Décryptage : Le Covid-19, la chance d’une meilleure mondialisation ?

Une dérégulation effrénée a peut-être permis au virus de se propager. Mais il n’empêche que seule une action collective et mondialement coordonnée permettra d’en venir à bout.

“En 2008, le monde entier avait uni ses efforts pour contrer la menace d’un effondrement du système financier. En 2020, alors qu’une pandémie planétaire menace, c’est le règne du chacun pour soi”, déplore Will Hutton dans The Observer, l’hebdomadaire britannique de centre gauche dont il a été autrefois le rédacteur en chef. Signes parmi d’autres d’un chaos généralisé : “Les normes en matière de confinement, de quarantaine et de recherche des contacts (qui sont, en soi, des méthodes moyenâgeuses de lutte contre les maladies) varient énormément d’un pays à l’autre. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) peine à s’imposer comme référence, confrontée à l’indifférence sinon au mépris de ses membres. La Chine fait pression comme jamais afin que personne ne mette en cause ses statistiques truquées et son incurie. Trump balaie négligemment les mises en garde de l’OMS contre une pandémie imminente, au seul motif que son ‘intuition’ personnelle lui souffle que le risque sanitaire est exagéré.”

La science et la raison doivent reprendre le dessus

 

Le chroniqueur fait toutefois le constat que ce triomphe des valeurs contraires aux Lumières” ne peut être qu’un mirage. “Le Covid-19 ne fait pas la différence entre un pro-Brexit et un anti-Brexit, entre un imam et un médecin chinois, et le virus n’a que faire des frontières nationales. De ce fait, la science et la raison vont devoir reprendre le dessus – il n’y a pas d’autre moyen d’avancer”, écrit-il.

Will Hutton espère que se reproduira, à l’échelle mondiale, l’élan qui avait enfanté les grandes innovations sociales du XIXe siècle et du début du XXe siècle. “Aux fondements de l’essor de la gauche était la prise de conscience qu’aucun individu, si riche fût-il, n’était à l’abri des épidémies. L’hygiène, la propreté de l’eau et l’asepsie sont alors devenues d’intérêt public pour maintenir le plus grand nombre en vie, et la gauche a pris fait et cause pour ces progrès sanitaires.”

Et s’il en était aujourd’hui des pays comme autrefois des individus ? “Une certaine forme de mondialisation non réglementée et capitaliste, avec sa propension aux crises et aux pandémies, est certainement à l’agonie.” Mais “puisque nous ne pouvons pas nous passer de la mondialisation, nous allons trouver des moyens de la maîtriser et de la gouverner”, assure encore le journaliste :

Face à un virus mortel, travailler avec les autres est une question de vie ou de mort. Cette nouvelle urgence va ouvrir la voie à davantage, et non à moins, de gouvernance mondiale.”

The Observer – Londres

Source : Courrier international

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