Mauritanie : Des échanges commerciaux impactés par le Covid-19

L’activité économique en Mauritanie connaît suit une courbe descendante que devrait confirmer la sortie imminente de la note de conjoncture de l’Office National de Statistique (ONS) pour le premier trimestre de 2020.

La pandémie du Covid-19 a ainsi obligé le gouvernement à penser un plan de riposte modelable en fonction de l’évolution du fléau mondial. Avant l’apparition de la pandémie du coronavirus, les perspectives économiques, selon les prévisions du FMI, étaient pourtant très bonnes : un taux de croissance de 6,3% en 2020 et 6,4% en 2021, avant une accélération à 9,3% en 2022 due à l’entrée en production du champ gazier offshore de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), puis un ralentissement à 6,4% en 2023.

La crise économique d’ampleur planétaire sonne comme un vrai dérèglement de ce qui était attendu et donne, comme priorité, l’atténuation des effets du Covid-19 mais surtout de la préparation des conditions de la relance.

La présentation, par visioconférence, le 09 mai dernier, du Plan de Riposte au Covid-19 par le ministre de l’Economie et de l’industrie, Aziz Ould Dahi, va dans le sens de l’adaptation de la Mauritanie à ces nouvelles conditions de développement avec une forte dose de contraintes ayant conduit déjà à l’élaboration d’une loi de finances rectificative pour l’année 2020. Celles-ci devraient pondérer les attentes économiques et sociales et inclure la nouvelle donne liée à la riposte anti-Covid. Il s’agit, notamment, d’un recul du taux de croissance de 2% alors que les prévisions pour 2020 tablaient sur un taux de croissance de 6,3%, et d’un déficit budgétaire de 5% du PIB.

Le Plan de riposte qui sera complété par une stratégie de relance à moyen terme, est évalué à 24,291 milliards MRU (soit 643,993 millions USD). Il est supporté, pour une part importante, par le budget de l’Etat. Pour cela, de nouvelles ressources doivent être mobilisées en actionnant de nouveaux leviers : « un montant de 7,9 milliards MRU (unité de la nouvelle ouguiya) mobilisé sur le budget 2020 dont 2 milliards dégagés par la rationalisation de la gestion des structures de l’Etat et par le rééchelonnement du service de la dette dont la Mauritanie a bénéficié et qui permettra de disposer de 1,4 milliard de nouvelles ouguiyas en plus de 4,5 autres milliards correspondant à la franchise des biens et services qui s’inscrivent dans le cadre de la lutte contre la pandémie », avait révélé le ministre de l’Economie et de l’industrie.

Le projet de loi de finances rectificatives (LFR) s’équilibre à 70 milliards MRU, avec un déficit qui s’établit à 15 milliards MRU, contre 60,3 milliards MRU prévus dans la loi de finances initiales (LFI) qui, elle, tablait sur un solde budgétaire primaire de 1,1% du produit intérieur brut (hors industries extractives) et le maintien à un niveau confortable des réserves officielles en devises (5,7 mois d’importation de biens et de services).

Comme partout dans le monde, l’objectif ne s’exprime plus, au court terme, en performances économiques notoires autres que celles de limiter la casse.

En ce sens, et malgré le confinement, le tissu économique productif de premier plan (mines et pêche) a continué à fonctionner dans ce que l’on peut considérer comme un « minimum vital », si l’on considère les chiffres livrés par l’Office national des statistiques (ONS) pour le quatrième trimestre de 2019 qui a coïncidé avec l’apparition de la pandémie : 25,052 milliards MRU, en exportations, contre 28,759 milliards en importations, soit un déficit de -3,707 milliards MRU et un taux de couverture de 87,11%.

Le fer et le poisson font pratiquement jeu égal, au cours de ce trimestre, avec respectivement, 8,602 milliards MRU et 8,715 milliards MRU. L’or (5,775 milliards), et le cuivre 1,733 (milliards) ferment ce « quartet » qui supporte l’économie mauritanienne, toutes les « autres » exportations ne dépassant pas les 2,29 milliards MRU pour le dernier trimestre de 2019.

