démocratique du Congo et dans des pays d’Afrique de l’Ouest.”

 

“C’est un enjeu sur le long terme, ajoute Ibrahim Ba. Et Facebook ne peut pas faire cavalier seul : c’est une initiative concertée avec les grands opérateurs, les gouvernements nationaux et tous ceux qui sont en mesure de participer. Nous sommes une pièce de ce puzzle.”

Main-mise sur les câbles

C’est un puzzle qui a évolué depuis la pose des premiers câbles sous-marins autour de l’Afrique, au début des années 2000. À l’époque, ils dépendaient d’investissements d’États ou des opérateurs de télécommunications, mais aujourd’hui des géants comme Google et Facebook sont aux commandes, faisant craindre des pratiques anticoncurrentielles, d’autant plus que le socle législatif de la neutralité du Net est limité, voire inexistant, dans la région, par rapport aux États-Unis et à l’Europe.

En théorie, il serait donc possible pour une entreprise qui a la mainmise sur le débit d’un câble de privilégier l’accès à ses services, ralentissant ainsi ceux des autres. Par exemple, si un pays n’est desservi que par le câble 2Africa, faut-il en déduire que les vidéos sur Facebook se chargeront très vite, mais que les vidéos de YouTube ou de Netflix seront très lentes ou inaccessibles ? Ibrahim Ba s’en défend.

Baisser les prix

 

Le PDG de Node Africa, Phares Kariuki, est un technicien qui a conseillé le gouvernement kényan sur les projets de réseaux câblés. Malgré des réserves concernant le géant des réseaux sociaux, il pense que 2Africa est une bonne nouvelle pour le continent.

 

“Facebook est une entreprise problématique à de nombreux égards, admet Phares Kariuki à The Continent. Mais 2Africa est un projet stratégique particulièrement bien ficelé, du moins il en a l’air. Je n’ai pas encore vu le contrat, j’ignore donc si des embrouilles se cachent entre les lignes, ajoute-t-il, mais d’un point de vue structurel, c’est ce que Google aurait dû faire au lieu de tester des ballons [le projet Loon fournit un wifi haut débit au Kenya, entre autres pays, grâce à des ballons stratosphériques].”

“Pour les pays qui n’ont pas les moyens de construire un bon réseau, notamment en Afrique de l’Ouest, ce câble est la solution. Des échangeurs existent vers l’Europe, où se trouvent la majorité des interconnexions. Et le câble atterrit sur des points d’accès neutres, il n’y a donc pas de batailles avec des fournisseurs d’accès pour accéder à la bande passante”, poursuit-il. Et de conclure :

Il semble que ce soit le bon moyen de faire baisser les prix. C’est ce que Google, Microsoft ou Amazon auraient dû faire il y a des années.”

Matthew Du Plessis
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