Mauritanie : l’esclavage,le passif humanitaire, deux défis majeurs de Ould Ghazouani d’ici 2024

La Mauritanie est bloquée depuis 78 l’arrivée au pouvoir des militaires. Consolidée en 86 la mal cohabitation atteint son paroxysme en 89 et en 91. Et depuis, les différentes composantes nationales se regardent en chien de faïence. Et tous les dirigeants à l’exception du premier civil élu démocratiquement SIDIOCA, ont tourné le dos aux réels problèmes du pays, le passif humanitaire et la pratique de l’esclavage.

Le président Ould Ghazouani élu en août 2019 ne fait pas exception à la règle du moins après 6 mois à l’épreuve. Il devra en plus résoudre l’équation de la démocratie dans un pays gouverné depuis 78 par des militaires sous vernis démocratique. Depuis 6 mois le président mauritanien laisse entendre œuvrer pour l’unité nationale et la cohésion sociale dans le cadre d’un vaste programme de lutte contre la pauvreté en créant une délégation générale dotée de 20 milliards d’ouguiya comme si l’argent peut éradiquer des siècles d’esclavage dont les séquelles portent atteinte a la communauté mauritanienne la plus marginalisée : les Haratines qui représentent près de 40 pour cent de la population.

L’esclavage a été aboli seulement en Mauritanie depuis 81 et beaucoup de lois ont suivi malgré cette promulgation. Les dernières en date incriminé sévèrement la pratique. Ce crime contre l’humanité est entretenu savamment  par un lobbying puissant d’anciens maîtres Beydanes au sein de l’oligarchie  militaire et d’une partie de la classe dirigeante. A part quelques cas isolés de condamnations d’esclavagistes la Mauritanie est loin d’éradiquer ce fléau. Le plus dur c’est encore dans les mentalités qui constituent une œuvre de longue haleine.

La volonté politique de tourner cette page  de l’histoire est un casse-tête pour les dirigeants.Une autre page très sombre également est ouverte en 89 quand près de 120000 negro-mauritaniens sont déportés au Sénégal et au Mali. Depuis 20000 officiellement sont rentrés au pays mais peinent à se réintégrer socialement. Alors que près de 10000 autres attendent toujours dans ces deux pays voisins une réouverture du dossier clos par l’ancien président Ould Aziz. Et en 91 ce sont 28 soldats negro-mauritaniens qui sont pendus à Inal et dont les veuves et orphelins attendent toujours de voir leurs corps pour des sépultures dignes.

Les observateurs s’interrogent sur cette longue attente des décideurs politiques depuis la chute du génocidaire Ould Taya en 2005. Dans les deux cas susmentionnés ce sont les militaires qui sont impliqués  dans ces graves violations des droits de l’homme. Ceci explique cela.

Les mauritaniens ont l’impression depuis ces graves événements qu’ils se regardent en chiens de faïence et que les présidents passent et aucun n’a le courage politique de régler définitivement ce passif humanitaire à l’exception du président civil élu démocratiquement qui avait initié une conférence nationale sur la réconciliation nationale et c’est lui qui avait entamé le processus du retour des réfugiés du Sénégal. Toutes les victimes attendent que Ould Ghazouani reconnaissent les responsabilités de l’Etat dans ces exactions contre les negro-mauritaniens et l’application stricte des lois incriminant la pratique de l’esclavage. Et aujourd’hui l’avenir du pays est entre les mains des nassero-Bathistes solidement installés au sein de l’UPR, de l’assemblée nationale et dans la haute administration.

 

Ce retour des  extrémistes arabes qui étaient derrière le génocide des negro-mauritaniens est un mauvais présage. Il y a peu d’espoir que Ould Ghazouani change de logiciel d’un État raciste. Son ambitieux programme quinquennal n’a de sens que s’il tient compte de ses deux principales contradictions de la cohabitation. Un vieil adage africain dit qu’on reconnaît un bon repas à l’odeur de sa cuisson.

 

 

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

(Reçu à Kassataya 18 janvier 2020)

 

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