Diaspora, Diasporas / Par Tijane Bal

Face au Coronavirus, l’Ethiopie aurait sollicité ses médecins de la diaspora. Que n’a-t-on pensé à eux avant ? se récrieront certains. En Afrique, le rôle de la diaspora est régulièrement questionné. 

On la célèbre ou, au contraire, on la fustige. Des hymnes comme « African » du Jamaïcain Peter Tosh ou « Awana Africa » du Gabonais Pierre Akendengué voisinent avec des considérations plus contrastées. Telle « réussite » sera ovationnée par des autorités, volontiers oublieuses des raisons du départ ou du non-retour. Il arrive qu’à l’inverse « la » diaspora soit clouée au pilori si elle a la mauvaise idée d’être critique. Emigration et culpabilité étant liées, la machine à disqualifier a la partie facile. Les autorités du pays d’origine ou du « foyer émetteur » trouvent souvent l’oreille attentive des dirigeants des pays d’accueil, tout à leur obsession migratoire.

On se souvient d’un Nicolas Sarkozy, subitement préoccupé par la santé des Béninois, déplorant qu’il y ait plus de médecins béninois en région parisienne qu’au Bénin. Les « Béninois » en question pouvant d’ailleurs être également français. L’extrême droite n’est évidemment pas en reste, obnubilée qu’elle est par ce que Franco appelait une « cinquième colonne ». Il s’agit de ce fameux ennemi intérieur potentiel, par nature même, sujet à un inévitable conflit de loyautés.

Du côté des pays d’origine, peut-être tout simplement attend-on de cette diaspora plus que ce qu’elle est en mesure d’offrir. Peut-être aussi la surestime-t-on, accentuant de ce fait sa nature de boîte à fantasmes. En tout cas, la voilà, depuis quelques années, enrôlée, bien malgré elle quelquefois, dans des stratégies nationales plus ou moins intéressées. Un ministère par ci, des places au parlement par là. On la courtise autant qu’on s’en méfie. Du coup, on la surveille ou on la fait surveiller. Par elle-même au besoin. Reste qu’en raison de son poids électoral autant que financier, et ce malgré sa diversité, elle ne peut être laissée en déshérence. Seulement, en a-t-on tracé les contours ? De qui s’agit-il ? Quid de la « seconde génération» et des « générations suivantes » ?

Cette diaspora, définie au singulier, est-elle un bloc monolithique ou plutôt peuplée de profils différents ? Sa célébration se limite-t-elle à ceux que l’on désigne, à tort ou à raison, par le terme élite ? Et les « autres » ? N’auraient-ils rien à apporter dans leurs domaines de compétence? Qui pour conduire le TER de Macky Sall par exemple?

Diaspora et émigration sont, on le sait, indissociables. Or l’émigration reste avant tout un projet individuel. En quoi, celui-ci peut-il être miraculeusement dilué dans une dynamique collective orientée vers le pays d’origine? Qu’est-ce qui pourrait faire que ceux qui sont partis en sachant pourquoi reviennent sans savoir pourquoi ? Et que penseraient « ceux qui sont restés » d’un tel retour, au demeurant, très hypothétique ? Ne risquerait-il pas de créer des mini Libéria, notamment administratifs avec ses «évolués» et ses «indigènes» ? Comparaison n’est pas raison. N’oublions pas que par son étymologie, diaspora renvoie à dispersion. Il ne faudrait pas plus parer ses composantes de toutes les vertus que les couvrir d’opprobre.

 

 

Tijane Bal

Facebook – Le 13 mai 2020

 

 

 

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