Little Richard, pionnier du rock and roll, meurt à 87 ans

Le pionnier américain du rock and roll, Little Richard, est mort à 87 ans, samedi matin. Le pasteur Bill Minson, un ami proche du musicien, l’a confirmé à l’Associated Press et affirme avoir également parlé au fils et au frère de Richard.

Avec ses rythmes endiablés et son anti-conformisme flamboyant, il a fait entrer l’Amérique des années 1950 dans l’ère du rock and roll.

Le premier succès de Little Richard, Tutti Frutti, devait sceller l’avènement d’une époque. Une série de tubes ont suivi, jetant les fondements de la musique rock : Lucille, Keep A Knockin’, Long Tall Sally, Good Golly Miss Molly.

Six musiciens jouent de la musique sur scène. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Little Richard et son groupe en prestation.

Photo : Facebook @LittleRichard

 

Porté par sa voix profonde, Richard a fasciné toute une génération et inspiré d’innombrables artistes. Avec Chuck Berry et Fats Domino, il a contribué à métamorphoser le blues.

Mais bien plus que ces deux contemporains relativement sages, Little Richard a contribué à donner au rock and roll un air de scandale, avec ses chemises criardes comme aucun homme n’en portait alors, sa coiffure banane de 15 cm de haut, et sa moustache aussi fine qu’un trait de crayon.

Un homme boit un cocktail.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Moustache mince, coiffure banane, chemise colorée et très ouverte… un look typique de Little Richard.

Photo : Facebook @LittleRichard

Bien avant les rockeurs des années 1960, ses excès firent rimer rock avec décadence : en tournée, ce voyeur assumé parlait ouvertement de ses orgies nocturnes bisexuelles.

Mais il s’avéra aussi être une personnalité torturée aux multiples revirements.

L’architecte du rock and roll

 

Son influence a néanmoins été considérable. Les premiers grands rockeurs blancs — Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Elvis Presley — ont tous repris ses chansons.

Les Beatles comme les Rolling Stones jouèrent, à leurs débuts, en première partie de ses concerts, et le jeune Jimi Hendrix démarra comme musicien dans son groupe.

À neuf ans, David Bowie fut fasciné en voyant un film de Little Richard. Sans lui, je ne serais probablement jamais devenu musicien, admit-il plus tard.

Cinq hommes sourient à la caméra. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les Beatles avec leur idole Little Richard, en 1962.

Photo : Facebook @LittleRichard

 

Lorsque le Panthéon du rock and roll a ouvert ses portes en 1986, Richard faisait partie des premiers membres à y être intronisés, aux côtés d’Elvis Presley, Chuck Berry, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Sam Cooke, James Brown, Fats Domino, Ray Charles et les Everly Brothers.

Little Richard était très conscient de la portée de son influence et ne se cachait par pour le dire. Je suis l’architecte du rock and roll!, avait-il affirmé en 1988 lors de la remise des prix Grammy. Je suis le créateur originel!

Une enfance modeste et un père violent

De son vrai nom Richard Wayne Penniman, Little Richard était né le 5 décembre 1932 dans une famille pauvre de Macon, en Géorgie, dans le Sud, en plein cœur de la Grande Dépression.

Troisième enfant d’une famille qui en comptera douze, il est ostracisé très jeune parce qu’il était efféminé et handicapé par deux jambes de longueur différente. Son orientation sexuelle créait d’ailleurs des conflits à la maison.

Son père, qui tenait un bar et a été tué par balle au début de sa carrière, le battait parfois. Dans son autobiographie de 1984, Richard racontait que son paternel lui avait dit un jour : Mon père a eu sept fils, et moi aussi je voulais sept fils. Tu as tout gâché, tu n’es qu’une moitié de fils.

Tutti Frutti, un tube aux paroles aseptisées pour le public

 

Il se fait remarquer en 1947 par une chanteuse de gospel. Il commence alors à chanter professionnellement, notamment dans des spectacles clandestins de drag queen. Dans un marché de la musique en pleine ébullition, de premières maisons de disques s’intéressent à lui. Tutti Frutti, qui évoque le sexe entre hommes, devient un incontournable de ses spectacles.

Mais il n’avait jamais pensé l’enregistrer, jusqu’à ce qu’un producteur chez Specialty Records, un label de Los Angeles spécialisé dans les artistes noirs, entende le titre. Il proposa de l’enregistrer en studio avec des paroles édulcorées pour permettre au titre de passer à la radio.

Au lieu de si ça ne rentre pas, ne force pas, les paroles, réinventées par une jeune compositrice, disaient désormais : J’ai une petite amie, Sue, qui sait exactement ce qu’il faut faire.

 

Ainsi assagie, Tutti Frutti fit un malheur dès sa sortie en 1955, vendant un million de copies en l’espace d’un an. Lors d’un concert à Baltimore en 1956, les femmes se déshabillèrent et jetèrent leurs sous-vêtements sur scène, tandis que la police empêchait des fans euphoriques d’envahir la scène ou de se jeter des balcons.

On n’avait jamais vu un artiste venu du R&B si extraverti, si sauvage, si bruyant, raconte à l’AFP Chris Morris, un musicologue qui remastérisa son album Here’s Little Richard (1957).

Viendront ensuite d’autres succès comme Good Golly, Miss Molly (1956). Devenu riche, Little Richard achète une villa à Los Angeles et y emménage avec sa mère.

Un homme chante et joue de la guitare électrique. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Si on le voit ici avec une guitare, l’instrument de prédilection de Little Richard était le piano.

Photo : Facebook @LittleRichard

Un va-et-vient entre le rock et la religion

 

Mais au sommet de sa gloire, en 1957, il annule brutalement une tournée en Australie pour se proclamer missionnaire de la congrégation évangélique Church of God.

Après sa conversion, il épouse Ernestine Campbell, une secrétaire de cette église, et ensemble ils adoptent un fils. Mais quatre ans plus tard, le mariage tourne court, après que Richard fut arrêté pour comportement indécent avec des hommes dans des toilettes.

En 1968, Richard se rend à Las Vegas afin de relancer sa carrière. Deux ans plus tard, il connaît à nouveau le succès et fait la une du magazine Rolling Stone. Puis, au milieu des années 1970, il abandonne sa carrière musicale alors qu’il est aux prises avec un problème de cocaïne qui lui coûte près de 1000$ par jour.

Trois hommes regardent la caméra, l'un d'entre eux pointe vers l'avant.

Little Richard et Chuck Berry à l’émission de Jay Leno en janvier 2002.

Photo : Getty Images / Kevin Winter

 

Il retourne vers la religion, vendant des bibles et renonçant à son homosexualité. Pendant près d’une décennie, il s’éclipse. Il reviendra à sa passion première en 1986, de façon spectaculaire, alors qu’il est intronisé au Panthéon du rock and roll et apparaît dans le film Down and Out in Beverly Hills. En 1993, il reçoit un prix Grammy récompensant l’ensemble d’une carrière qui reste décisive dans l’histoire du rock.

En août 2002, Little Richard annonce officiellement sa retraite, bien qu’il apparaîtra souvent à la télévision par après.

Malgré son côté flamboyant ultra assumé, ses positions sur la sexualité resteront toujours ambivalentes.

En 1995, il disait au magazine Penthouse : j’ai été gai toute ma vie, et je sais que Dieu est un Dieu d’amour, pas de haine. Mais fin 2017, il déclarait, sur une chaîne de télévision religieuse de l’Illinois, l’homosexualité « contraire à la nature ».

 

 

 

Source : Ici Radio Canada (Le 09 mai 2020)

 

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