Baisse des importations

La pandémie du Covid-19 a aussi impacté le volume des importations de la Mauritanie. En l’absence de données pour le premier trimestre de 2020, le seul indicateur disponible sur le site de l’ONS, est celui du quatrième trimestre de 2019. Le top 5 des produits d’importations est constitué par : les produits pétroliers (8,061 milliards MRU), les équipements (6,370 milliards), les produits alimentaires (5,672 milliards), les matériaux de construction (2,041 milliards) et les voitures et pièces détachées (1,465 milliards).

Au cours du deuxième trimestre 2019, l’indice général de la production industrielle (IPI) a enregistré lui aussi une baisse de 7,5% comparativement au trimestre précédent et se situe à un niveau de 10,4% supérieure à celui du même trimestre de 2018. Cette diminution d’activité trimestrielle est principalement liée à celles des industries manufacturières et extractives.

La production des industries extractives a diminué de 1,1% en variation trimestrielle. Cette baisse s’expliquerait principalement par la diminution de l’extraction du minerai d’or (-7,89%), alors que l’indice de la production de l’activité manufacturière a enregistré une chute de 21,2%, au cours du deuxième trimestre 2019 et ce comparativement au trimestre précédent. Cette baisse d’activité trimestrielle s’explique en grande partie par l’activité de «Fabrication de produits alimentaires et boissons » (-25,0%) ; (principale composante des activités manufacturières). L’indice de la production de l’activité manufacturière se situe à un niveau de 17,7% inférieur à celui du même trimestre de 2018.

Cette tendance baissière a également commencé à toucher l’activité des industries de la production d’énergie (électricité et eau) qui était pourtant en augmentation de 12,6% au deuxième trimestre de 2019 comparativement au trimestre précédent. Cette hausse serait consécutive à celle de la production d’électricité (+19,9%). En comparaison à son niveau il y a un an, l’indice de la production d’énergie est en hausse de 7,3%. Le défi pour la Société mauritanienne d’électricité (Somelec) sera alors de ne pas trop céder sur les acquis engrangés en 2019.

La problématique des prix

La maladie du Covid-19, et l’incertitude qui entoure son évolution dans le temps, créent des attitudes différentes au niveau des échanges commerciaux dans le monde. Certains pays constituent des réserves, comme en temps de guerre, d’autres s’astreignent à vendre ce qui était jusque-là leurs principales produits d’exportations, s’agissant surtout des denrées alimentaires (riz, blé, sucre, etc.).

Dans ces conditions, certaines matières premières voient leurs prix baisser, avec une contraction de la demande, alors que celles dites de survie (consommation courante) enregistrent une forte hausse.

Concernant la Mauritanie, l’ONS livre les données suivantes qui constituent une indication précieuse pour l’évolution des échanges commerciaux du pays en cette période de grande instabilité due au Covid-19.

En janvier 2020, le prix de la tonne de fer était de 80 USD et il faut espérer que la tendance se maintienne avec des exportations de 3,466 millions de tonnes pour le quatrième trimestre de 2019.

Au troisième trimestre de 2019, les exportations d’or ont été estimées à102 052 onces au prix de 1295 euros, en juillet 2019, mais fortement en hausse aujourd’hui (1784,75), ce qui devrait augmenter les dividendes reversés par Tasiast à la Mauritanie, si la tendance se maintient.

Pour le cuivre, la production a été estimée, au quatrième trimestre de 2019, à 8 220 tonnes. Cependant, la situation de ce métal est moins encourageante que celle de l’or puisque, en mars 2020, le cours du cuivre s’établissait à 5 183 dollars la tonne, en baisse de 8,9% sur un mois et de 19,5% sur un an.

La pêche a elle aussi ressenti l’onde de choc provoquée par la pandémie puisque les exportations de poisson ont été estimées, au mois de décembre 2019, à 70 600 tonnes, soit une chute de presque 50% par rapport au mois de janvier 2019.

Enfin, le trafic import et export au PANPA (Port autonome de Nouakchott dit port de l’Amitié) donne une précieuse indication sur la situation des échanges commerciaux de la Mauritanie au cours des derniers mois. Les importations sont retombées de 353 200 tonnes, en octobre 2019, à 257 000 tonnes en décembre tandis que les exportations ont chuté de 71300 tonnes (octobre) à seulement 29300 tonnes (décembre).

 

Par François Dry Correspondant – Casablanca

 

Source : Afrimag (Maroc) – Via Cridem

 

 

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