Somalie, pays de toutes les convoitises

Entre le Qatar, la Turquie et les Émirats arabes unis · Lors d’une session de la Ligue arabe qui a condamné l’intervention turque en Syrie, seuls le Qatar et la Somalie ont exprimé des réserves. Située au cœur d’un espace géostratégique convoité, la Somalie est courtisée par de nombreuses puissances. Parmi elles, Doha et Abou Dhabi, mais aussi Ankara, s’y livrent une guerre d’influence aux conséquences funestes pour ce pays miné par la guerre et l’insécurité depuis près de trois décennies.

Le 22 juillet 2019, le New York Times publie le contenu d’une conversation téléphonique remontant au 18 mai entre l’ambassadeur du Qatar à Mogadiscio et l’homme d’affaires qatari Khalifa Kayed Al-Muhanadi. Évoquant une récente attaque terroriste à Bossasso (Puntland), ce dernier affirme en connaître les auteurs : « Nos amis sont derrière la dernière opération. Laissez-les virer les Émiratis pour qu’ils ne renouvellent pas leur contrat et que je l’apporte ici à Doha. » Perpétré une semaine plus tôt, l’attentat a été revendiqué par la branche de l’État islamique en Somalie. Il n’en fallait pas moins pour mettre en branle la propagande émiratie, comme en témoignent les commentaires du ministre d’État aux affaires étrangères Anwar Gargash pour qui cette conversation confirme les liens entre Doha et le terrorisme international.

Accusé par les autorités autonomes du Puntland, Doha n’a pas nié la véracité de cet enregistrement, réfutant toutefois toute implication et se désolidarisant d’Al-Muhanadi. Quelques jours plus tard, le ministre somalien des affaires étrangères Ahmed Issa Awad se disait satisfait de ces explications, balayant d’un revers de la main une possible enquête fédérale.

Lutte d’influence entre Doha et Abou Dhabi

 

Depuis son arrivée au pouvoir en février 2017, le président Mohamed Abdullahi Mohamed — dit « Farmaajo » — a aggravé l’impasse constitutionnelle dans laquelle se trouve le système politique somalien depuis 2012. Il cherche en effet à centraliser le pouvoir, ignorant les revendications des cinq administrations régionales (voir carte ci-dessous) qui souhaitent maintenir et accroître leur autonomie. Leur défiance envers Mogadiscio a ainsi rarement été aussi forte. À cela s’ajoute le Somaliland qui aspire lui à la pleine souveraineté et a proclamé son indépendance. Cette situation, déjà inextricable, se dégrade davantage sous l’influence de puissances étrangères, au premier rang desquelles figurent les Émirats et le Qatar.

Administration fédérale et administration régionale intérimaire

L’accusation faite à Doha de soutien au terrorisme en Somalie n’est donc que le énième épisode d’un long feuilleton dans lequel les protagonistes émiratis et qataris redoublent d’initiatives économiques, politiques et militaires dans un pays où de nombreux acteurs locaux utilisent des puissances extérieures pour étendre leur pouvoir, éloignant toujours un peu plus les perspectives d’une paix et d’une stabilité durables.

Largement ignorée par ses voisins du Golfe depuis 1991, la Somalie connaît un regain d’intérêt suscité par les effets cumulés du bouleversement géopolitique régional des « printemps arabes », mais plus encore de la guerre au Yémen. À quoi il faut ajouter, sans que cela soit essentiel, les objectifs de diversification économique des pétromonarchies qui les incitent à multiplier leurs investissements à l’étranger.

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Brendon Novel

Source : Orientxxi.info

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