INEGALITES ET DEVELOPPEMENT HUMAIN : QUEL MESSAGE POUR LA MAURITANIE ?

Le PNUD lance ce lundi 9 décembre à Bogota, le Rapport sur le développement humain 2019 intitulé “Au-delà du revenu, au-delà de la moyenne, au-delà d’aujourd’hui : les inégalités du développement humain au XXIe siècle”. La problématique des inégalités est au cœur des défis de développement, notamment en Afrique ces deux dernières décennies.

 

L’Afrique subsahariennea, en effet, enregistré une performance économique remarquable au cours des 15 premières années du 21e siècle, qui a inversé les contre-performances des 25 années précédentes. Cette réalisation s’est accompagnée d’une baisse perceptible mais modeste de la pauvreté globale du fait des niveaux d’inégalité élevée dans les pays africains. En effet, l’Afrique subsaharienne a du mal à réduire l’incidence de la pauvreté car la croissance se produit souvent dans des secteurs caractérisés par une main-d’œuvre non qualifiée et de fortes inégalités de revenus. Les inégalités opèrent ainsi un effet d’éviction de la croissance et compromettent tous les efforts de développement.

En outre, lorsque des inégalités de revenus élevées se perpétuent d’une génération à l’autre, elles empêchent un accès équitable aux actifs, à l’éducation et aux opportunités pour les personnes à faible revenu et les groupes ethniques marginalisés. Ainsi, l’exclusion est devenue une des causes majeures des conflits et des tensions internes dans les pays. A cela, s’ajoute la persistance d’une croissance démographique rapide qui est aussi un facteur de la dynamique des disparités de revenus.

De façon globale, malgré les progrès réalisés dans le recul de la pauvreté et de la faim, les turbulences qui apparaissent dans différentes parties du monde, montrent que les inégalités vont aujourd’hui au-delà du revenu et de l’économie.

C’est pourquoi, le Rapport sur le développement humain 2019 expose de nouvelles inégalités qui sont apparues, notamment dans l’enseignement supérieur et l’accès au numérique, devenus essentiels pour se faire une place dans la société moderne alors qu’ils étaient jusqu’à présent considérés comme un luxe.Les inégalités sont multiformes, peuvent commencer avant la naissance, et se perpétuer tout au long de la vie d’une personne et ainsi entretenir un cercle vicieux de désavantages de plus en plus lourds.

La Mauritanie est un pays qui illustre bien la situation décrite dans le Rapport 2019. Le pays a enregistré une croissance économique moyenne de 5 % entre 2012 et 2016, et un recul du taux de pauvreté, qui a été ramené de 42 % en 2008 à 31 % en 2014. Ces progrès sont louables certes, mais ils cachent des disparités plusieurs niveaux, notamment : (i) des disparités géographiques et (ii) des inégalités entre les sexes ; deux types d’inégalités qui persistent surtout dans les domaines de l’emploi, de la formation professionnelle, de la prise de décision politique et de l’accès aux capitaux et aux services de base.

Les régions les plus pauvres (le Guidimakha, le Tagant, l’Assaba et le Brakna) affichent un taux de pauvreté supérieur à 40 %, et d’autres régions — à l’instar du Gorgol, du Hodh El Gharbi, du Trarza et de l’Adrar – présentent des taux élevés de pauvreté. Le chômage touche principalement les femmes et les jeunes (19 % pour les femmes et 21 % pour les jeunes de 14 à 34 ans) tandis que l’indice d’inégalité était de 0,34 en 2014.

Cependant, cette situation n’est pas une fatalité. Nous pouvons corriger les inégalités si nous agissons maintenant, avant que les déséquilibres des forces économiques et sociales ne s’enracinent dans les politiques. Il n’est pas trop tard pour agir, mais le temps passe. La Mauritanie doit impérativement, avec l’appui de la Communauté Internationale, trouver une réponse aux inégalités multiformes, afin qu’un mauritanien qui naît aujourd’hui bénéficie des chances de grandir dans une société où les opportunités socioéconomiques lui permettent de mener un niveau vie à la hauteur de celle de sa génération dans le monde entier. Des initiatives innovantes comme l’utilisation de la Zakat pour réduire les inégalités commencent à faire l’objet de réflexion et de concertation.

Le PNUD, dans sa mission de répondre aux aspirations des populations, prend la mesure de l’ampleur des inégalités et propose des réponses clairement exposées dans l’intervention de l’Administrateur aujourd’hui. Il s’agit :

  • D’aller au-delà du Revenu : en effet, en utilisant l’indice de la Pauvreté Multidimensionnelle et l’indice du développement humain ajusté, on se rend compte que les inégalités dans l’accès à l’éducation et à la santé font perdre aux pays plus 20% des progrès réalisés en matière de développement humain. Le constat est que les inégalités surviennent avant la naissance. La réponse donc devrait commencer avant la naissance. Il s’agit :
  • avant l’arrivée sur le marché du travail, de réduire les écarts en nutrition, éducation et santé entre l’enfance et l’âge adulte,
  • une fois sur le marché du travail, de renforcer les politiques de productivité, industrielles, de genre, et ant-trust pour niveler les capacités,
  • et après la période d’activité, de s’assurer que les taxes, transferts et subsides ne font aucune discrimination.

  • D’aller au-delà des moyennes :quoiqu’utiles, les moyennes cachent souvent les réalités sociales. Par exemple, pour le genre, les tendances actuelles montrent qu’il faudrait 202 ans pour enrayer les écarts de discrimination. Donc, la solution se trouve dans les politiques qui ciblent les normes sociales et les structures du pouvoir.

 

  • D’aller au-delà d’aujourd’hui : Des manifestations et tensions diverses s’élèvent dans le monde. Les peuples s’interrogent sur leur futur et d’aucuns disent que qu’on est entré dans un « ère d’anxiété ». La crise du climat polarise les tensions et, les politiques qui donnent une réponse à travers la taxation du carbone, sont mal gérées. Mais si la taxe sur le carbone est recyclée de façon à bénéficier aux payeurs dans un large package social, alors elle peut contribuer à réduire les inégalités. Par ailleurs, des efforts doivent être déployés pour éviter de créer des divergences avec l’introduction de l’intelligence artificielle et des technologies digitales. L’histoire de la Révolution Industrielle montre que les technologies peuvent être source d’inégalités. Ainsi, le Rapport 2019 sur le Développement Humain suggère une Protection Sociale qui permettrait un accès équitable à la formation permettant aux travailleurs de s’ajuster au changement.

Nous restons engagés ensemble pour construire le futur.

 

 

 

Anthony NGORORANO

Représentant Résident du PNUD en Mauritanie

 

Source : Initiatives News

 

 

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